Lecture initiale du rapport de Bouderbela

Il parait que les premières victimes du rapport de la commission nationale d’investigation sur les vérités sont les vérités elle-mêmes puis suivent les martyrs et les blessés ensuite la révolution Dieu ait son âme et finalement le style académique dans la rédaction des rapports.

Bouderbela n’a pas seulement rédigé des notes qui n’ont rien à voir avec un rapport comme il se doit d’être rédigé mais il a inventé des événements qui n’ont rien de réel et falsifié les faits.

Je n’ai pas encore fini la lecture du rapport de Bouderbela mais j’ai pris l’habitude de commencer mes lectures, surtout de livres historiques, avec les passages que je maitrise le plus pour pouvoir porter un jugement sur le contenu du livre.

Ainsi en feuilletant le rapport et surtout le deuxième chapitre « Événements de la ville de Kasserine, déclenchement de la révolution » je fus abasourdi par le pouvoir horrible de ce rapport en manque d’exactitude et en déformation des faits.

1- Le rapport ne comporte aucune logique quand page 81 il cite que le début des manifestations à Kasserine était spontané. Ceci est faux, les mouvements ont été organisés par des avocats puis des syndicalistes et surtout le syndicat de l’enseignement secondaire avant d’être rejoint par des élèves et des chômeurs. Ils n’ont été spontanés qu’à partir du 7 janvier.

2- Le 7 janvier les manifestations spontanées qui furent suivis par des tirs de snipers n’ont pas commencé au carrefour de cité Ezzouhour comme cité mais de cité Essalem puis cité Ennour ensuite cité Ezzouhour après minuit donc à l’aube du 8 janvier.

3- Le jeune qui s’est immolé le 26 janvier et que le rapport décrit comme –je cite « cette action qui n’a pas eu le même écho de l’incident Bouazizi .. » se nomme Hosni Dalhoumi et n’habite pas cité Ennour mais cité Essalem et fut l’étincelle immédiate des manifestations du soir du 7 janvier. Les manifestations spontanées qui ont été suivies de tirs de snipers à Kasserine ont commencé à cité Essalem à quelques mètres de la maison de Hosni Dalhoumi après la rumeur répandue par erreur sur sa mort à l’hôpital Ben Arous (On tend à penser que celui qui est décédé ce jour là est Bouazizi )

4- La ville de Kasserine n’a pas été la première ville à se soulever, lui ont précédé la ville de Thala et la ville de Feriana encore avant qui fut la première ville de la république à bruler les symboles du régime (statues du 7 novembre) et ceci ne figure nulle part dans le rapport.

5- Il est impossible d’énumérer ici toutes les bavures de ce rapport qui sont innombrables, j’ajoute par exemple que le martyr Ahmed Jberi n’a pas été tué en dehors de sa maison en route vers la mosquée (page 96) mais en sortant de la mosquée se dirigeant vers la maison de sa sœur

La conclusion est que la lecture du chapitre réservé à un sujet que je maitrise parfaitement à savoir les événements de la révolution a Kasserine m’a convaincu d’une seule chose : Bouderbela n’a pas pu maitriser son sujet d’investigation et s’est appuyé parfois sur des rumeurs d’où l’absence de professionnalisme dans l’investigation des faits

Une autre remarque qui a attiré mon attention, du moins dans ce que j’ai lu, c’est l’abstinence totale de Bouderbela de toute critique du rôle qu’a joué l’armée. Dans son rapport (page 105 par exemple) le rôle de l’armée est évoqué en s’appuyant sur les déclarations du général Rchid Ammar qui sont probablement pas objectives ni véridiques, je cite « Les unités militaires ont quitté la caserne de Kasserine vers thala » alors que des documents visuels ainsi que des témoignages oculaires existent qui affirment leur déplacement d’autres gouvernorats vers Kasserine avant cet incident (en provenance de différentes casernes notamment celles de Chebika et Kairouan ). A chaque fois que Bouderbela cite l’armée, on ne rencontre que des éloges de leur héroïsme en défendant les citoyens et n’a par contre jamais cité leur héroïsme à défendre les flics (je cite l’exemple de Kasserine devant la banque centrale le 12 janvier qui ne figure pas dans le rapport) .

