“Où puis-je trouver des prostituées en Tunisie” m’a demandé un ami d’un pays arabe voisin en visite en Tunisie pour la première fois. Je ne pouvais pas trouver de réponse immédiate à sa question plutôt claire. Après avoir réfléchi un instant, je lui ai recommandé un bordel légal situé dans la rue Sidi Abdallah Guech, l’un des nombreux lieux clés de la Médina de Tunis, à quelques pas de la célèbre mosquée Zitouna, et non loin du mausolée de son saint patron Sidi Mehrez . Les clients qui fréquentent le bordel [en anglais] sont susceptibles d’être des citoyens de classe moyenne sexuellement frustrés, des touristes motivés par leurs pulsions sexuelles et leurs plaisirs et qui sont à la poursuite de l’exercice de leurs fantasmes sexuels, ou alors de jeunes hommes qui s’exercent aux misères des jeunes femmes, ce qui est probablement le curieux cas de notre voisin arabe.

Près de 500 extrémistes se sont rassemblés [en anglais] contre le seul Quartier Chaud légal du monde arabe plus tôt l’année dernière quand ils ont défilé dans la rue Abdallah Guech d’après la prière du vendredi. Ils exigeaint la fermeture de la maison close. Une autre maison close à Ghardimaou, Jendouba dans le nord-ouest de la Tunisie a été attaquée [en anglais] par un groupe ultra conservateur, mais aucun de ces incidents n’a réussi à freiner la prostitution de la société tunisienne.

L’indignation morale contre la prostitution a toujours défini l’opinion publique tunisienne, stigmatisant souvent les femmes impliquées dans le commerce du sexe. Les femmes qui travaillent en tant que prostituées semblent être des cibles faciles des violences verbales et des regards de condamnation d’une société impitoyable d’«honneur». Néanmoins, la ferveur révolutionnaire qui a déferlé sur la Tunisie et mis au pouvoir les islamistes a contribué à la prospérité du travail du sexe. Les jeunes adultes qui sont admissibles et qui désirent entrer dans le marché du travail restent sans emploi, sous-employés ou ne sont employés qu’occasionnellement. Beaucoup ont atteint l’âge du mariage et ont beaucoup de temps entre leurs mains mais pas d’accès à l’argent et conséquemment, ils doivent faire face au chômage et au périls de l’âge adulte, avoir un emploi décent pour être en mesure de se marier et fonder une famille et ainsi satisfaire leurs pulsions sexuelles d’une “manière plutôt légale”.

Les jeunes hommes tunisiens chassent encore les femmes occidentales plus âgées soit dans les salles de chat virtuelles ou dans les lieux touristiques ensoleillés tunisiens, non pas parce qu’ils sont fascinés par leur beauté ou leur maturité, mais parce qu’ils espèrent entrer dans leurs pays développés, la meilleure façon d’obtenir une résidence permanente dans un pays européen, du moins la manière la moins risquée comparée au fait de se lancer dans une excursion en bateau surpeuplé jusqu’au large de l’Italie. “Qu’ils sont chanceux ceux la qui ont eu l’occasion d’échanger des faveurs sexuelles pour les documents de résidence a l’étranger” dit Aymen, un jeune homme athlétique d’une vingtaine d’années qui occupe les chat rooms et avenues sociales espérant trouver sa princesse charmante qui le “déracinera” de l’emprise de la pauvreté. Ce type de mariage est susceptible d’être une forme de prostitution socialement acceptable dans notre société si criblée par l’injustice.

Facebook est devenu le lieu par excellence pour se prostituer. La plate-forme dynamique célébrée auparavant comme le lieu ou la jeunesse tunisienne donnait libre cours à sa colère contre les conditions économique stagnantes, organisait des rassemblements regroupant un nombre record de Tunisiens dans les rues sert aussi de reseau de prostitution. La société tunisienne caractérisée par des normes rigides exhorte encore les jeunes à renier leurs désirs sexuels interdits. Ainsi, certains de ces jeunes optent Facebook pour trouver des prostituées “indépendantes” pour satisfaire leur appétit sexuel. Certains de ceux qui sont impliqués dans ce monde virtuel du sexe sont dirigés par des contraintes financières, d’autres par la désillusion sur leur propre avenir; la répression de l’énergie sexuelle accumulée durant leur jeunesse couplée au le manque d’éducation sexuelle ont tendance à être les causes profondes de la recherche d’un alternative sexuelle, bien que virtuelle.

Maintenant, certains medias tunisiens sont allés trop loin. L’aspect ‘prostitution’ des émissions de télé-réalité telles que “Karim Al Mousameh” (Le Miséricordieux est généreux) et Andi Mankolllik (J’ai des choses à vous dire) diffusées respectivement sur Hannibal TV et Ettounsiya est devenu encore plus “mauvais goût” et dégradant à la dignité humaine. Les stars de ces spectacles sont souvent ignorants, des gens désespérés (femmes surtout) venant de milieux très défavorisés et manipulés à laver leur linge sale en public. Vendredi dernier, sur le Mousameh Karim Show les stars de l’épisode étaient deux frères handicapés mentaux et leur mère spontanée, mais simple d’esprit. L’hôte a demandé à l’équipe de production de mettre du Mezwed en fond musical (airs populaires tunisiens) et l’un des invités a commencé à se déplacer comme un singe sur le sol en suivant le rythme de la chanson incapable de reconnaitre ce qui se passait autour de lui; son frère semblait perdu alors que l’audience criait, certains riaient, et tous étaient dans un état euphorique du masochisme, une sorte de Jerry Springer dans un état de transe.

En regardant ces spectacles moins-chers qui profitent de la misère des populations défavorisées et qui attirent un large éventail de téléspectateurs et beaucoup d’auditeurs en Tunisie, je me demande si ces spectacles constituent un «crime d’honneur», qui devrait être poursuivi devant les tribunaux, ou si nous les Tunisiens avons développé une dépendance à l’égard de ces programmes minables et inhumains. Sommes-nous devenus immoraux et insipides au point de profiter creuser dans la vie de nos concitoyens et d’exposer leurs secrets? Cela ne s’apparente-t-il pas à avoir des rapports sexuels avec des étrangers? Nous pouvons comprendre beaucoup d’une société de la façon dont elle traite ses personnes faibles et vulnérables. En l’absence d’autre description, cet affichage publique d’horreur et d’hypocrisie culturelle n’a pas de nom autre que «prostitution de société».

Traduction faite par François-Xavier en collaboration avec Global Voices.

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