Virginie Jouan, préside le groupe d’observation de la Tunisie de l’IFEX (International Freedom of Expression eXchange network ). Elle est de passage à Tunis et est venue remettre, hier mardi 10 juillet, le rapport de l’IFEX aux membres de l’ANC, sept mois après sa dernière rencontre avec les membres de l’ANC, au mois de janvier dernier.

Nawaat : En quoi consiste le rapport présenté hier aux membres de l’ANC ?

Virginie Jouan : Ce rapport est une synthèse des avancées et des défis concernants la liberté d’expression, la liberté d’association et l’indépendance de la magistrature en Tunisie. Trois thèmes sur lesquels le TMG de l’IFEX a travaillé depuis sa création en 2004. Depuis le renversement de Ben Ali nous avons conduit un certain nombre de projets et de campagnes sur ces thématiques.

Nawaat : Où en est la Tunisie aujourd’hui ?

Virginie Jouan : Sur ces trois thèmes la situation est différente. J’aimerais surtout parler de la question de la liberté d’expression. Ce qui est inquiétant c’est que des recommandations ont été formulées depuis des mois, des décrets ont été adoptés, des politiques d’appui à la réforme du secteur ont été dessinées mais on a le sentiment que nous sommes dans une situation d’inertie depuis plusieurs mois. Les mois qui ont succédé à la révolution ont vu beaucoup de réunions, de consultations, de formulations de décrets-lois… des ambitions ont été exprimées et puis finalement au jour d’aujourd’hui il n’y a pas d’avancées et même plutôt des développement inquiétants : des multiplications de violence réelles et inquiétantes contre les journalistes, la non application des décrets 115 et 116, qui, même s’ils sont sans doute perfectibles, doivent être mis en application pour initier la réforme et mettre en place cette instance indépendante pour l’audiovisuel, permettre au service public de progresser et empêcher le type de nominations abusives auxquelles on a assisté depuis plusieurs mois.

Il y a donc une impression générale d’inertie et des développements inquiétants. On a vu des procès qui n’avaient pas lieu d’être ou auraient dû être conduits différemment, des condamnations parfois symboliques, toujours injustifiées et des fois très lourdes, comme dans le cas des deux jeunes utilisateurs de réseaux sociaux.

Voilà un petit peu l’esprit de ce rapport qui veut souligner un certain nombre d’avancées, particulièrement dans le domaine de la liberté d’association et qui souligne un certain nombre de problèmes dans le domaine de la liberté d’expression, de la réforme du secteur des médias et aussi quant à la question de l’indépendance de la magistrature.

Nawaat :Comment les députés ont accueilli ce rapport ? Le prennent-ils en considération ?

Virginie Jouan : Nous leur avons soumis le rapport au moment où la réunion s’est ouverte ils n’avaient donc pas eu l’opportunité de le lire et de regarder les recommandations. Nous avons souligné un certain nombre de points et de recommandations. Je pense que, comme au mois de janvier, nous avons été reçus avec sérieux. Par contre il est clair que l’agenda des députés est chargé, que les réunions des commissions parlementaires sont multiples… mais il reste que les membres qui nous ont accueilli avaient une véritable volonté de discuter et d’échanger sur les observations que nous avonc mis en avant.

Nawaat : Si il n’y avait qu’une recommandation de votre rapport à appliquer, laquelle choisiriez-vous ?

Virginie Jouan : C’est une question difficile car les recommandations que l’on a inclu, et il y en aurait d’autres à faire et d’autres les ont faite très bien, ont toutes un intérêt, une légitimité. Il ne s’agit pas de mettre en avant l’application d’un décret, d’une garantie constitutionnelle, d’un fond d’appui aux radiodiffuseurs communautaires, d’aides indirectes au secteur de la presse… Les recommandations sont nombreuses et elles sont toutes légitimes et importantes, mais aucune ne garantira à elle seule une réforme en profondeur et une véritable garantie de la liberté d’expression. Le tableau est complexe, il est vaste, les Tunisiens en ont conscience, les acteurs du secteur des médias, de la société civile, certains membres de l’ANC le savant… Il est difficile de ne retenir qu’une recommandation, elles ont toutes un poids. Par contre ce qui est maintenant essentiel c’est de garantir l’action. C’est de ne pas en rester à des textes et des controverses, maintenant il faut commencer à progresser, il faut commencer à construire. Les instruments existent, l’expertise existe, maintenant il faut avancer. La question ne sera pas réglée en apportant telle garantie ou tel texte, elle sera réglée en lançant le processus de changement.

Version française du rapport

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Version arabe du rapport

Version anglaise du rapport

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