Le 15 février 2012, le directeur du journal Attounissia ainsi que son rédacteur en chef et journaliste ont été arrêtés pour « atteinte aux bonnes mœurs et trouble à l’ordre public ». Le motif en était la publication d’une photographie du footballeur Sami Khedira avec son ami mannequin dénudé. Par contre le 9 avril 2012, suite à de graves agressions commises par la police contre des citoyens, la Justice n’a lancé aucune enquête ni arrestation contre les agresseurs jusqu’à maintenant. Comment expliquez cela ?

La rapidité avec laquelle s’est déroulée l’arrestation de Nassereddine Ben Saida, directeur du journal Attounissia, de son rédacteur en chef Habib Guizani et du journaliste Hedi Hedri était inhabituelle. A cause de la publication de la photographie qui aurait porté « atteinte aux bonnes mœurs et trouble à l’ordre public » la justice s’est montré bien prompte cependant la question qui se pose serait :

« Tabasser des citoyens qui manifestent pacifiquement » ne nuirait-il pas également à l’ordre public ? Pourquoi la Justice n’a pas arrêté de suite les responsables et accusés de la répression des manifestants du lundi noir surtout que les preuves en photo et vidéos ne manquent pas ?

Sur la chaine nationale, M.Ali Larayadh a promis l’ouverture d’une enquête pour élucider les événements du 9 avril. Ainsi, le ministère de l’intérieur, à son habitude, promet pour la énième fois, la même chose sauf que comme ça été le cas pour la manifestation du 6 et 7 mai 2011, aucune mesure ou condamnation n’a été faite contre les agresseurs qui sont malheureusement encore en fonction.

La Constituante lance une commission d’investigation

Par ailleurs, une équipe de vingt avocats a été constituée par la LTDH pour déposer les 30 plaintes reçues au local de la ligue. En parallèle, une commission d’investigation composée de 22 membres initiée par l’Assemblée Constituante, devra rendre, dans 45 jours au maximum, un rapport complet sur la journée noire du 9 avril.

Cette initiative est louable cependant n’est-ce pas le ministère de la Justice qui devrait être le premier à entamer ce genre de procédures ?

Qu’en est-il de la Justice ?

On a appelé le bureau du Procureur de la République qui nous a transféré vers le bureau de presse du ministère de la Justice. La réponse a été négative : aucune enquête n’a été entamée au sujet du 9 avril. En outre, aucune information n’a été divulguée concernant le nombre de manifestants arrêtés au poste de police appelé « 7ème » (Rue Yougoslavie à Tunis) qu’on a essayé de contacter mais en vain. On a donc appelé à maintes reprises le ministère de l’intérieur en demandant M. Tarrouche (attaché de presse du ministère) ainsi que M.Oussama Bouthelja, responsable au cabinet de Ali Larayadh mais aucun des deux n’a été disponible.

Bien que qu’on soit au quinzième mois depuis la chute de Ben Ali, l’institution sur laquelle devrait se reposer un Etat de Droit en construction, ne semble pas efficace pour défendre ni le citoyen, ni son intégrité physique ni sa dignité. Au nom du tourisme, la barbarie policière s’endurcit alors que cette stratégie répressive d’un ministère qui la cautionne ne fait que ternir, jour après jour, l’éclat de la Révolution tunisienne. Pire encore, des plaintes déposées par des avocats auprès du Procureur de la République se perdent, comme si on était encore sous le régime de Ben Ali, nous confie la jeune avocate Ines Harath, mais ceci est une autre histoire …

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