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Un remaniement imminent… depuis six mois

Voilà des mois qu’on en parle sans le voir venir. Le remaniement ministériel tant attendu est évoqué avec insistance depuis l’été. En juillet déjà, plusieurs articles se faisaient l’écho de la nomination imminente d’un nouveau gouvernement. Les rumeurs et les paris allaient bon train quant aux ministres qui seraient démis de leurs fonctions et aux nouvelles nominations.

Les mois ont passé sans que l’équipe gouvernementale ne soit modifiée, excepté par le départ de deux ministres cet été : Mohamed Abbou (Réforme administrative) et Houcine Dimassi (Finances). Le gouvernement retarde depuis ce moment un remaniement, qui pourrait être perçu comme un aveu d’échec en raison d’un bilan plus que mitigé. Alors que le ministre de la Réforme administrative n’a toujours pas été remplacé, le ministère des Finances a été laissé vacant depuis juillet et n’a été pourvu que le 19 décembre dernier par la nomination d’Elyes Fakhfekh.

Un gouvernement fragilisé par des affaires à répétition

Après les graves crises qui ont secoué cette première année aux affaires (affaire du drapeau de la Manouba, attaque de l’ambassade américaine, émeutes à Siliana, bras de fer avec l’UGTT, détention de Sami Fehri, etc.), le gouvernement apparait déjà usé, et le remaniement semble de plus en plus nécessaire. Un nombre croissant de ministres font l’objet de questionnements, voire de sévères critiques, sur leurs capacités à assumer leurs fonctions.

Au premier rang des ministres sur la sellette figurent Moncef Ben Salem (Enseignement supérieur), Ali Laarayedh (Intérieur), Nouredine Bhiri (Justice) et Rafik Abdelsalem (Affaires étrangères). Ce dernier est d’ailleurs au cœur d’une récente polémique après des soupçons de malversations révélés par un article de la blogueuse Olfa Riahi.

Les dissensions internes : la vraie raison du remaniement ?

De plus, de nombreux élus des deux partis du CPR et d’Ettakatol, alliés à Ennahdha, ont rejoint l’opposition durant cette année. La confortable majorité de la troïka à l’Assemblée nationale constituante s’est réduite, d’où la nécessité pour le parti islamiste de tenter de séduire d’autres formations politiques, et pourquoi pas en leur proposant d’entrer au gouvernement ? Un appel d’ailleurs déjà rejeté par certains partis.

En outre, au sein même de la troïka, le CPR hausse le ton et n’hésite pas à afficher certaines divergences avec le parti dominant. Le parti du président Moncef Marzouki réclame même la tête de certains ministres critiqués pour leur gestion et souhaite se voir attribuer plus de portefeuilles dans le nouveau gouvernement. Le président lui-même, dans une intervention télévisée qui a suscité de nombreux commentaires, a lancé un appel au chef du gouvernement, le pressant de composer un cabinet resserré sur la base de compétences techniques.

Même au sein d’Ennahdha, des voix dissonantes se font entendre. Ainsi, l’une des figures du gouvernement, Samir Dilou a révélé dans une interview accordée à Shems Fm le 26 décembre 2012 qu’il a songé à abandonner son poste de porte-parole du gouvernement. Il a également admis qu’il n’est pas irrité par certaines choses, notamment les violences politiques. Selon le ministre de la Justice transitionnelle, « la légitimité des urnes est importante, mais elle doit être complétée par celle d’un consensus national ».

Ennahdha donne enfin son accord

S’il est annoncé depuis des mois, le remaniement semble cette fois-ci bien sur les rails. Le Conseil de la Choura du mouvement Ennahdha, l’instance dirigeante du parti, s’est réuni dimanche 23 décembre et a donné son aval pour la recomposition de l’équipe gouvernementale, avec selon toute vraisemblance le maintien de Hamadi Jebali à sa tête. Une preuve de plus, si cela était nécessaire, que le vrai centre décisionnel de la Tunisie se trouve au siège d’Ennahdha – certains préciseront dans le bureau de Rached Ghannouchi – plutôt qu’à la Casbah

Rached Cherif

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