Tout d’abord, en cette période de commémoration du début du soulèvement populaire en Tunisie, j’aimerais m’incliner de nouveau devant tous nos compatriotes qui ont sacrifié leur vie pour cette noble cause.

Je ne pense pas être le seul à penser que depuis quelques années (voir décennies), l’espèce humaine vit plusieurs problèmes (pauvreté, environnement, guerres, etc.) et que le modèle de vie suivi doit impérativement être reconsidéré.

Les gens du Sud en sont conscients depuis belle lurette; la crise mondiale, déclenchée en 2008, a fait prendre conscience aux gens du Nord de l’urgence de revoir leur copie. La révolution entamée par tout un peuple en janvier 2011 a d’abord eu, au niveau local, pour effet de corriger une anomalie politique (dictature) présente dans notre pays depuis si longtemps; elle a aussi eu, au niveau global, et pour quelques instants, pour effet, du moins dans les esprits, d’entamer la réflexion, voire d’apporter une première réponse à ces anomalies politiques, économiques, etc. que supportent les peuples du monde depuis bien trop longtemps.

Aujourd’hui, tous les outils (Internet, FB, etc.) de communication des idées, d’influence, etc. nous sont accessibles afin que nous soyons de nouveau entreprenants et actifs sur la scène globale, et, croyez-moi, plusieurs peuples n’attendent que ça … que certains peuples ne leur montrent la voie! Ne laissons pas les autres, et à leur tête cet Obama, nous montrer leur voie, celle de leur éternel «nouvel ORDRE mondial»! Quelle expression!? Pour désigner un nouveau modèle (de vie) mondial, on utilise un terme qui incite à revoir la Déclaration des droits de l’Homme : «Tous les hommes ne sont pas nés égaux! Il y a un ordre …».

La situation en Tunisie, dans laquelle on tente de bâtir une nouvelle Constitution moderne et originale, offre une opportunité historique unique à ce vieux pays, terre de multiples civilisations ayant marqué l’Histoire, pour contribuer au niveau mondial à un renouveau du système politique. Je suggère la mobilisation de toute la matière grise tunisienne pour proposer un «nouveau MODÈLE mondial» (de gouvernance), qui, vous l’aurez deviné, ne comprend pas d’ORDRE! En réalité, j’aimerais suggérer à toute la matière grise du monde entier de s’organiser, à la manière de la communauté open-source, pour proposer un nouveau modèle mondial de gouvernance. Ainsi, bien qu’à priori, cet article concerne et s’adresse avant tout aux tunisiens, il concerne et s’adresse en réalité à un public bien plus large.

Aussi, le modèle à proposer serait «mondial» dans le sens où il correspondrait à une alternative crédible au modèle existant, c’est-à-dire au modèle démocratique tel qu’il est pratiqué en Occident depuis bien longtemps. Par conséquent, bien que l’intention initiale soit de faire l’effort nécessaire pour imaginer notre propre système, un système qui soit en phase avec notre époque, celle du 21e siècle, et de ses spécificités (village globale, omniprésence de la technologie, etc.), il n’en demeure moins qu’il devrait aussi servir de modèle pour d’autres peuples, y compris ceux bénéficiant d’un système démocratique bien en place.

Loin de moi l’intention de vouloir proposer un tel modèle : je n’ai ni les compétences, ni l’expertise qu’il faut. Tout ce que je dispose, comme tous mes concitoyens et concitoyennes, est un fort sentiment intérieur, qui est le produit de notre riche histoire qui a vu tant de réalisations à tous les niveaux (stratégies de guerre : le Général Hannibal; sociologie : Ibn Khaldoun; etc.), que nous sommes capables de tout, et qu’apparemment le destin de cette petite nation et de son grand peuple est de marquer, de temps en temps, l’Histoire par son empreinte.

Dans cet article, je propose ma vision des caractéristiques que devrait avoir un nouveau modèle de gouvernance (recherché par tous). Les détails concernant ce modèle, et sa mise en œuvre, ne constituent pas le point central de ma démarche, malgré quelques efforts et quelques suggestions sur le sujet.

