HAICA-350

Deux appels à candidature pour la désignation du P-D.G. de la télévision nationale et du D.G. de la radio tunisienne ont été rendus publics, hier, sur le site officiel de la présidence du gouvernement. On y détaille les critères de sélection, les profils recherchés, les documents à fournir et les délais de dépôt, allant du 17 au 26 février 2014.

Décidée dans l’urgence, cette procédure intervient suite à la rencontre, lundi dernier, de membres de la Haute Autorité Indépendante pour la communication Audiovisuelle (HAICA), présidée par Nouri Lajmi, avec le tout nouveau Premier ministre, Mehdi Jomâa. La tâche en a été confiée à une commission paritaire, impliquant les deux parties, qui aura à « dépouiller les dossiers des candidats » et à les « convoquer, si nécessaire, pour une audition », lors de la sélection finale.

Ces appels à candidature révèlent, cependant, quelques failles. D’abord, les postes à pourvoir ne sont pas définis, sachant que, pendant longtemps, les véritables missions du secteur public ont été occultées voire dénaturées. Ensuite, la limite d’âge des candidats n’a pas été mentionnée. Même s’il semble que l’appel à candidature original ait été modifié, comme le laisse entendre la version publiée par le site Al-hasri, où il est précisé que l’âge des candidats doit se situer entre 40 et 55 ans.

Dans ce cas, on se demande si les « 15 ans d’expérience » requise « dans le domaine de la gestion administrative et financière ou dans celui de l’information » ne va pas donner l’avantage aux énarques et aux gestionnaires sur les journalistes et les communicateurs, dont rares sont ceux qui ont accompli une carrière professionnelle sans tomber dans les rets de la dictature. Enfin, la durée des mandats des candidats n’est pas non plus mentionnée.

La bonne nouvelle, c’est que cette procédure va permettre enfin à la Haica, lancée depuis le 3 mai 2013, d’exercer son pouvoir de co-décision énoncé dans l’article 19 du décret-loi 116, promulgué dès 2011, et consistant à « émettre des avis conformes concernant la nomination des présidents directeurs généraux des établissements publics de la communication audiovisuelle ». Le texte du décret en question ayant été conçu essentiellement, avec le décret-loi 115, pour couper le cordon ombilical entre le pouvoir politique et les médias.

Une opération jugée douloureuse pour beaucoup qui voient dans la perpétuation des vieux réflexes d’allégeance une cause essentielle de la suspicion et de la médiocrité qui sévissent au sein des médias publics.

On rappellera que dans les faits, les deux gouvernements Jebali et Laarayedh ont montré leur faculté à s’affranchir de leurs engagements en prolongeant les désignations directes inaugurées par la dictature, avec pour conséquence d’entretenir un climat délétère, empêchant ainsi la régulation sur le long terme d’un service public gravement sinistré.

En témoigne la tension qui règne au sein de la Radio nationale, depuis la nomination controversée de Mohamed Meddeb à sa tête. Et jusqu’à tout récemment, appuyés par leur syndicat de base affilié à l’UGTT, les agents de l’institution projetaient d’entrer en grève aux niveaux central et régional les 13, 14 et 15 février 2014, pour dénoncer encore une fois l’autisme de la direction et pousser le nouveau gouvernement à lâcher du lest. Désavouée par le Syndicat National des Journalistes Tunisiens, cette menace de grève, qui n’aura finalement pas lieu, a en tous cas atteint son but.

Les prochains patrons de l’audiovisuel public auront ainsi à gérer des conflits et des décisions entachées de recrutements, évictions, réaménagements qui n’ont pas toujours servi l’intérêt des institutions. Enfin, redisons-le autrement : La restitution du pouvoir de co-décision relatif aux nominations des patrons de l’audiovisuel public à la Haute Autorité Indépendante pour la communication Audiovisuelle (Haica) représente une avancée certaine en termes de régulation. Mais, sera-t-elle suffisante pour garantir la neutralité des deux institutions publiques ?

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