A partir de la page 330 le rapport expose les événements après le 14 janvier dans le reste des gouvernorats et ici encore Bouderbela feint citer ce qui s’est passé a Kasserine le 17 janvier quand les habitants ont capturé des dizaines de snipers que l’armée n’a pas remis à la cour pour le procès suite a leur « arrestation ».

Ceci est une lecture rapide du rapport de Bouderbela qui malheureusement démontre qu’il est impératif de réunir une nouvelle commission d’investigation des faits du rapport Bouderbela lui-même.

Avant une lecture approfondie de ce rapport, je pense que le seul aspect positif est que nous pourrions charger Mr Samir Dilou de charcher à partir de la page 654 un seul martyr tué lors d’une soirée de saoulards !

Après une longue attente la commission nationale d’investigation des faits édite son rapport. Après plus d’un an et demi du départ de Ben Ali, Me Bouderbela édite un rapport de plus de 1000 pages relatant les événements de la révolution à partir du 17 décembre 2010 jusqu’au 23 octobre 2011 en passant par les événements du 14 janvier et autres dépassements qui ont suivi cette date. Il a interpellé des sujets importants tels que l’affaire des snipers, les incidents des prisons accompagnant le tout avec des organigrammes, des tableaux et des listes concernant essentiellement les cas de décès et blessés concluant avec des recommandations. Malgré la multitude de réactions sur la forme et contenu de ce rapport, il reste tout de même une source d’informations clés importantes.

تقرير اللجنة الوطنية لإستقصاء الحقائق حول التجاوزات و الإنتهاكات

L’importance de ce rapport ne se limite pas à l’effort colossal qu’a fait la commission pour collecter une quantité énorme de témoignages et d’informations, mais c’est surtout le premier récit officiel des événements de la révolution d’où la possibilité de devenir une référence historique pour cette période dépassant les termes limités de « dépassements » et « violations ».

En feuilletant rapidement le rapport, j’ai personnellement constaté des lacunes et des erreurs concernant des sujets que je connais parfaitement, ce qui m’a poussé à entamer une lecture approfondie dans un but critique et nullement élogieux. Ces lacunes peuvent être résumées en ces points :

Un rapport bâclé ?

– La commission nationale d’investigation des faits a commencé ses travaux depuis mi-janvier 2011 et sa validité se limite au 23 octobre date des élections du conseil constitutionnel. Malgré plus de six mois de retard qu’a pris la commission a éditer ce rapport, on y trouve beaucoup de lacunes laissant penser que le rédacteur n’a même pas eu le temps de relire ce qu’il a rédigé avant de le présenter aux autorités et le publier au public ; des mots oubliés, des énoncés non développés (page 224), des cas de description de blessures sans citer le nom de l’intéressé (page 176), des fautes d’énumération : je cite « la ville de Gabes compte cinq cas de décès dont 3 ayant lieu le 14 janvier et un après » (page 155) et beaucoup d’autres fautes qui ne devraient pas figurer dans un rapport aussi important et aussi officiel.

De telles erreurs récurrentes pourraient supposer que la commission a manqué de temps pour réviser son rapport avant de le publier et elles auraient été insignifiantes si d’autres lacunes ne s’y sont pas ajoutées surtout concernant les événements de la révolution comme par exemple page 314 où les sujets s’entrechoquent entre celui des blessés et l’incident du vol de l’ambulance à Menzel Bourguiba avec le sujet du décès de Mohamed Amine Weslati sans relation évidente entre les deux, ce qui est réitéré page 329 concernant le décès de Hatem Mwaffak passant par celui de Said Rawafi avant d’y retourner et ça se complique encore jusqu’à l’incompréhension pages 312 et 325 concernant respectivement l’incident de Mhamdia et de Saida.

