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Le procès des trois policiers accusés de viol est encore une fois reporté au 31 mars 2014. À la demande de la défense des accusés, le juge du tribunal de première instance à Tunis a décidé de reporter le procès pour laisser le temps à la défense d’examiner de nouveaux éléments survenus dans l’affaire.


Devant la salle 5 du tribunal, une dizaine de journalistes en majorité étrangers et quelques activistes féministes ont été virés par le juge. En fait, à la demande des accusés, le tribunal a tenu le procès à huis clos.

Meriem Ben Mohamed, souriante mais pâle, est restée seule avec ses avocats, impatiente de témoigner, enfin,  devant le juge. Après quelques instants, un des avocats sort de la salle pour nous annoncer la nouvelle : on a décidé de reporter encore une fois … « les reports successifs prouvent la délicatesse de l’affaire et l’embarras dans lequel se trouve la justice qui essaye par tous les moyens de garder opaque le déroulement du procès », nous confie un des avocats de la victime.

La déception de Meriem est énorme. Fatiguée de l’attente et de son angoisse de voir ses bourreaux échapper à la punition. Les familles des accusés, étaient, dans la salle. Une des mamans ne cachait pas ses larmes. Comme toutes les mamans, elle n’admet pas le tord que son fils a causé à sa victime.


Pourtant, le diagnostic, établi par une expertise psychologique fait bien état d’une dépression post traumatique lié directement au viol que Meriem a subi. Le rapport du diagnostic précise que la victime souffre de troubles de personnalité et de troubles d’adaptation au quotidien. On peut y lire également que Meriem va souffrir durant des années de cette situation.


Déjà une année de souffrance est passée et Meriem ne réussit toujours par à s’en sortir. Elle a peut être gagné un premier combat celui de passer du statut d’accusée à celui de victime qui demande justice.  Cependant, son plus grand combat est encore loin d’être gagné à l’encontre de ce que pensent une majorité des tunisiens qui tendent à oublier l’affaire de Meriem.

Les quelques semaines de mobilisation nationale et internationale au profit de la jeune fille violée sont finies, laissant la place à un énorme silence lourd. Seulement quelques ONGs continuent à soutenir et à encadrer la victime. Un de ses avocats, militant à la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, Martin Bradel, nous a assuré qu’il y a même un homme politique « progressiste » en Tunisie qui prend la défense des trois policiers en pensant que « la femme tunisienne use de l’accusation de viol pour neutraliser ses rivaux masculins… ». Bien que ces propos soient choquants, venant d’un homme politique, ils représentent, hélas, ce que pense la majorité des Tunisiens.

Rappelons que l’affaire de Meriem n’est pas un cas unique dans l’histoire de la justice pénale tunisienne. En mars 2013, nous avons écrit sur l’affaire d’un viol collectif qu’une jeune femme a subi à Sousse. La victime a été menacée par un policier qui l’a forcé à se soumettre à deux hommes. De même, à l’époque de Ben Ali, un haut gradé du ministère de l’Intérieur accusé d’avoir violer une fillette de 8 ans est resté impuni.


Ces deux affaires nous rappellent qu’en termes de justice et de transparence, la Tunisie a encore du pain sur la planche. Avec l’affaire de Meriem, nous saurons si l’espoir en une justice indépendante est encore possible.

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