Affrontements Siliana le 27 novemvre 2012 entre manifestants et forces de l'Ordre Crédit photo MI

Le mardi 27 novembre, une manifestation pacifique a été organisée à Siliana (ville à l’ouest de la Tunisie située à 127 kilomètres de Tunis) par l’UGTT principalement réunissant des milliers de citoyens. Les revendications sont : le départ du gouverneur Ahmed Ezzedine Mahjoub (Ennahdha) jugé incompétent et la mise en place de projets de développement dans la région. Devant le gouvernorat, la situation dégénère suite à des jets de pierres. Les forces de l’ordre réagissent contre les manifestants en utilisant des bombes de gaz lacrymogène mais aussi des balles -utilisées pour la première fois en Tunisie- de la société italienne NobelSport, ce qui entraîne vingt blessés du côté des civils et neuf blessés parmi les policiers selon le porte-parole du ministère de l’Intérieur Khaled Tarrouch.

Actuellement, la situation est loin d’être calme et les affrontements continuent entre manifestants et forces de l’ordre. Plus de 80 blessés ont été décomptés jusqu’à maintenant à l’hôpital régional de la ville.

Origine du conflit

Ahmed Chafii, le SG adjoint de l’UGTT à Siliana, avec qui nous sommes en contact, nous a informé du fait que les demandes sont claires :

On n’arrive plus à dialoguer avec le gouverneur, on veut son départ. On veut surtout la création de l’emploi et la mise en place de projets de développement dont la priorité serait la construction d’infrastructures. A Siliana, on a 6600 chômeurs (enregistrés) dont 4000 ont des diplômes de l’enseignement supérieur Nous voulons aussi la libération des manifestants détenus depuis le 26 avril dernier et qu’il y ait justice

Selon l’UGTT, après plusieurs tentatives de communication avec le gouverneur, le syndicat a entamé un sit-in devant le gouvernorat, le 22 novembre dernier, notamment suite à une querelle entre la secrétaire générale du syndicat des fonctionnaires de l’administration régionale et un autre fonctionnaire du gouvernorat.

Selon le SG adjoint du CPR à Siliana, Sadok Ferchichi, une réunion devait avoir lieu ce lundi 26 novembre entre des représentants de la société civile, les SG des bureaux régionaux de partis, entre autres Ennahdha et le CPR mais l’UGTT n’a pas voulu se joindre aux pourparlers.

D’après M. Chafii, il était vain de continuer les discussions avec un gouverneur qui a fait appel aux forces de l’ordre pour réprimer les manifestants vendredi dernier. Iyed Dahmani, député à l’Assemblée Constituante et originaire de la région s’est indigné de la réaction outrageuse des autorités et du gouverneur rappelant également aujourd’hui sur Radio Mosaique FM que la ville de Siliana est de surcroît en isolement suite à la détérioration de la route n°4 reliant Siliana à la capitale.

Par ailleurs, Zouheir Rjibi, SG du bureau régional d’Ennahdha à Siliana a démenti les efforts fournis par l’UGTT et a assuré que le syndicat s’est même absenté à plusieurs reprises des réunions organisées avec le gouverneur pour discuter des projets de développement en cours dans la région. D’après M. Rjibi, l’Etat a prévu 334 millions de dinars pour la ville, dont 90 millions de dt pour l’infrastructure.

Problèmes de communication et de transparence

Quand on consulte le site du ministère du Développement Régional et de la Planification, on remarque à la page 25 que la région de Siliana bénéficierait, jusqu’à maintenant, de 6 projets en cours d’exécution sur 81 en train d’être étudiés. Le gouverneur, en fonction depuis le 28 février 2012, aurait beaucoup de problèmes de communication avec la population de la région pour expliquer ce qu’il en est au niveau du développement régional.

Par ailleurs, vous pouvez consulter sur le site du ministère du développement l’état d’avancement des projets publics en cours pour l’année 2012 en Tunisie, notamment pour la ville de Siliana (page 25) :

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Voulant avoir plus de détails auprès du ministère du Développement pour une vulgarisation des chiffres, nous avons appelé à plusieurs reprises le numéro de téléphone inscrit sur le site du ministère mais personne n’a décroché. Ainsi, le dialogue de sourd continue entre les autorités et la société civile qui demande du concret quand il s’agit d’emploi et de développement régional. Du côté du gouvernement, les demandes des citoyens sont considérées comme légitimes mais il ne peut y répondre en peu de temps.

Cependant, du côté de l’UGTT et des citoyens à Siliana, un vrai problème de dialogue existerait avec les vis-à-vis du gouvernement, notamment le gouverneur en place qui manquerait de tact et surtout de compétence. En effet, ce dernier a déclaré hier dans les médias que “les pierres utilisées par des manifestants seraient importées et que ceux qui sont dans la rue ne sont pas originaires de la région mais venus d’ailleurs. Cela inférerait bien entendu des théories de complot argumentées par les pro-gouvernementaux. Sur les réseaux sociaux, entre autres sur la page facebook Radio Siliana, ces affrontements auraient une liaison avec le projet d’exclusion des RCDistes de l’ancien régime proposé à l’Assemblée Constituante par Ennahdha et le CPR. En outre, selon la même page en question, l’homme d’affaire Kamel Letaief, aurait un lien avec les perturbations qui ont lieu dans la région.

Entre théorie du complot et réalité, seuls les chiffres comptent. Tant que le gouvernement continuera à procéder d’une manière abrupte sur le plan sécuritaire, de la communication et surtout au niveau de la transparence et de la vulgarisation de l’information par rapport aux projets de développement en cours, l’UGTT continuera à organiser des manifestations.

20h15 Déclarations & réaction du ministre de l’Intérieur Ali Larayadh sur la chaine nationale 1

“Les manifestants blessés sont ceux qui entouraient le gouvernorat de Siliana”
“Il y a eu une manifestation à l’avenue Habib Bourguiba aujourd’hui mais ça été pacifique et vous avez vu que la police n’a rien fait bien qu’il n’y a eu aucune déclaration auprès du ministère. C’est quand il y a des jets de pierre et des jets de cocktails Molotiv que les forces de l’ordre réagissent, ce qui était le cas à Siliana”
“Nous regrettons les blessures mais on doit protéger les biens publics”
“Je ne suis pas au courant des journalistes qui ont été blessés mais on peut ouvrir une enquête.”
“Dans des évènements pareils, il se peut qu’il y ait des bévues”
“J’appelle tous les habitants de Siliana à ne pas suivre les fausses rumeurs, nous demandons le dialogue pour évaluer les projets de développement dans la région. Quant au gouverneur, c’est au chef du gouvernement de le décider de le démettre de ses fonctions ou de le garder. Sachez que Siliana est la troisième ville en Tunisie dans la programmation des projets en cours.

21h Réaction de l’Association Liberté et Equité

Le ministère de l’Intérieur a utilisé des moyens qui ne sont pas inscrits dans la loi [la chevrotine, munition composée de projectiles multiples] pour disperser la manifestation à Siliana. Tout usage d’un autre moyen est donc illégal. Lire le communiqué publié sur la page facebook de l’association

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