Introduction

Tout d’abord, rappelons, de manière simpliste et imagée, le rôle des principaux intervenants dans une démocratie :

  • d’un côté, on retrouve le peuple qui, à la base, a comme responsabilité individuelle, ou familiale, de subvenir à ses besoins. Ainsi, on remarque que la majorité de la population œuvre dans le secteur privé (commerces, affaires familiales, groupes et entreprises privés, etc.), synonyme d’autonomie et d’indépendance financière;
  • d’un autre côté, on retrouve une partie du peuple qui travaille dans le secteur public, l’administration, et dont l’objectif est d’administrer les richesses communes ainsi que le budget issu directement des impôts prélevés (en théorie!) de tous les citoyens actifs, de développer et de gérer l’infrastructure, et d’offrir des services essentiels à tous les citoyens;
  • entre les deux, on retrouve une autre partie du peuple, une extrême minorité, qui s’organise en partis politiques, et qui a pour objectif l’accès au pouvoir, au gouvernement, afin de mettre en œuvre une politique/un programme. En effet, le peuple dans son ensemble, à travers des élections libres, choisit ceux qui disposent, à leurs yeux, du meilleur programme à mettre en œuvre, pour par la suite voir les politiciens arrivés au pouvoir transmettre à l’administration leur politique et leur programme pour qu’elle les mette en œuvre.

Ainsi, les politiciens, les partis politiques, et le gouvernement dans son ensemble, constituent le vecteur de transmission de la volonté/la vision/les vœux du peuple vers leurs mise en œuvre par une administration.

Dans ce contexte, pour mettre en œuvre leur vision et leur programme, censés être les meilleurs qui soient pour l’intérêt du pays, chaque parti politique s’efforce par tous les moyens de gagner des élections populaires, libres et démocratiques. L’avènement des médias et du marketing politique a offert aux partis politiques et aux politiciens de nouveaux outils leur permettant d’influencer, voire de manipuler, l’opinion afin d’accéder au pouvoir.

Par ailleurs, l’accès au pouvoir a progressivement été perçu par les politiciens qui le détiennent, puis confirmé dans les faits ;), comme synonyme de privilèges (commissions, lobbies, etc.). À cause des privilèges obtenues, de plus en plus importants et conséquents ($$$), les politiciens et les partis politiques s’entredéchirent pour accéder au pouvoir (l’intérêt national n’est plus au centre des préoccupations); aussi, l’opposition, censée agir de manière exclusivement constructive, n’agit plus que pour faire tomber, par tous les moyens, même au détriment de l’intérêt national, le gouvernement en place, et accéder au pouvoir (et aux privilèges qui viennent avec) : on parle ainsi de la volonté de chacun d’accéder au gâteau qu’on aura hâte de partager! À cela, il faut ajouter le fait que l’exercice du pouvoir tend à rendre bien prétentieux ceux qui le détiennent, oubliant trop vite que les réalisations, la croissance et le progrès sont le fruit d’un travail collectif faisant intervenir tous les citoyens actifs du pays.

En résumé, malgré les raisons qui ont amené progressivement la mise en place des systèmes politiques existants (je m’intéresse exclusivement aux systèmes dits démocratiques), systèmes basés essentiellement sur la notion de partis politiques et de politiciens, il est clair que l’évolution de ces systèmes nous a menés vers un état où les motivations et les objectifs initialement recherchés ne sont plus vérifiés. Le pouvoir excessif et non efficacement contrôlé, les privilèges issus de ce pouvoir, et l’avènement des médias et du marketing politique ont complètement changé la donne. De nos jours, parmi les citoyens du monde entier, rares sont ceux qui ont une opinion favorable vis-à-vis des politiciens, des partis politiques, voire de la politique en général. Ce statuquo, qui dure depuis bien longtemps dans les pays démocratiques, n’est pas compréhensible, de la même manière que le statuquo de la présence des dictatures dans les pays arabes relevait de l’incompréhension générale. Ainsi, de la même manière que l’immolation de feu Mohamed Bouazizi a entrainé (le début de) la fin de la dictature mafieuse en Tunisie, et est dans une logique d’affecter d’autres dictatures, je pense qu’afin de remédier à ses maux, il est temps d’immoler le modèle politique existant, en vigueur dans la majorité des démocraties, et à partir duquel nous, tunisiens et tunisiennes, serions censés nous inspirer pour élaborer le nôtre.

1- Alors qu’est-ce qu’on veut au juste? Quels sont les objectifs recherchés?

