(c) Damon Hart-Davis

Il y a des rumeurs qui courent : la nouvelle politique publique en matière de santé reproductive des femmes irait à l’inverse de ce qui a été fait jusqu’à maintenant en Tunisie. La contraception ne serait plus un droit ouvert à toutes, non. Prendre la pilule dépendra bientôt de votre porte monnaie. Et en plus de ça l’accès à l’IVG serait entrain d’être restreint. Des rumeurs en partie fausses, apparemment. D’abord parce que la pilule Microgynon, subventionnée par l’Etat et la moins cher du marché, va bientôt revenir dans les rayons des pharmacies, d’après la Pharmacie centrale. Ensuite parce que la « restriction » au niveau de l’accès à l’IVG semble existait de manière informelle depuis quelques années.

Depuis quelques semaines la pilule subventionnée pas l’Etat, Microgynon a disparu des officines. « Et ce n’est pas du fait d’effet secondaire que l’on aurait découvert » raconte un gynécologue de la capitale. Il semble que la contraception devienne moins facile d’accès. Il y aurait une sélection via le porte-monnaie, selon l’avis d’une sage-femme qui travaille dans la banlieue de Tunis.

Et le lancement du Viagra, alors même que deux génériques existent déjà sur le marché, n’a fait qu’alimenter l’idée que dorénavant il ne sera plus question de limiter les naissances, bien au contraire. Le fait que les pharmaciens ne donnent aucune explication logique, alors que les hôpitaux et les centres de l’Office Nationale de la Famille et de la Population (ONFP) continuent à distribuer le Microgynon n’a pourtant pas semblé retenir l’attention.

Car en appelant la pharmacienne de l’ONFP, en charge des stocks de médicaments, celle-ci assure que le Microgynon n’est pas manquant et que les stocks des centres de l’ONFP en région sont tout autant approvisionnés que celui de la capitale.

Le Microgynon n’a pas complètement disparu de Tunisie et il semble qu’il sera vite de retour dans les pharmacies. C’est ce qu’explique le directeur de la Pharmacie Centrale, l’institution en charge de l’approvisionnement de médicament du pays. Il s’agirait simplement d’une mise en quarantaine demandée par le fabricant lui-même. Il ne s’agit pas de question de qualité mais d’un simple problème de prospectus. Il n’y aurait donc pas eu arrêt de commande.

Le représentant du laboratoire fabricant la pilule, à Tunis, confirme l’information : il s’agit simplement d’une mise à jour de la notice et d’un changement de packaging. L’ONFP avait pris ses précautions en faisant des stocks afin que les populations avec moins de ressources financières puissent se procurer la pilule. Voilà pourquoi le Microgynon est toujours présent dans les hôpitaux et les centres de PF mais pas dans les pharmacies privées.

Et la Pharmacie centrale comme le laboratoire assurent que d’ici quelques jours le Microgynon sera de retour. Simple problème de communication donc ? Il ne reste qu’à patienter pour vérifier.

Beaucoup ont mis en parallèle le fait que la pilule n’était plus disponible et que l’avortement était moins facile d’accès, rapportant des témoignages de femmes avortant seules chez elles dans des conditions précaires. Et en fait c’est plutôt à ce niveau que le changement se joue.

Selon le témoignages rapportés de différentes femmes, qui ont voulu avorter, l’accueil se fait avec un discours qui tente de les dissuader de pratiquer un IVG. Mais les sages-femmes sont claires : cette politique de dissuasion a commencé avant la révolution. Elles disent avoir reçu comme explication le fait que le taux de fécondité ne permettait plus un renouvellement de la population et que dans certaines écoles les classes de première année primaire fermées. A l’intérieur du pays des sages-femmes témoignent, sous couvert d’anonymat là encore : voilà des années que la ligature des trompes n’est plus conseillée aux femmes par exemple.

Depuis quelques années les femmes tunisiennes ne font « plus » que 2,1 enfant ce qui est pile le seuil de renouvellement des générations. En 1990 il était encore de 3,4 enfants pas femme en Tunisie. Cette baisse inquiète les pouvoirs publics.

Si la baisse de ce taux est dû en partie à l’accès à la contraception en masse on doit aujourd’hui tenir également compte des changements de pratique de la population tunisienne.

Ainsi l’âge du mariage a reculé pour tourner autour des trente ans ce qui repousse l’âge auquel les Tunisiens ont leur premier enfant. Ce recul de l’âge du mariage vient aussi bien du fait que les jeunes font des études plus longues et que la réalité économique ne permet plus de quitter le foyer familial rapidement. Comment se marier et avoir des enfants quand on a un emploi précaire ou que l’on est au chômage ?

Par ailleurs d’un point de vue pratique l’urbanisation et l’éloignement par rapport à la famille fait qu’avoir un enfant est moins évident. Difficile d’avoir un, deux, trois enfants quand on est loin de sa famille qui pourrait aider à la garde.

Peut-être qu’en offrant des systèmes de crèche plus développés ou en donnant plus d’allocation familiale par exemple, le taux de natalité remontera. Reste que ce n’est pas en essayant de dissuader les femmes d’avorter que l’on trouvera une solution. Au contraire. Ceci ne semble que créer d’autres problèmes : un des objectifs du millénaire pour le développement de l’ONU est d’améliorer la santé maternelle. Or pousser les femmes à avorter chez elles via le système D ne va pas du tout dans ce sens.

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