Au-delà des fautes narratives ou de calcul, il y a bel et bien un manque de précision en présentant l’information. En parlant de Bizerte, page 176, le rapport indique que la commission a enregistré 15 cas de décès dont six ont eu lieu avant le 14 janvier. Dans la liste figurant dans la section correspondante (pages 667 et 668) 16 cas de décès sont notés et non 15 et inversement à Sfax, le meurtre de Slim Hadhri a été omis de la liste.

On ne peut accepter de telles erreurs dans un rapport qui a pour but de faire éclater la vérité et d’écrire l’histoire pour les autorités et pour la mémoire collective. Quelles que soient les excuses et les raisons et les difficultés, on ne peut accepter d’une commission qui n’avait pour mission que d’élaborer des listes de tous les martyrs et blessés de la révolution d’omettre un seul nom, et elle a bel et bien omis le nom de l’enfant de 14 ans Thabet Hajlaoui, tué par des balles de l’armée le 18 juillet 2011, dont on ne retrouve plus le nom dans la liste des martyrs des événements de Sidi Bouzid !

Est-ce que la commission a pu établir des faits ?

Le rapport n’est pas uniquement un récit des événements de la révolution. Parmi ses fonctions les plus importantes, c’est l’établissement de la vérité et sa recherche là ou elle a manqué. Cependant le travail de la commission, a à plusieurs endroits failli à cette mission et laisse suspendus plusieurs faits sans recherche et sans plus.

E n effet, dans plusieurs endroits, le rapport présente des faits amputés. Pour ce qui est par exemple des événements qui ont eu lieu à Nabeul (à la page 181) la commission nous informe que les citoyens ont pu connaitre l’identité de celui qui a tiré : c’est un agent de la sécurité qui travaillait depuis quelque temps à la police judiciaire de Nabeul. Mais elle ne nous dit pas s’il a été démis de ses fonctions et arrêté ou s’il a été promu. Et à la page 184 le rapport évoque une voiture de type Partner qui tire à balles réelles sur des citoyens de la localité de Slimen et qui touche un homme à sa jambe gauche sans préciser si ceux qui ont tiré sont des civiles ou des forces de l’ordre. Et à la page 332, le rapport nous raconte que les militaires poursuivent une voiture de couleur rouge qui causa la mort par balles de Abdessatar Saidani sans prendre la peine de faire une réelle investigation sur le sujet surtout que le nombre de voitures correspondants à une pareille description ne se compte pas par milliers et qu’il n’est pas difficile de cerner l’identité de la personne qui a loué la voiture en question à cette date là.

Ces récits amputés ou brefs et souvent mal écrits peuvent induire en erreur. Tel est le cas pour ce qui est du meurtre de l’officier de police adjoint Adel Ammar (à la page 327) qui parait en liaison avec l’événement du meurtre de Wael Ettounsi à la Hrayria.

La commission s’est donné pour mission de réciter des faits qui se sont produits sans prendre la peine de chercher la vérité et elle va même parfois jusqu’à déplorer le manque d’informations qu’elle a. En effet, bien qu’elle admette par exemple l’existence de témoins visuels pendant le meurtre de Kamel Baklouti et de Ali Amdouni (page 339), elle ne prend pas la peine de chercher au-delà de ce qui lui a été rapporté. Ce manquement peut toucher des détails qui peuvent être simples mais extrêmement graves.

A Menzel Temime, un blessé qui a été touché le 12 janvier, a été témoin de tirs de coups de feu devant le magasin « Bravo » entre une patrouille de militaires et une partie qu’il n’a pas pu déterminer (page 186 et 187) ce qui contredit la version du ministère de la défense qui affirme ne pas avoir du tout tiré avant le 14 janvier . Et la commission n’a pris la peine de n’envoyer aucun écrit au ministère en question pour demander des explications sur ces faits. C’est ce qui se répète dans plusieurs cas qui restent vagues et mystérieux alors qu’ils auraient pu être élucidés. Et Ceci peut être due à deux raisons : la première est la négligence comme pour le cas de Hassouna Ben Amor que la commission cite à la page 389 en disant que son décès a été causé par une balle à la poitrine alors tous les tunisiens à l’exception de la commission bien sur, savent qu’il a été touché par trois balles.

