drapeau-visages

Les temps sont durs pour le gouvernement : émeutes à Siliana en décembre, à Ben Guerdane, au Kef et à Aguereb en janvier, auxquelles il faut ajouter la colère des cheminots, des enseignants, des magistrats et d’un nombre croissant de corps de métier. Entre répression aveugle et surdité, les autorités peinent à répondre à la multiplication des mouvements sociaux.

Une marche de protestation a été organisée ce mardi devant le ministère de l’Éducation par les enseignants vacataires de l’enseignement secondaire. Les enseignants du Grand Tunis ont entamé une grève les 22 et 23 janvier, soit trois jours sans école pour les collégiens et lycéens en y ajoutant le jour férié du Mouled le 24 janvier. Le 21 janvier, les cheminots de la SNCFT annonçaient in extremis la levée du préavis de grève prévue pour le 22 au terme de négociations avec la direction.

Cette grève n’est que la dernière d’une multitude de mouvements sociaux se succédant presque sans discontinuer depuis plusieurs mois dans la Tunisie post-révolutionnaire. Le gouvernement, fragilisé politiquement par la fin symbolique de leur mandat le 23 octobre dernier, ne semble pas prendre la mesure de la grogne sociale qui gagne à la fois les régions déshéritées de l’intérieur du pays et la classe moyenne touchée de plein fouet par l’inflation.

De Siliana à Aguereb, deux mois d’émeutes sociales souvent violentes

Fin novembre et début décembre, Siliana s’enflammait en demandant la démission de leur gouverneur, jugé incapable de faire face à la situation économique catastrophique de cette région enclavée. La réponse des autorités sera terrible. Une pluie de grenades lacrymogènes et de plomb de chasse s’abat sur les manifestants quatre jours durant. Bilan : plus de 200 blessés par de la chevrotine, dont certains gravement touchés aux yeux et surtout le recul du gouvernement sur plusieurs revendications des habitants de Siliana.

Quelques jours plus tard, la fermeture du point de passage de Ras Jedir avec la Libye déclenche la colère des habitants de la région de Ben Guerdane, dépendant quasi exclusivement du commerce parallèle avec le voisin libyen. Là aussi, les forces de l’ordre feront usage de la force. En vain. Le gouvernement est contraint de négocier le 16 janvier et de promettre de faire pression sur la Libye pour rouvrir le point de passage. De plus, des investissements d’infrastructures sont annoncés pour la région à l’issue de la rencontre à la Kasbah.

Alors que Ben Guerdane connait de violents affrontements, la situation dégénère au Kef en émeutes opposant forces de l’ordre et jeunes chômeurs. Là aussi, c’est la situation économique qui provoque la colère des habitants. Les promesses du gouverneur local ne suffiront pas à calmer la tension qui connaitra son point culminant le 16 janvier lors d’une grève régionale très largement suivie. Le même jour, la manifestation rassemblera 5000 habitants de cette ville moyenne et se conclura en affrontements entre la police et une partie des manifestants.

Dans la petite ville d’Agareb dans la région de Sfax, le calme ne reviendra qu’après deux jours d’affrontements et le retrait des agents de la Garde nationale après l’incendie de leur poste. Certains actes de vandalisme seront même recensés durant ces émeutes. Les gardes nationaux sont une fois de plus remplacés par les militaires comme à Ben Guerdane quelques jours plus tôt.

La grogne gagne la capitale et menace tout le pays

Après s’être répandu dans plusieurs régions de l’intérieur du pays, l’incendie menace directement Tunis. Le mécontentement s’accentue dans plusieurs corps de métier. Des enseignants aux magistrats, les voix s’élèvent contre la politique gouvernementale et trouvent un écho au sein de l’Assemblée nationale constituante.

Le 10 janvier, les magistrats manifestent accompagnés d’avocats, de militants des droits de l’Homme et de représentants de la société civile pour protester contre la situation dégradée de la magistrature et pour réclamer l’indépendance de la justice. Celle-ci a été mise à rude épreuve par plusieurs affaires récentes, notamment le cas Sami Fehri et Habib Kazdaghli.

La grève générale de l’Enseignement secondaire (les 22 et 23 janvier) a été suivie le premier jour de 93 % à 95 % dans tout le pays selon les chiffres des syndicats. La situation dans les transports aurait pu compliquer la donne si la SNCFT avait maintenu la grève prévue pour le 23 janvier. Celle-ci sera finalement levée suite aux négociations entre la direction et les syndicats.

Le remaniement : trop peu et trop tard ?

Et, la liste de mouvements sociaux risque de s’allonger, y compris dans des secteurs que l’on pensait épargnés par la crise. Ainsi, la Confédération générale du travail a émis un avis de grève des enseignants universitaires contractuels du 28 janvier au 2 février. Face à ce mécontentement, le gouvernement semble désarmé et souvent acculé à une négociation à laquelle il répugne.

Le remaniement censé renforcer le gouvernement et restaurer sa popularité est annoncé depuis de nombreux mois et sans cesse repoussé. Au final, il semble que les portefeuilles régaliens ne soient pas concernés par le remaniement. À l’exception du ministre de l’Emploi au bilan indigent, qui revient régulièrement dans les pronostics, la politique sociale du gouvernement ne devrait donc pas bénéficier de ce changement d’équipe qui pourrait être trop timide et arriver trop tard.

Rached Cherif

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