Crédit image : Sana Sbouai - www.nawaat.org

Quelle place pour les femmes sur la scène politique en Tunisie ? Alors que les femmes construisent chaque jour la Tunisie nouvelle et que des élections doivent avoir lieu l’année prochaine, deux événements ont eu lieu au début du mois de novembre à Tunis, autour de la question du rôle de la femme en politique. Il s’agissait de faire des propositions pratiques pour renforcer la place de la femme sur la scène politique et publique.

Deux rencontres ont eu lieu récemment autour de la question de la place de la femme sur la scène politique. La première rencontre était organisée par l’association ATFD, la principale association à être active sur le terrain en ce qui concerne les droits des femmes en Tunisie. Il était question, lors de cette table ronde, de « L’universalité des droits humains et de la suprématie des conventions internationales pour garantir l’égalité entre les sexes »

L’autre rencontre était organisée au même temps, preuve s’il en est que la question de la place de la femme préoccupe. Il s’agissait d’une conférence internationale organisée par le Ministère des Affaires de le Femme et de la Famille (MAFF) en partenariat avec le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Cette conférence était organisée afin de renforcer la participation de la femme à la vie publique et politique pour que sa présence soit assurée lors des élections à venir.

Si la table ronde de l’ATFD a questionné la thématique générale de l’égalité, la conférence du MAFF semblé plus pragmatique, mais la ligne était la même : comment créer le changement pour que la femme ait sa place dans la prise de décision et donc sur la scène politique et publique ?

Il y a prés d’un an l’ATFD réunissait des femmes de différents pays pour organiser une Assemblée Constituante Fictive. « La Constitution de la citoyenneté et de l’égalité à travers le regard des femmes » voyait le jour. Un texte fait d’un préambule, d’un chapitre concernant les principes généraux, d’un chapitre sur les droits, d’un chapitre sur les garanties, chapitre qui énonce les mécanismes légaux et les mécanismes institutionnels. On aurait pu penser que ce texte pouvait aider les constituants à se familiariser avec la question de l’égalité, mais au vu des réactions de Meherzia Laâbidi, vice-présidente de l’ANC et de Hamadi Jebali, premier minsitre, lors de la conférence organisée par le MAFF, on ne peut que douter du fait que les décideurs aient ouvert le document.

Cette conférence a permis de se rendre compte du difficile travail de sensibilisation à la question de l’égalité. Entre une vice-présidente de l’ANC qui s’excusait de ne pas avoir pu participer aux débats et un premier ministre étonné de trouver principalement des femmes dans la salle, on comprenait vite que la discussion ne s’engageait pas sur le bon terrain.

Sihem Badi, la ministre des Affaires de la Femme et de la Famille a donc dû expliquer la base du principe d’égalité : c’est un principe de droit humain en général que, pourtant, seules les femmes défendent. Il ne s’agit pas de favoriser d’un côté et de défavoriser de l’autre. Non. Il s’agit de mettre en place un modèle plus juste. Car les femmes représentent la moitié de la population, elles doivent donc, elles aussi, être partie prenante du débat et des décisions politiques et publiques.

Aujourd’hui le paysage politique tunisien compte 59 femmes députées sur une assemblée de 217 membres, mais seulement 2 femmes ministres sur la vingtaine de portefeuilles existants. La loi sur la parité a aidé, mais pas assez. C’est pourtant par la loi que l’on peut espérer un changement de mentalité semble-t-il. Un cadre juridique ne dépassant pas la réalité du terrain mais mais la devançant légèrement permettra à l’égalité de s’imposer afin que tous les points de vue et tous les besoins des citoyens soient pris en compte. Car c’est bien de ça dont il s’agit : entendre les demandes de tous et essayer d’y apporter les solutions adéquates.

Pour arriver à mettre en place une scène politique égalitaire il faut travailler sur plusieurs points. En commençant par encourager la présence des femmes dans la société civile et dans les partis politiques, parce que la pratique crée l’habitude et que c’est en prenant des responsabilités à l’échelle locale que l’on peut ensuite grandir. Voir des femmes s’investir dans les associations et les partis permettra aussi de faire changer les mentalités. Certaines femmes candidates ont expliqué que l’expérience n’était pas évidente pour les élections du 23 octobre 2011, certains hommes ne les acceptant que parce qu’il fallait respecter la loi. Pourtant les femmes ont été un acteur de la révolution au même titre que les hommes. La Haute Instance pour la réalisation des objectifs de la révolution comptait déjà 25% de femmes parmi ses membres, les femmes inscrites sur les listes électorales représentent 45% de l’ensemble et 53% dans la tranche des 18-35 ans, d’après une étude présentée par la sociologue Dorra Mahfoudh Draoui, lors de la conférence du MAFF. Les femmes sont actives et intéressées par la prise de décision et par l’activité politique. On peut donc imaginer que cet intérêt va aller en grandissant, comme pour tous les citoyens tunisiens.

La mise en place d’un cadre législatif peut donc servir à accompagner les changements sociaux. Si les femmes s’intéressent et s’impliquent plus en politique et dans la vie publique, il faut leurs donner les moyens de le faire. La constitutionnalisation des droits des femmes et de l’égalité sont donc des points importants. Tout comme le fait que les institutions représentatives et gouvernementales reflètent la société qui les met en place. En effet ces instances sont là pour répondre aux besoins de tous les citoyens. La constitutionalisation des droits et l’égalité inscrite dans la règle électorale doivent permettre de créer l’espace nécessaire à la femme et mettre en place un égal accès aux postes de décision pour tous. Une référence au droit et traités internationaux est également importante, comme le rappelle Randi Davis du PNUD, présent lors de la conférence du MAFF.

Par ailleurs la mise en place d’un observatoire ou une institution autour de l’égalité semble necessaire. L’ATFD propose la mise en place d’un contrôle de constitutionnalité des lois et de leur adéquation aux conventions internationales relatives aux droits humains ; l’institution d’un observatoire pour les droits des femmes et contre les violences ainsi que la mise en place d’une instance qui veille au respect des droits humains.

En plus de ces points principaux Randi Davis, du PNUD, explique qu’il y a toute une stratégie à mettre en place : création d’une plateforme politique pour les femmes, création de réseaux de femmes dans le milieu académique et la société civile, éducation civique, sensibilisation de la population ou encore formation des journalistes pour une couverture équitable des candidats aux élections…

Le travail dans ce sens doit commencer rapidement si l’on souhaite pouvoir organiser des élections avec un système égalitaire, lors des prochains rendez-vous électoraux.

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