La deuxième raison est probablement liée au fait de prendre pour acquis les versions qui existent sans investiguer comme il se doit pour une commission digne de ce nom. En cela, l’exemple le plus flagrant est probablement celui des faits qui mettent en cause des militaires et ou la commission s’est tenue aux réponses de l’administration de la justice militaire. Dans ces cas, la commission n’a pas une seule fois recueilli le témoignage d’aucun militaire (à l’exception de l’ancien ministre de la défense et du général Rchid Ammar ) et s’est tenu aux réponses officielles de l’administration de la justice militaire ce qui affaibli et décrédibilise touts ces récit et diminue leur transparence. De plus, ce qui est bizarre c’est que Bouderbela, et ce tout au long des milles pages du rapport, n’a à aucun moment évoqué ce point comme une des difficultés qu’a connu la commission.

En plus dans touts les cas, ou il relate des faits (surtouts pour les événements du 14 janvier) il se tient de citer les noms des agents de sécurités et ne les nomme que par leurs attributs ce qui laisse croire que le rapport a subi une certaine forme de contrôle surtout qu’il ne cite pas les noms des gens impliqués et partisans de l’ancien régime (Remarque : les noms correspondants aux fonctions n’ont été cité que dans un annexe à la fin du rapport).

Et à ce stade, on passe de la mention des lacunes qui ont entaché le rapport, à la mise en cause de son intégrité.
Est-ce que le rapport de la commission a été objectif ?

Il ya beaucoup de points qui nous poussent à répondre par un « non ».

Souvent le rapport présente une lecture politique dont il peut se passer. Ce n’est en effet que vain de la part de Bouderbela que d’affirmer à différents endroits du rapport que les événements n’ont pris de teinte politique qu’au 14 janvier (a la page 217 par exemple) et de dire que les revendications dans les régions furent économiques et sociales. Est-ce que la mise à feu des symboles du système et des locaux de souveraineté à Feriena, à Thala et à Kasserine est une revendication économique et sociale ? Sans entrer dans un débat politique qui pourra nécessiter la reconsidération et l’étude du développement des slogans et des revendications qui ont accompagné la révolution depuis le 17 décembre, le rapport n’a pas à présenter de telles positions surtout que plusieurs autres points nécessitent une attention particulière et que ceci diminue son objectivité.

Parmi ces points et à titre indicatif et pas exhaustif, on peut citer le fait que le rapport n’évoque point l’ensemble des dépassements et des abus qui ont eu lieu durant la manifestation à laquelle a appelé l’UGTT , ni ne mentionne les comités des quartiers que pour parler du rôle négatif qu’ils ont joué après le 14 janvier- comme s’ils étaient à l’origine de l’insécurité et de l’anarchie- et que pour les mettre sur le même pied d’égalité que les médias qui ont diffusé la panique parmi les citoyens. Le rapport va en plus jusqu’à critiquer la non application sévère du décret n°50 de 1978 (concernant l’état d’urgence).

Un militant des droits de l’homme peut-il défendre l’application d’un pareil décret ?

Si l’auteur du rapport s’est montré rapide et impulsif pour ce qui est de la prise de position dans certains cas, il a trainé dans bien d’autres à un tel point qu’il a été incapable de mettre la lumière sur la vérité.
Par exemple, pour ce qui est de l’enquête sur ce qui s’est passé le 14 janvier, Bouderbela se contredit lui-même étant donné qu’il dit sur ce qui s’est passé à l’aéroport (à la page 239) que : «  des doutes persistent sur ce qui l’a motivé (Samir Tarhouni), sur l’indépendance de sa décision et sur l’horaire qui semble insuffisant pour prendre une telle décision et l’exécuter en un temps aussi court et sans aucune protection ni sécuritaire ni politique ». Cette indécision et cette incapacité à arriver à établir les faits peuvent –elles s’expliquer ?

