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La semaine sociale du 25 novembre au 1er décembre s’annonçait chargée, avec la commémoration sous haute tension des évènements dits du « rach » à Siliana, une violence étatique encore largement non élucidée et dont l’impact va bien au-delà du rayon de ce gouvernorat. En pratique, c’est politiquement que la semaine fut chargée en manœuvres politiciennes et autres luttes intestines à gauche. Comme à chaque fois que la classe politique fait tout pour se déconnecter de ses électeurs, les extrêmes reprennent du poil de la bête : salafistes et gauchisme radical refont parler d’eux.

L’autisme politique des élus de la constituante

27 novembre, les regards sont braqués vers l’Assemblée dont la reprise des travaux pourrait être un indicateur des avancées, jusque-là au point mort, du dialogue national.

Sur fond d’affaire de corruption d’un certain nombre d’élus par l’illuminé Bahri Jelassi, une séance plénière était consacrée à l’approbation de l’annulation des amendements introduits dans le règlement intérieur de l’ANC. Mais on comprend vite que la séance, particulièrement houleuse, servira surtout de prétexte à des règlements de comptes, l’issue du vote étant acquise depuis qu’Ennahdha a donné des instructions dans le sens du retrait des amendements.

Groupe de la défiance par excellence, les irréductibles du bloc de la « Souveraineté du Peuple » diront via Azad Badi tout le mépris qu’ils ont pour le président de l’Assemblée Mustapha Ben Jaafar à qui ils n’ont toujours pas pardonné la suspension pendant de longues semaines des activités de l’Assemblée.
Une escalade verbale à laquelle Ben Jaafar tente de répondre avec désabusement en appelant le porte-parole de ce bloc d’une quarantaine d’élus à « passer prendre les clés du majless ». Mais le mal est fait, l’incident est symptomatique d’une ANC discréditée, à commencer par son chef à l’autorité aux abois.

L’iconoclaste doyen des élus Tahar Hmila enfoncera le clou en dénonçant « une Assemblée aux ordres de Béji Caïd Essebsi, empereur de Tunisie ». Excessive, l’affirmation n’en est pas moins dénuée d’une part de vérité. Si le dialogue était de facto suspendu durant toute la semaine qui précède, c’est qu’une importante délégation d’élus de l’opposition, accompagnés de membres de Nidaa Tounes, étaient en discrète tournée européenne durant toute la semaine précédente.

Si Jean-Luc Mélenchon y loua « une opposition héroïque », la visite au Parlement Européen à Strasbourg fut en partie contre-productive : des élus des Verts ont appelé la délégation à renoncer à sa demande de dissolution de la première Assemblée élue, synonyme potentiel d’échec d’une transition que l’EU continue de soutenir.

A Siliana, un anniversaire douloureux instrumentalisé

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Dès le weekend, le Font Populaire avait symboliquement opté pour Siliana comme QG de son congrès des secrétaires généraux du parti unifié.
Au-delà du symbole, l’extrême gauche entend coordonner avec le bureau local de l’UGTT la grève générale du mercredi ainsi que les mouvements de contestation : des manifestations qui apparaissent aujourd’hui comme étant moins spontanées que gratuites.

Si en tant que sensibilité politique, la grande famille de la gauche est certes légitime sur place, la présence de membres du bureau politique de Nidaa Tounes l’est beaucoup moins. Une présence médiatisée qui laisse penser à une opération com’, à l’image de la page officielle du parti qui affiche certains slogans brandis par les manifestants tels que « Ennahdha est pire que la mort ». Difficile dès lors de croire en la bonne foi de Nidaa quand ses leaders affirment toujours leur attachement au Dialogue national.

Les heurts à Siliana, qui se poursuivent jusque dans la nuit du 27 au 28 novembre sur fond de soupçons d’endoctrinement de très jeunes casseurs, finissent par contaminer les régions de Gafsa et Gabès, où l’on a respectivement incendié les locaux d’Ennahdha et demandé la construction d’une fac de médecine conformément à ce qui fut décidé dans des régions voisines. « Un peu léger comme motif d’émeutes », s’indigne le pouvoir.

Comme un écho à ces troubles, dès le lendemain de surprenantes luttes fratricides ont lieu à Tunis entre des jeunes du Parti des Travailleurs et des syndicalistes. Inédites, elles révèlent par la violence du cycle de représailles l’ampleur des contentieux existant au sein d’une gauche extrême minée par des divergences idéologiques sur la marche à suivre.

Le processus de réhabilitation des RCDistes se poursuit

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28 novembre, la Chambre d’accusation de la Cour d’appel de Tunis décide rien de moins que l’abandon de toutes les charges qui pèsent contre l’ex président déchu Ben Ali, l’ancien ministre de l’Intérieur Rafik Haj Kacem ainsi que l’ex-secrétaire d’Etat à la Sûreté, Mohamed Ali Ganzouii dans une affaire de torture dont a été victime un tunisien résidant à l’étranger.

A l’aune de non-lieux similaires en Egypte, cette jurisprudence de l’impunité est de taille, au moment où une justice hésitante continue à condamner de jeunes artistes à de la prison avec sursis (4 mois avec sursis pour les soutiens de Weld el 15 cette semaine).

Aujourd’hui dimanche, grande messe destourienne à Tunis : le parti « L’Initiative Nationale Destourienne » a été officialisé au Palais des Congrès par Kamel Morjane, une entité regroupant quatre partis et co-présidée par l’ex ministre régalien de Ben Ali, Mohamed Jegham.

Dans ces conditions, l’annonce en début de semaine du Livre noir de la présidence de la République sur les ex médias serviles apparait comme un controversé et tardif coup d’épée dans l’eau.

Visionnaire, le politologue Vincent Geisser soulignait lors d’une conférence du CNLT vendredi que l’actuelle élite politique tunisienne était en proie à un état de déni ainsi qu’à une certaine amnésie collective expliquant en partie la reconduction des mêmes erreurs du passé, en l’absence de justice transitionnelle.

Dans les zones défavorisées de la capitale, Citée al Intilaka, et aux environs du Kéf (23 arrestations), la rupture est consommée : la réapparition de « l’anarchisme salafiste », où de jeunes radicaux religieux s’en sont pris ce weekend aux symboles de l’Etat, est symptomatique du fossé grandissant qui sépare des sphères bassement politiciennes des réalités sociales des laissés pour compte.

L’actualité du dialogue à proprement parler se résume à un candidat Chawki Tabib qui revient en lice et à une troïka qui appelle Ahmed Mestiri à camper sur sa position d’incontournable Premier ministrable. Au moment où Rached Ghannouchi déclare que « la concorde nationale n’a jamais été aussi proche », difficile d’accorder un quelconque crédit désormais à un dialogue national sans cesse remis au « lundi prochain ».

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