La FIDH est partie d’un constat simple : les femmes ont participé tout autant que les hommes à la contestation, pourquoi alors ne participent-elles pas de manière égale à la vie politique du pays ? Car c’est via cette participation que les femmes peuvent faire entendre leurs attentes et se battre pour acquérir de nouveaux droits, tout en conservant ceux qu’elles ont déjà.

Khadija Chérif, Secrétaire générale de la FIDH, revient sur les 20 recommandations proposés par la fédération pour répondre à cette problématique cruciale. Entretien :

Nawaat.org : Avez-vous mené un travail de terrain en Tunisie pour la rédaction des 20 recommandations? Si oui comment et par qui a-t-il été fait ?

Khadija Chérif : Ces 20 recommandations s’appliquent à l’ensemble des pays du Maghreb et du Moyen-Orient et elles ont été co-signées par nos partenaires de la région, du Maroc au Yemen. Elles reflètent les demandes formulées par des organisations de défense des droits humains qui luttent quotidiennement pour que les droits des femmes soient respectés en droit et en pratique.

Dans le cas de la Tunisie, les organisations membres de la FIDH, à savoir, l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH) et le Conseil national des libertés en Tunisie (CNLT) suivent au jour le jour la situation des droits des femmes en Tunisie. Leurs connaissances du terrain et des textes de loi nous ont permis d’affiner les recommandations.

Nawaat.org : Comment la FIDH analyse la situation des femmes en Tunisie aujourd’hui ?

Khadija Chérif : Le contexte de la transition a créé des opportunités pour une évolution des droits des femmes et une représentation accrue dans la sphère politique. Plusieurs avancées ont été obtenues, dont la consécration de la parité hommes-femmes sur les listes électorales qui constitue une grande victoire dans la région et au delà. Malheureusement la majorité des partis ont mis des hommes en tête de liste, privant ainsi l’Assemblée constituante d’une représentation égale d’hommes et de femmes.

Le parti Ennahdha s’est engagé à ne pas revenir sur les acquis des Tunisiennes mais les déclarations de certains de ses représentants ont remis en cause leurs droits. En octobre 2011, Rached Ghannouchi, dirigeant du parti Ennahdha, a déclaré que le texte sur l’adoption pouvait changer, proposant de revenir au système de la « kafala », ou tutorat. Un mois plus tard, Souad Abderrahim, parlementaire membre du parti Ennahda déclarait que les mères célibataires étaient une infamie. Dernièrement, c’est Sihem Badi, ministre de la Femme, qui s’est illustrée en déclarant que le mariage orfi, ou coutumier, était une “liberté personnelle”. Ces propos sont inquiétants mais la société tunisienne, historiquement sensible aux valeurs égalitaires, les a réprouvés ; contraignant leurs auteurs à faire marche arrière et à nuancer leurs dires. En revanche, devant les violences perpétrées par certains salafistes, c’est bien l’absence de réaction de Ennahada qui inquiète.

Aujourd’hui, il faut veiller à préserver les acquis des femmes tunisiennes obtenus par le passé et oeuvrer à une égalité entre les droits des femmes et des hommes. Il existe encore trop de lois discriminatoires à l’encontre des femmes. Exemple flagrant d’injustice : dans le Code pénal tunisien, l’article 227 bis stipule que le mariage du coupable d’un viol avec la victime, si elle a moins de 20 ans, arrête les poursuites ou les effets de la condamnation. Cela est scandaleux!

Les femmes tunisiennes ont résisté à la dictature et ont participé à la révolution. Elles doivent aujourd’hui jouer pleinement leur rôle dans la construction de la démocratie. Nous n’aurons de cesse de le répéter : une société ne peut prétendre être démocratique si elle ne consacre pas pleinement l’égalité entre les femmes et les hommes.

Nawaat.org : La FIDH préconise 20 mesures pour tendre vers plus d’égalité. Comment les mettre en application de manière concrete ? Avez-vous quelques exemples?

Khadija Chérif : Certaines recommandations ont déjà été mises en oeuvre en Tunisie. L’adoption de la loi sur la parité sur les listes électorales est un exemple, la levée des réserves à la CEDAW en est un autre. Mais beaucoup reste à faire…

Aujourd’hui l’une de nos priorités est de faire en sorte que la nouvelle Constitution tunisienne consacre la stricte égalité entre les hommes et les femmes. Pour cela, la FIDH travaille aux côtés de ses membres et partenaires afin de mobiliser la société civile, sensibiliser les citoyens et les citoyennes et dénoncer, sans relâche, les discriminations et les injustices. Cette période est déterminante pour les droits des femmes dans toute la région. Nous resterons donc vigileants et continuerons notre combat…

Propos recueillis par Sana Sbouai

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