polit-revue#9

Qui l’eût cru ? La deuxième semaine de novembre aura vu Taoufik Ben Brik attaquant Nawaat.org depuis Business News, un ministre de la Justice, juge et parti, qui nous menace de nous assigner en justice, et Rached Ghannouchi qui dénonce le fanatisme religieux, en réaction à la mort de deux salafistes des suites de leur grève de la faim. Le monde à l’envers ?

Nawaat enfonce le clou

Et ce n’est pas du goût de tout le monde. Ainsi donc les vacances du feu 7 novembre ont été abolies, mais il semble que le « novembrisme » leur a survécu !

11 novembre 2012, Grand Hôtel Menzah 7 : Dans un somptueux local, un « meeting populaire » de Nidaa Tounes donnait le la à une semaine de toutes les contradctions. Devant des invités plutôt VIP, cartons d’invitation exigés à l’entrée, Mohamed Seghaier Ouled Ahmed, oui, Ouled Ahmed le poète iconoclaste et insoumis, ouvrait les hostilités festives par un poème convenu, aux accents nationalistes, sur l’amour de la patrie.

Les comités de protection de la révolution n’ont pas mis leurs menaces de sabotage à exécution, mais, à l’intérieur, l’ambiance leur donnait presque raison : les quelques intellectuels présents pour signifier leur ralliement, confortent cette idée populiste selon laquelle l’intelligentsia et la haute bourgeoisie fréquentent les mêmes sphères.

Hamadi Redissi, Mohamed Talbi, Raja Ben Slama… Aucun meeting de la gauche tunisienne n’a en tout cas vu l’affluence d’autant de noms de prestige. Moralité, Nidaa Tounes convainc ces figures publiques que c’est le parti qui assurera la sauvegarde d’un mode de vie, à défaut de promouvoir des idéaux révolutionnaires.

Nous ne sommes plus à un paradoxe près, lorsque les ennemis de Nawaat ne chôment toujours pas après la révolution. Tous œuvrent en effet à faire du « Letaief gate » un « Nawaat gate ». Face au travail exhaustif d’une rédaction à qui on reproche de façon vaguement policière son anonymat, un aspirant au mercenariat du verbe est lâché. Un pavé indigeste, qui lorsqu’il est réitéré deux fois en une semaine, y compris à la TV, confine à l’acharnement type diarrhée verbale conspirationniste.

Au fond, le cas Ben Brik est un grand classique : un amalgame est régulièrement fait entre anarchistes de droite et anarchistes tout court.

L’un s’extasie de son propre style sur le mode fascisme littéraire. Il est tenté d’exporter son fascisme à la vie réelle, au nom de la provoc’ à tout prix. En l’occurrence, la propension à l’insulte vulgaire et débridée en est l’illustration.

Le second, plus rare, est un anti clérical viscéral, mais est plus élégant que vulgaire, plus généreux qu’égo-centré. Là réside peut-être la différence entre une équipe de blogueurs qui ne s’est jamais départie de son indépendance et des sous-céliniens, ex anar’, aujourd’hui inféodés aux milieux d’affaires tunisiens douteux, au prétexte que ce sont eux qui « sentent le souffre ».

Gaza, de l’importation à la récupération

Accusant déjà un lourd retard, les travaux de l’Assemblée constituante se voyaient à nouveau suspendus, lors d’une semaine qui aura connu des records d’absentéisme parmi les élus. Une suspension qui intervient cette fois en signe de protestation contre des frappes israéliennes d’une ampleur inédite depuis 2008 sur la Bande de Gaza.

Asymétriques et disproportionnées, avec un ratio de bientôt 1 blessé côté israélien pour 10 morts côté gazaoui, elles causent une indignation large en Tunisie, pays qui entretient une histoire spécifique et passionnée avec le peuple palestinien.

Deux enseignements majeurs de cette campagne de bombardements : la droite israélienne de Netanyahou, après avoir adopté une ligne officielle de soutien au Printemps arabe, fait preuve d’un mépris total de la nouvelle donne dans la région. Et la posture va-t-en-guerre est invariablement la carte jouée par le Likoud à la veille des échéances électorales.

A partir de jeudi, la rue tunisienne vit au rythme des manifestations quotidiennes de soutien à Gaza. Mais aussi populaire soit-elle, la cause ne suffit pas à unir dans la contestation les diverses familles politiques qui tirent chacune à elle la couverture de la condamnation.

Vendredi voyait ainsi défiler une marche religieusement connotée, à l’appel des sympathisants islamistes, méthodiquement séparés par un cordon policier d’un autre rassemblement parti du fief syndicaliste de la Place Mohamed Ali.

Le contraste entre la bienveillance et la quasi coopération avec les forces de l’ordre, Avenue Mohamed V d’un côté, et la répression de la manif de la veille à l’appel du Front populaire de l’autre, fait craindre le retour d’une forme de « manifs officielles », comme du temps où le parti unique appelait de ses vœux le défoulement en faveur de la cause palestinienne, pour peu que la stabilité du régime ne soit pas affectée.

Une délégation tunisienne représentant la troïka au pouvoir fera symboliquement le déplacement au Proche-Orient. La surenchère politique est cependant plus discutable et fait débat lorsqu’il s’agit de demander la constitutionnalisation de l’antisionisme. Plus portées sur l’Universel, les constitutions modernes ne traitent généralement pas de faits ayant trait à la géopolitique ou au conjoncturel.

Seif Soudani

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