Amal

A Tozeur, non loin de la palmeraie, de la zone touristiques et de ses palaces indécents, le quartier populaire de Ras Edhraa s’étale. Des maisons en parpaings sans peinture s’alignent le long d’une route sans trottoir. Quand on s’enfonce dans cette cité ce joli samedi après-midi de décembre, on entend de la musique et des rires d’enfant. C’est la « maison » de l’association Amal pour la famille et l’enfant qui donne, ici à Tozeur, des cours de soutien pour les enfants du quartier, pour la plupart issus de familles défavorisées.

L’association Amal pour la famille et l’enfance est connue pour son travail avec les mères célibataires et les enfants nés hors mariage « mais nous avons voulu faire profiter d’autres enfants de l’action de soutien scolaire qui était organisé pour les enfants nés hors mariage. » Voilà pourquoi Monia Garci, membre du bureau exécutif de Amal est originaire de Tozeur, a lancé ce projet de cette villle du sud. L’idée a grandi. Aujourd’hui, l’association veut implanter ses cours de soutien dans dix localités du pays. En plus de Tunis et de Tozeur, où les cours sont donnés depuis trois ans, cette année un local a été ouvert à Zaghouan.

Depuis sa création, l’association Amal travaille afin de soutenir des populations que les pouvoirs publics n’aident pas. Et à Tozeur, comme dans les autres villes, la démarche est la même.

« Nous nous sommes implantés dans le quartier le plus populaire de la ville de Tozeur, c’est un quartier très étendu. Nous avons commencé à travailler avec quelques enfants dans l’idée que d’autres allaient venir après, une fois que les familles auraient vu le résultat. »

Ce samedi les enfants courent partout, dansent et mangent du gâteau. Monia Garci a voulu marquer le coup pour la fin du premier trimestre et féliciter ses élèves. La plus basse moyenne est de 14/20. « Nous faisons tout pour que les élèves améliorent leur niveau. Pour ceux qui ont beaucoup de difficulté nous les aidons à se maintenir et ne pas baisser. » explique Monia Garci. Mais aujourd’hui pas de cahier : au milieu de la cour, des chaises sont disposées en arc de cercle. Les enfants dansent, rigolent, chantent. Leurs joues sont barbouillées de gâteaux et leur lèvres ont pris la couleur des sodas qu’ils ont bu. Quelques mères sont venues. Certaines surveillent les enfants pendant que d’autres prêtent main forte pour la distribution de gâteau et de boisson.

A Tozeur une centaine d’enfants bénéficie des cours de soutien. Chacun d’entre eux à droit à deux sessions par semaines de deux heures chacune. Et le samedi des activités sont organisées : peinture, céramique, collage… un moment pour exprimer sa créativité.

Les cinq intervenantes sont toutes de jeunes diplômés ayant validé un diplôme de niveau Bac + 3, mais qui étaient au chômage. Le recrutement est donc fait de manière à essayer d’aider des jeunes dans le besoin. Chacune a sa spécialité comme l’explique Ikram, la jeune directrice du centre, qui y travaille depuis presque un an. « Nous aidons les enfants là où ils ont besoin : en math, en français… C’est du soutien spécialisé de quatre heures par semaine pour chacun. »

La maman du petit Mohamed est venue aider à l’organisation de la fête, ce samedi. « Mon fils veut toujours venir ici, il ne veut plus rester à la maison. Et surtout il travaille mieux. » Comme les autres mères présentes ce jour-là, elle explique que ces cours de soutien sont une aubaine pour elle : trois dinars par mois au lieu de douze dinars minimum pour les cours donnés à l’école.

Les cours de soutien sont un phénomène représentatif de la carence du système scolaire ; un système devenu injuste et qui n’assure pas une égalité des chances. Aujourd’hui la connaissance se monnaie et l’éducation se fait à deux vitesses, soit on a de l’argent pour payer des cours particuliers, soit on se contente de ce qui est dispensé à l’école sans certitude de résultat.

Pour Monia Garci, la mise en place de ces cours de soutien est une action citoyenne :

« C’était important pour moi d’avoir un impact et de s’inscrire dans une action sociale. Avec l’association Amal nous avons toujours voulu palier aux défaillances au niveau éducatif et social, des défaillances engendrées par l’ancien système. »

Deux ans après la Révolution, l’ancien régime est parti mais les défaillances sont toujours là et l’association Amal continue son travail. Heureusement.

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