Dans cette configuration à trois, peuple, gouvernement et administration, bien que je n’aime pas parler au nom du peuple, il me semble que ce que rechercherait le peuple devrait comprendre les points suivants :

  1. s’assurer que l’administration est compétente, soit un minimum contrôlée (je parle de contrôle de qualité), et admette le minimum de corruption;
  2. s’assurer que sa «volonté» soit efficacement transmise (sans altération!) à l’administration;
  3. s’assurer que les membres du gouvernement soient les plus compétents de l’heure;
  4. s’assurer que la politique et le programme du gouvernement soient les meilleurs possible;
  5. s’assurer que les actions des membres du gouvernement, et de la classe politique en général, ne dévient pas de la politique et du programme initialement tracés;
  6. s’assurer que les membres de la classe politique ne puissent agir en dehors de leurs mandats;
  7. s’assurer que les contre-pouvoirs mis en place n’agissent que lorsque nécessaire, et de manière exclusivement constructive; ainsi, si les points 3) et 4) sont respectés, les membres constituants le contre-pouvoir, comme par exemple les membres de ce qu’on désigne par opposition, pourraient quasiment chômer.

Le modèle recherché devrait donc répondre à ces objectifs.

2- Point de départ de ma démarche

Ma démarche fût initialement motivée par deux convictions :

  1. J’ai toujours pensé qu’une administration, bien en place/établie après de longues décennies de construction et de façonnement, a la capacité, comme ce fût le cas en Belgique, de faire fonctionner un pays sans forcément nécessiter d’un gouvernement. Dans cet esprit, je partage l’avis de M. Farhat Othman qui a parlé de l’administration publique en ces termes:

    «Or, ce sont de pareils hommes et femmes qui, par principe même, se situent, non seulement hors de la politique, mais carrément au-delà de son jeu et de ses turpitudes, qui font l’ossature de la Tunisie éternelle, ce pays administrativement toujours structuré, à la tradition d’organisation bien chevillée à son histoire.»

    L’administration tunisienne demeure donc structurée et, espérons-le, devrait améliorer son fonctionnement, se discipliner davantage, éliminer au maximum la corruption, et s’affairer à engager l’élite tunisienne (nécessairement au prix de salaires beaucoup plus attractifs et adéquats). Dans cette optique, le point 1), énoncé dans la section précédente, devrait être respecté.

  2. J’ai toujours pensé que les grandes lignes politiques suivies par un pays ne devraient pas être pensées par une extrême minorité de personnes détenant le pouvoir (suite à des élections libres et démocratiques), encore moins par une unique personne! Elles devraient plutôt être le résultat d’une intelligence collective issue de tout ce que peut offrir un pays en matière grise (en expertises/en compétences/en savoir-faire), assurant ainsi le point 4) énoncé dans la section précédente. Ce raisonnement s’appliquerait à tous les domaines traités par le politique : éducation, santé, économie, affaires étrangères, etc. L’idée est donc de réunir tous les intervenants nécessaires pour décider et planifier, pour le moyen et long terme, l’avenir de l’éducation, les stratégies et voies économiques à suivre, la ligne de conduite de notre diplomatie, etc.

    Je considérais bien sûr que je n’étais pas le seul à penser ainsi, et j’en ai eu la preuve après le 14, lorsque la matière grise tunisienne, dans son ensemble, une vraie (l’unique vraie) Makina ;), s’est mise de nouveau à carburer. Depuis cette date historique, trois points ont attiré mon attention:

