Studio de Sawt Al Manajim (Radio des mines) à Gafsa. Crédit Photo : Sana Sbouai

Quelle place pour les médias communautaires en Tunisie ? Comment réussir à ouvrir la porte à des médias qui peuvent se positionner comme principal chaînon de transmission entre gouvernants et gouvernés ? Il y a quelques jours l’ONG Foundation For the Future a organisé, à Tunis, une conférence sur la bonne gouvernance. Lors d’un atelier sur les médias des intervenants étrangers ont fait part de leur expérience.

Qui entend la femme rurale ? Qui entend les enfants qui travaillent ? Qui permet à leur voix d’être portée sur les ondes et dans les médias ? C’est avec ces questions que Bianca Migliorreto a interpellé le groupe d’individus présents lors de l’atelier de travail de la Foundation for the future. Elle travaille pour l’Association Mondiale des Radiodiffuseurs Communautaires et elle sait le rôle important des médias communautaires et associatifs. Il sont un nœud. Ils permettent de travailler au niveau local pour faire le lien entre les gouvernants, les citoyens et la société civile, afin de développer la bonne gouvernance. Et à travers différents exemples de terrain l’idée s’est confirmée.

Au Maroc Mohamed Leghtas s’occupe du projet de E-joussour, média communautaire pour une information citoyenne, un portail de la société civile Maghreb/Machreck. Il s’agit ici de promouvoir les médias communautaires et associatifs, d’élargir le champs des médias audiovisuels, qui ne doit pas se cantonner au secteur public et au secteur commercial et de renforcer la capacité des acteurs associatifs.

Le projet E-joussour vise à developer la bonne gouvernance qui doit mettre en lien les citoyens, les gouvernants et la société civile, travailler pour la transparence, trouver un mode de fonctionnement plus juste. Pour se faire deux volets ont été développés au sein de E-joussour : un volet diagnostique et plaidoyer et un volet de renforcement des compétences des acteurs associatifs avec le developpement de leur propre média. Ce qui prévaut ici c’est l’approche participative.

On retrouve cet aspect de manière très forte dans le travail de M. Hane au Sénégal qui travaille pour l’Institut Panos d’Afrique de l’Ouest. Il travaille également à développer la transparence, à promouvoir la citoyenneté et à contribuer au développement de projets locaux.

A travers le projet Club Radio Citoyens, par exemple, un système de résolution de problème locaux à été mis en place. Des parlementaires, des acteurs politiques ou des responsables d’institution sont invités à prendre part à des émissions de radio ou les citoyens exposent un problème. Il y a ensuite écoute de cette emission au niveau de club radio, discussion, montage de l’émission, diffusion et à nouveau un autre débat jusqu’à ce qu’une émission synthèse présentant le problème et la solution soit diffusée.

Cette expérience a permis de responsabiliser les acteurs politiques et les différents responsables d’institution. Elle a aussi renforcé la société civile qui a vu qu’à travers ce type de lobbying on pouvait obtenir des résultats.

D’autres projets ont été mis en place au Sénégal comme des formations pour ces médias communautaires. Ainsi les journalistes des régions ont passé un mois au sein du parlement. Ils ont ainsi appris à traiter l’information politique. Les parlementaires quant à eux ont été plus assidus aux séances car ils se sont sentis plus responsables et peut-être plus proches de ceux qu’ils représentent dans les régions. Le projet de M. Hane se concentre aussi sur le suivi des budgets locaux et donc toujours de la responsabilité des gouvernants et au travail des parlementaires.

Reste qu’au Sénégal il y a un statut pour les radio associatives, ce qui n’est pas encore le cas en Tunisie ; comme l’a souligné Nozah Ben Mohamed de Radio 6 et du Syndicat tunisien des radios libres : l’absence de statut et la question du financement se pose de manière forte. Elle a fait part de son expérience depuis 2005 pour le développement d’un réseau de radios en région et de sa bataille contre le monopole de l’Office National des Télécommunication.

La promulgation des décrets 115 et 116 n’a pas été suivie de leur application. Si bien qu’aujourd’hui l’octroi de licence de diffusion est bloqué pour tous les médias. Une situation pénalisante pour le pays, le pluralisme médiatique était un indice de développement démocratique.

Au delà de la législation générale sur les médias il y a aujourd’hui nécessite d’instaurer une législation spécifique pour les médias associatifs et communautaires. La Tunisie a besoin de lois régissant ce secteur afin de mettre en place un cadre qui permettra leur développement. Il s’agit donc pour la société civile de faire un travail de plaidoyer. Il faut éduquer les parlementaires, comme les citoyens et les acteurs associatifs aux avantages de la mise en place de médias communautaires et associatifs.

Via la mise en place d’un cadre législatif, des cahiers des charges peuvent être instaurés pour permettre aux médias associatifs de trouver un mode de fonctionnement et d’émerger, plus nombreux, sur la scène médiatique.

Il est également important pour eux d’avoir un cadre pour leur financement, qui pourra se faire, par exemple, à travers la mise en place d’un fond de soutien prélevé sur les médias publics et commerciaux. Car la survie de ces médias communautaires et associatifs dépend de leur capacité à se financer, comme n’importe quelle institution médiatique. La différence tenant ici à leur fonction : ils ont, plus que les autres, le rôle de lien entre gouvernants et gouvernés, ces derniers pouvant mieux se faire entendre par les premiers, par ce biais.

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