On trouve la même position mais avec plus de subtilité au sein de la section consacrée aux événements des prisons : le rapport présente l’hypothèse du complot (à la page 468) en expliquant ce qui s’est passé, en étayant par des preuves et en évoquant également l’hypothèse de l’insurrection qu’il explique par des causes objectives liées à la situation des détenus. Sauf qu’en ne prenant pas de position claire, il incite le lecteur à faire prévaloir la théorie de l’insurrection sur celle du complot.

Pour ce qui est de la section consacrée aux événements du 15, du 16 et du 17 janvier, le rapport présente simplement ces événements en insistant à plusieurs reprises sur le fait qu’ils mettent en cause des cas de blessures individuels, isolés et liés à des erreurs d’estimations et à un mauvais traitement des situations (pages 303, 305, 306, et 307). Ainsi la transparence du rapport, son objectivité et son indépendance, semblent être soumis a un système de deux poids deux mesures pour ce qui est du traitement des faits, des situations, des implications et dans la recherche des vérités.

Cette démarche dans l’investigation semble être plus évidente à chaque fois qu’il s’agit de parler de l’institution militaire. Ainsi le rapport critique parfois l’armée dans des cas mineurs mais il se passe de toute critique et ne tire aucune conclusion dans d’autres situations qui peuvent l’incriminer ou du moins participer à cela. C’est le cas par exemple pour ce qui s’est passé au foyer universitaire de Jarzouna ou pour ce qui s’est passé au Hammam à Bizerte (page 335 et 336) et surtout pour les évènements qui se sont déroulées dans des prisons tel que le récit de ce qui s’est passé à la prison de Borj El Amri ou Bouderbela omet de raconter les poursuites qui se sont déroulées dehors avec les hélicoptères des militaires (page 422). Et tel que se qui s’est passé à la prison de Mehdia dont les victimes sont toutes décédés par des balles au niveau de la tête. Ceci en plus du fait que le rapport, en citant les dépassements et les violations qu’il y a eu, a négligé le communiqué de l’association tunisienne de lutte contre la torture paru en date du 24 mars 2011 concernant la torture dont a été victime un handicapé à la suite de son arrestation par une patrouille sécuritaire et militaire à Kasserine après avoir participé au sit-in de la Kasba 2.
En tant qu’ex président de la ligue des droits de l’homme, Bouderbela peut –il avoir oublié un tel communiqué ou s’agit-il d’une négligence ?

La vérité et les versions officielles :

Est ce que la commission a investigué sur les dépassements et les abus enregistrés au cours de la période allant du 17 décembre 2010 jusqu’à l’accomplissement de son objet pour mettre la lumière sur la vérité de ce qui s’est réellement passé ou pour soutenir les versions officielle des gouvernements successifs temporaires et des gardiens du temple qui ne changent pas avec le changement de ces derniers ?

Il n’y a pas de doute sur le fait que Bouderbela préfère le sourire d’une fin heureuse sur l’amère vérité : « Bien qu’il ait constitué un point d’interrogation et qu’il ait suscité la colère et l’indignation de ceux qui ont planifié pour un changement radical, Cet événement a donné au peuple des nouvelles qu’il a tant espéré et à remis la révolution sur le chemin duquel elle a failli dévié en raison de la fuite du président Ben Ali dans un moment ou les circonstances menaçaient du chaos sécuritaire » (page 242). C’est ainsi que Bouderbela présente les exploits de Tarhouni pour ce qui est de l’alerte de la télévision nationale sans se soucier de la véracité des faits. L’essentiel c’est le dénouement heureux : Telle fût la méthodologie du rapport dans l’investigation et la recherche de la vérité de ce qui s’est passé le 14 janvier dans le palais présidentiel, à l’aéroport et dans la base militaire de l’Aouina.
Le travail de la commission s’est limité à répéter l’ensemble des témoignages des officiels de la sécurité mis en arrestation et ceux en liberté en présentant une version des faits déjà connue par le grand public qui a tant entendu parler des exploits de Tarhouni et de Sik Selem. Il n’a pas été prouvé que ce qui s’est passé ce jour là était planifié et que la vitesse, la fréquence et l’intensité des évènements qui se sont déroulés ont fait que le président Ben Ali et Ali Seriati ont pris des décisions hâtives et soudaines telles que les décisions de passer au troisième niveau de l’état d’urgence et celle du voyage de la famille à l’Arabie Saoudite (page 255).