    • J’ai vu des partis politiques proposaient la mise en place (après les élections du 23), de grandes commissions populaires, dans le sens ouvertes à tous et transparentes. Dans mon esprit, ces commissions devraient réunir les experts de chaque domaine (économie, éducation, affaires étrangères, etc.), les différents intervenants de la société civile (syndicats, associations, etc.), ainsi que des hauts cadres des différents administrations.
    • Par la suite, j’ai été agréablement surpris par le discours d’un membre d’Ennahdha, pressenti à l’époque comme futur responsable de l’éducation. Dans cet extrait vidéo (2 min. 54 sec.), le représentant d’Ennahdha va dans le même sens que le point précédent, et pose même la question au sujet du mérite politique, et de la récupération politique, dans la mise en place des grandes lignes, de la planification, etc. concernant différents domaines gérés par l’État.
    • Finalement, j’ai pris connaissance de l’initiative de Doustourna (je fais référence au Manifeste du 20 mars) qui, de mon point de vue, avait mis en pratique, certes à sa manière, cette idée de regroupement d’experts du domaine pour proposer, dans leur cas, une Constitution. On aime ou on n’aime pas le texte constitutionnel proposé, là n’est pas le sujet que je veux traiter. Je veux plutôt parler de leur initiative de regrouper, à El Mahdia, près de 400 personnes de différents horizons (politiques, socio-économiques, idéologiques, etc.), et, à travers une retraite de plusieurs semaines, de proposer un premier texte de constitution (1.0) (http://www.doustourna.org/). Doustourna a même ajouté au processus une touche intéressante, actuelle et moderne : ils ont rendu public le texte de constitution sur Internet à travers une interface web épurée qui a offert aux citoyens l’opportunité de commenter chaque article et de le noter (de 1 à 4). Par la suite, ils ont réitéré le processus en tenant compte des commentaires de chacun. Un bon exemple de démocratie directe et d’approche ouverte et transparente (dans le même esprit que le projet www.openGovTn.info).

De ces deux convictions, j’en ai tiré la conclusion suivante. En considérant:

  • qu’une administration agit comme une machine qui, en théorie, et lorsqu’elle est bien huilée, peut œuvrer quel que soit la politique ou le programme qu’on lui transmet,
  • que la politique, la planification du pays, les grandes lignes à suivre, etc., à tous les niveaux (économique, affaires étrangères, éducation, etc.) devraient être décidés par de grandes commissions populaires,

quel serait alors le rôle d’un gouvernement composé de politiciens issus de partis politiques? Doit-on toujours parler de «politiciens» ou devrait-on désormais parler d’«exécutants» d’une politique préétablie (engendrée par les commissions)? Est-ce que la notion même de «parti politique» s’avérerait obsolète? Ce qui est certain est que si on ramène le «politicien» a un rôle d’«exécutant», exit, au grand bonheur de tous :), la prétention, la récupération, la manipulation, etc.

Essayons de creuser un peu plus. Imaginons que le parti Ennahdha, que je prends à titre d’exemple puisqu’il est le grand gagnant des dernières élections (le raisonnement qui suit s’applique donc quel que soit le parti), propose la mise en place de telles commissions populaires (même si le parti en question n’est pas favorable à cette idée de commissions, aurait-il le choix si la population dans sa grande majorité l’incite à agir dans ce sens?). Qui nommera-t-il dans ces commissions? Peut-on imaginer qu’il nommera 41% des membres pour la simple raison qu’ils sont pro-Ennahdha!? Ça n’aurait aucun sens! Il ne pourra nommer les membres de ces commissions que sur la base de leurs expertises, de leurs compétences, voire de leur appartenance à des mouvements sociaux conséquents, etc. Donc pour être cohérent avec l’approche, le parti Ennahdha serait possiblement contraint à mettre en place des commissions dans lesquelles il serait très minoritaire en termes de représentants de son mouvement (c’est une supposition; loin de moi l’idée de suggérer que ce parti ne dispose pas d’un bassin de compétences). Maintenant, que ferait-il une fois les grandes lignes politiques définies, la planification dans chaque domaine établie, etc.? Encore une fois, pour être cohérent avec l’approche, il ne pourra qu’appliquer! En simple exécutant de politiques et de planifications préétablies, même si ces politiques s’avèreraient en contradiction avec les siennes! Dans ce cas-là, à quoi servirait les partis politiques et les élections basées sur les partis politiques? Où se trouverait l’intérêt d’un parti comme Ennahdha si, au final, il se voit dans l’obligation (morale!) d’exécuter des politiques issues de grandes commissions populaires, issues elles-mêmes de tout ce que peut offrir de mieux le peuple! Dans un contexte démocratique, serait-ce imaginable de pouvoir aller à l’encontre de la volonté du peuple!?

