Riche en solennités en tous genres liées à la proclamation de la IIème République, la semaine du 27 janvier au 1er février est moins barbante qu’il n’y parait. C’est en effet une mini séquence d’alternance politique que vient de vivre le pays, sans élections, agrémentée de révisionnisme historique à chaud et de casseroles de la nouvelle équipe gouvernementale. Une équipe qui pourrait s’avérer plus politisée que prévu.

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L’Histoire retiendra que la cérémonie des signatures de la nouvelle Constitution a été boycottée par l’extrême gauche de Hamma Hammami, tout en enregistrant la présence presque gênée de Béji Caïd Essebsi, celui-là même qui avait appelé à la dissolution de l’Assemblée constituante quelques mois plus tôt.

Le chef de Nidaa Tounes à l’ANC, c’est un peu comme Le Pen au Parlement européen. Cela permet cela dit au parti d’évoquer un sujet passé sous silence par sa page et son site officiels, l’embarrassante adoption à la quasi-unanimité de la Constitution, à travers le seul angle de la présence de son leader dans la première rangée VIP.

Une fois cette courte trêve cérémoniale observée, les dirigeants de Nidaa se sont prêtés tout au long de la semaine à ce qui est clairement l’un de leurs exercices de précampagne favoris : la relecture de l’Histoire récente, en faisant de la passation Larayedh-Jomâa le fruit de « leurs » pressions, répétant à qui veut bien l’entendre qu’Ennahdha a cédé sous la pression des destouriens et leurs alliés, une façon de sous-entendre que, autrement, des islamistes ne quitteraient jamais le pouvoir.

C’est là que réside l’un des aspects les plus insolites du gouvernement Jomâa : chaque camp revendique une victoire en son investiture.

Hasard du calendrier ou syndicalisme politisé, le cœur de la machine Nidaa, son financier Faouzi Elloumi, est depuis peu la cible d’une action d’envergure du personnel de Cofat, l’un des fleurons du groupe industriel qui fait la fortune du mécène.

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Les apparatchiks apolitiques

Passées les congratulations parfois qualifiées de « bisounours » sur les réseaux sociaux, le gouvernement Jomâa vit un mauvais quart d’heure à l’ANC dans la nuit du 28 au 29 janvier avant d’obtenir la confiance de 149 élus.

Le grand public découvre une équipe à l’apparence BCBG assez conforme au cliché du technocrate.

C’est par celle censée incarner l’égérie du groupe que le scandale arrive. Pour défendre sa ministre du Tourisme Amel Karboul contre les attaques liées à un séjour controversé en Israël, Mehdi Jomâa assure que « l’arabe musulmane qu’elle est a été harcelée sur place », ce qui aurait précipité son départ. Nous voilà rassurés, l’honneur est sauf !

Il est vrai que le monde du coaching en entreprise auquel appartient la ministre s’embrasse peu de géopolitique : le développement personnel vend sa bonne parole partout où il peut prêcher…

On notera aussi l’erreur de parcours qui entache la carrière de Hafedh Ben Salah, nouveau ministre de la Justice, une participation à l’obséquieux Observatoire des élections présidentielles de 2009.

Plus généralement, la proximité d’un certain nombre d’autres ministres, d’une façon ou d’une autre, avec l’ancien régime, semble être une fatalité s’agissant de compétences ayant entamé leur carrière sous le règne du parti unique.

Ce n’est de toute façon pas ce qui intéresse la majeure partie des médias friands de moments « Emo politics » où les passations de pouvoir se font la larme à l’œil.

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Fallaga gate

Mythe ou fantasme pour certains, la contre-révolution s’est pourtant manifesté sous plusieurs formes cette semaine, d’abord à travers une décision de justice surprenante de sévérité à l’encontre de l’activiste Yassine Ayari, condamné à 6 mois de prison pour un statut Facebook appelant à s’en prendre aux représentants encore actifs de l’ex régime.

Un verdict qui risque de faire jurisprudence, qui considère le profil du blogueur comme un média à part entière, et qui ne prend aucunement en compte le contexte post-révolution ni l’identité du plaignant, un nostalgique notoire.

Ce contexte, c’est le célèbre groupe de hackers locaux Fallagas qui se charge de le rappeler à l’opinion publique, avec le piratage des comptes de Mondher Thabet et son lot de révélations à propos du personnage.

Le FMI vous le rend bien

La semaine se termine sur une note euphorique : « les marchés jubilent » comme diraient les Guignols de l’info. En une semaine, l’indice boursier enregistre une hausse de plus de 2%, ce qui a le don de transformer certains économistes en diseuses de bonne aventure. Pour Moez Joudi c’est le départ d’Ennahdha qui aurait conjuré le sort.

Tenter d’établir un lien de cause à effet entre la récente embellie économique et « la fin du règne des affreux islamistes », c’est omettre une réalité simple, celle de l’antériorité du cahier des charges fixé par le FMI, qui avait subordonné le déblocage de la deuxième tranche de son prêt record à la Tunisie à la stabilisation institutionnelle et l’éclaircissement de l’horizon politique.

Nous saurons dans un avenir proche si l’opacité entourant les conditions du prêt à taux variable cache des réformes structurelles dans le cas où le gouvernement Jomâa est amené à prendre des mesures impopulaires. Technocrate rimerait alors avec néolibéral.

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