C’est le résumé des faits que présente cette enquête après avoir investigué. Un résumé qui estime que la plus longue journée dans l’histoire de la Tunisie fût le fruit du hasard. Comment en serait-il autrement alors que tous les événements qui se sont déroulées furent « spontanées ». Peut être même que ce sont ces mêmes coïncidences qui ont sauvé le pays finalement.

Et là, Bouderbela et sa vénérable commission ne s’impliquent pas uniquement dans la défense des versions officielles et dans son recyclage sans aucune tentative pour la découverte de la vérité, mais ils atteignent un degré de vulgarité, et de cynisme, contribuent à induire la population en erreur et à falsifier l’histoire.

Sa défense des versions officielles qui semblent modestes (par rapport au récit de la fuite de Ben Ali) tel s que le récit du chaos sécuritaire, la mauvaise gérance des situations après le 14 janvier, la mise en évidence des contradictions dans les récits des témoins des événements de Ouerdanine, la crédibilité donnée aux comptes de Kais Ben Ali (page 345), la mise en avant de l’hypothèse de l’insurrection sur celle de la conspiration pour ce qui est des événements des prisons, la négligence de plusieurs abus qui peuvent embarrasser certains, et l’affirmation que les snipers n’existent pas …Tout ceci semble objectif en comparaison avec le fait d’être séduit par les exploits de Tarhouni et de Sik Selem et l’adoption aveugle de la théorie de la fuite de Ben Ali encore fondée sur de belles coïncidences.

Le peuple tunisien a aujourd’hui besoin d’une commission pour enquêter sur le rapport de la commission d’investigation.

Bouderbela a échoué à deux reprises. Une fois lorsqu’il a rédigé son rapport et s’est autoproclamé historien, sociologue, psychologue, avocat et également géographe. Ainsi ce rapport nous transmet l’information que l’auteur de “إذا الشعب يوما”est Abou El Kacem Echebbi qui est un poète tunisien de l’époque moderne. On peut par ailleurs également apprendre que Kasseine contient le plus haut sommet de la Tunisie qui est la montagne d’Echaanbi et qui est considérée comme une extension de la chaine de l’Atlas saharien. On peut également apprendre que les Fallagua désignent des rebelles armés provenant de la Tunisie et de l’Algérie ayant résisté au colonialisme français. On peut aussi apprendre des choses sur la prison de la Manouba : « La prison des femmes se trouve à Manouba et il s’agit d’une prison spéciale pour les femmes ».

Bouderbela échoue une autre fois en étant pas objectif et en présentant sa vision personnelle et ses principes individuels et en essayant de les élever au rang de la vérité historique au lieu de remplir sa mission.
Dans ce post, je n’ai pas abordé le contenu du rapport et les contradictions qu’il contient surtout en ce qui concerne les événements du 14 janvier et l’affaire des martyrs et des snipers desquels je traite séparément dans deux articles l’un s’intitulant « qui est derrière le putsch du 14 janvier » et l’autre s’appelant « connaissez vous tous les morts ? »

Cette contribution est une lecture critique verticale qui examine essentiellement les lacunes que contient le rapport dans son aspect formel et du point de vue de l’approche adoptée dans la formulation. Son but a principalement été d’étudier la position de la commission, d’insister sur la faiblesse de ce rapport, de soulever les points problématiques qu’il contient et d’appeler à sa reconsidération. Car il est extrêmement dangereux que cette erreur historique passe inaperçue.

Ce rapport est la première initiative officielle pour écrire l’histoire de la révolution et bien qu’il ait contenu une immense quantité d’informations, il a également apporté beaucoup d’erreurs et encore plus de non dits.
On ne peut commenter tout ceci sans confirmer ce qui s’est toujours dit : « L’histoire est mensongère: elle conserve un visage falsifiée et un visage à effacer »

Texte original en Arabe

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