3- Autres critiques et contradictions

Outre les contradictions énoncées dans la section précédente, dans cette section, j’énumère (en vrac et dans le désordre) quelques points (en réalité, la liste est longue!) qui remettraient en cause le modèle actuel, la notion même de politiciens, voir celle de partis politiques:

  • Aujourd’hui, après la chute du communisme, et les débâcles du capitalisme féroce, il y a une certaine unanimité concernant certaines valeurs universelles au sujet des droits de l’Homme et de la gouvernance : cohabitation du libéralisme (mesuré, dans le sens libre-entreprise, etc.) et du socialisme (partage des ressources). Ainsi, les différents partis politiques s’accordent de plus en plus sur les programmes et les visions politiques (comparez les programmes des différents partis et vous serez surpris). La bataille pour l’accès au pouvoir, et aux privilèges, ne se fait plus sur la base des programmes, mais plutôt sur l’image, les scandales et la manipulation de l’opinion à travers la manipulation, de plus en plus perceptible, de l’information.
  • Le raisonnement exposé dans le point précédent semble, à priori, concerner les démocraties dites laïques dans lesquelles le problème relatif au mélange du politique et du religieux a été résolu depuis longtemps. En absence de ce contentieux, qui démarquait clairement les partis religieux des partis non religieux, on remarque que les programmes avancés par les différents partis ne se distinguent, les uns par rapport aux autres, que peu.

    Ceci dit, en Tunisie, si le parti Ennahdha met en avant (il n’arrête pas de le faire) qu’il n’est pas un parti religieux, mais plutôt un parti civil (après tout, il n’arrête pas non plus de prendre la Turquie, et sa fameuse constitution, comme exemple!), et si, dans ce contexte, on arrive à s’entendre sur une certaine séparation entre le politique et le religieux (à la turc, quoi! ;)), quelles différences demeureraient entre les partis? Comment pourrions-nous les distinguer? Sur quels critères, si on considère que leurs programmes et leurs visions tendent à s’accorder?

  • Au niveau social, à la place d’avoir un parti qui impose son mode de vie (religieux ou laïque) à un autre parti, pourquoi ne cherchons-nous pas un terrain d’entente, à travers certains compromis de part et d’autre, où chaque parti trouverait, même partiellement, son compte? Ne sommes-nous pas condamnés à vivre ensemble? Ceci me ramène en quelque sorte à la «politique de bon sens» que j’ai exposée dans un précédent article paru sur Nawaat. Cette politique implique le dialogue, l’écoute de l’autre, et la volonté de faire des compromis pour résoudre les problèmes. Elle n’implique nullement la séparation et la ghettoïsation de la société.
  • Dans la majorité des démocraties, lorsqu’un pays passe par des moments critiques, il met en place un gouvernement d’union (d’intérêt, pour les puristes) nationale; il n’y a donc plus de parti unique qui gouverne. De plus, un gouvernement d’union nationale implique nécessairement un consensus dans la politique à suivre, au détriment du programme ou de la politique de chacun. Encore une fois, la notion de parti se trouve diluée dans le processus. Par ailleurs, pourquoi ne pas agir pour toujours avoir un gouvernement d’union nationale puisqu’il semble, au final, être le plus efficace et le plus solide pour affronter les moments difficiles (et de facto, les moments moins difficiles)? Sinon, c’est quoi l’idée : on met en place un gouvernement d’union national lorsque les temps sont durs, pour aussitôt reprendre les vieilles habitudes et mener de nouveau le pays dans le mur!?
  • La règle «diviser pour régner» existe apparemment depuis que l’Homme existe. Cependant, malgré l’évolution qu’il prétend avoir subie depuis des siècles, il semble que sur ce point (cette règle), il n’y ait point eu d’évolution. On se divise toujours autant, au grand bonheur de nos concurrents, voire de nos adversaires, qui trouvent alors plus de facilité à nous faire face : la division ne pouvant qu’affaiblir, à la différence de l’union qui ne peut qu’accroitre la force. Pourquoi alors mettre en place un système qui incite à la base les gens à se diviser en partis, au lieu de rechercher plutôt le dialogue et le consensus pour aboutir à un état général beaucoup plus fort?
  • Malgré la règle démocratique du 50+1, personne ne s’est jamais préoccupée des 49% de la population qui se voit subir un système qu’elle ne souhaite aucunement. Est-ce normal de s’organiser ainsi?

De plus, et en considérant plus particulièrement l’actualité récente en Tunisie, notamment la Constituante, voici quelques points qui complètent et vont dans le même sens que ceux décrits précédemment:

  • M. Ahmed Mestiri, dans une interview réalisée après le 23, (entre les min. 30 et 33), critiquait la façon avec laquelle se sont organisées les dernières élections, notamment en ce qui concerne la notion de listes de candidats appartenant à des partis. Il jugeait ridicule le fait de voter pour un candidat sur l’unique base qu’il appartient à un parti, sans nécessairement connaître ce candidat. Ça fait un peu bizarre que l’on soit représenté par quelqu’un que l’on ne connait pas!
  • Aussitôt l’Assemblée de la Constituante élue (après le 23), et voilà que la population (notamment l’opposition) demande à tous les élus d’agir en tant que représentants de circonscriptions et non de partis politiques! Pourquoi alors avoir basé les élections sur des représentants de partis si, par la suite, on demande qu’ils soient indépendants de ces partis!?
  • Même raisonnement au niveau de la demande, très raisonnable, de requérir un gouvernement de technocrates (meilleures spécialistes dans chaque domaine, qui va dans le même sens que l’objectif 3) énoncé dans la section 1), et donc sans couleur politique évidente. Quel serait l’intérêt, pour un parti, de gagner les élections si, au final, et par raison, il juge logique de laisser les plus compétents dans le pays gouverner!? La réponse qu’on obtient à chaque fois est liée au fait qu’un parti juge nécessaire de mettre ses propres poulains aux commandes afin d’appliquer une politique bien définie, celle qu’il juge la plus utile pour le pays. Mais pourquoi vouloir s’approprier cette volonté de définir la politique à appliquer quand il peut aller chercher une intelligence globale beaucoup plus forte et conséquente?
  • Si nous allons nous affairer à trouver, à travers des compromis, le plus large consensus possible pour pondre une constitution, pourquoi ne s’affairerons-nous pas à appliquer le même effort pour pondre une politique qui fait une certaine unanimité pour l’éducation, pour l’économie, etc.? Autrement dit, pourquoi la population fera le nécessaire, à travers ses élus, pour composer un texte constitutionnel le plus consensuel possible, et qu’elle ne ferait pas le même effort pour tout le reste?

En résumé des points mentionnés dans cette section :

  • les programmes des différents partis tendent à converger;
  • les gouvernements d’union nationale semblent être les plus efficaces; ils impliquent de facto un dialogue et des compromis entre les différents acteurs/tendances du pays; ils impliquent de facto une intelligence globale plutôt qu’une intelligence restreinte à un parti; ils impliquent de facto que la quasi-totalité du peuple se trouve représentée (on est loin, très loin, du 51%-49%);
  • des élections basées sur des représentants de partis ne semblent pas être très en phase avec l’idée de représentants du peuple.

4- Modèle recherché

De tous les points mentionnés dans les sections précédentes, on peut conclure que :

  • il est nécessaire d’éliminer au maximum les privilèges obtenues par la mainmise du pouvoir afin de remettre au centre des préoccupations de chacun l’intérêt national du pays;
  • l’élimination des privilèges passe forcément par une diminution substantielle du pouvoir; on devrait passer de la notion de politicien, synonyme de pouvoir, à la notion d’exécutant de politiques et de stratégies, bien planifiées, issues d’une intelligence collective produite par des commissions populaires;

    Concernant les deux points précédents, dans cette vidéo (entre la 47e sec. et la 56e sec), la ministre exprime clairement l’objectif recherché, à savoir que le «politicien» se considère dans les faits comme un homme normal (c’est quand même bizarre que l’on soit amené à clarifier ce genre de chose!).

  • la notion de partis politiques n’a plus la même raison d’être, du moins dans sa nature actuelle, puisque les visions et les programmes s’orientent de plus en plus vers une certaine vision acceptée et défendue par tous; de plus, ces visions et programmes seraient dorénavant produits par des commissions populaires apolitiques, ce qui mettrait davantage la notion de partis politiques out.

Ainsi, en me référant aux objectifs énoncés à la section 1 :

  • le point 1), en notant qu’il n’est pas vraiment lié à un modèle précis et original de gouvernance (il requiert seulement un environnement démocratique conséquent), requiert un investissement plus important au niveau du budget alloué (afin de faire bénéficier aux fonctionnaires de programmes de perfectionnements, d’élever les salaires, et d’attirer ainsi les compétences) et un minimum de contrôle qualité et de contrôle budgétaire;
  • en passant par des commissions populaires, sans couleur politique apparente, et donc directement issu du peuple, ce dernier a l’assurance, point 2), que sa «volonté» est efficacement transmise à l’administration; il ne s’agit pas de la vision ou de la volonté de membres d’un parti en particulier, mais plutôt de la vision et de l’intelligence d’une partie du peuple, son élite intellectuel, ses représentants de la société civile, etc.;
  • en optant pour des technocrates, sans couleur politique apparente, on peut s’assurer, point 3), que les membres du gouvernement sont parmi les plus compétents de l’heure;
  • en optant qu’ils soient issus de commissions populaires, on peut envisager, point 4), que la politique et le programme du gouvernement soient les meilleurs possible;
  • la quasi-absence de partis politiques, le fait que les membres du gouvernement seraient des technocrates, et le fait que les membres de l’Assemblée (Parlement) seraient des représentants directs de la population, font qu’il y a moins de risque, point 5), de voir les actions des membres du gouvernement, et de la classe «politique» en général, dévier de la politique et du programme initialement tracés, d’autant plus que ces derniers sont directement issus de commissions populaires;
  • si on fait signer aux élus (de l’Assemblée), et aux membres du gouvernement, des documents à valeur juridique les incitant à œuvrer dans le cadre des mandats qui leur ont été affectés, il est possible d’atteindre le point 6); en faisant associer, dans les commissions populaires, les différents intervenants de la société, notamment les syndicats, ces derniers se trouvent impliqués de facto dans le décisionnel et dans la vision du futur commun; ainsi, on devrait les voir agir de manière beaucoup plus constructive, point 7), se restreignant désormais à un rôle de pouvoir de contrôle.

Voici un résumé de ma vision personnelle du modèle envisagé et recherché, modèle qui s’apparente au système parlementaire:

  1. Élection au suffrage universelle d’un Président : cette élection, à un ou deux tours, devra élire un président, ayant des fonctions limitées, et représentant une bonne majorité du peuple (il faudra viser plus haut que le 50+1). À part le rôle représentatif de Chef de l’État au niveau international, il faudra imaginer et définir ses compétences dans le cadre du modèle envisagé. Je pense qu’un président effacé de la scène, que l’on ne voit pratiquement jamais (comme le Président italien), n’est pas la meilleure solution. Un président, comme celui qui est actuellement en exercice dans notre pays, ayant certes des pouvoirs limitées, mais étant assez actif sur la scène (déplacements, accueil des officiels étrangers, discussions/débats avec toute la classe politique et la société en général, débats/interviews télévisés, etc.) me parait plus approprié.
  2. Élection d’une Assemblée ou d’un Parlement : si on considère l’abandon des partis politiques, chaque citoyen d’une circonscription donnée aura à élire un représentant qu’il connait bien et qu’il juge le mieux placé pour le représenter. On se retrouve donc avec une Assemblée qui tend à être plus représentative de toutes les circonscriptions du pays, du peuple, et non de partis politiques! Il faudra aussi faire en sorte que chaque représentant ne puisse œuvrer qu’à travers ceux qui l’ont élu. Je pense notamment à la nécessité de faire signer des engagements (à valeurs juridiques) qui encadreraient les comportements et les prises de position des élus. Certaines actions devront cependant requérir l’accord de la population, à travers des référendums à la grandeur du pays, des référendums au niveau de régions, ou même au niveau de circonscriptions. L’idée est de faire en sorte, de le renforcer, que l’élu n’agit au final qu’en tant que représentant de la volonté de la partie du peuple qui le concerne. Le nouveau système à imaginer et à mettre en place devra l’empêcher d’agir en dehors de cette volonté. Dans cet ordre d’idée, il serait intéressant de mettre en place des emplacements virtuels (les emplacements physiques s’avéreraient, dans le contexte actuel, peut-être coûteux), comme des pages FB privées, où les citoyens d’une circonscription donnée et leur représentant pourront échanger et garder le contact sur l’actualité, les lois, etc. Bref, il faut utiliser au maximum les nouvelles technologies (dans le même esprit que le projet www.openGovTn.info ) pour faire en sorte que les citoyens se sentent très proches de leurs représentants, et aient la possibilité de transmettre à leur représentant leurs choix, leurs opinions sur différents sujets donnés, etc.

    Les élus de l’Assemblée des représentants devraient avoir un rôle central. En effet, une vraie démocratie populaire et directe, où seul le peuple déciderait de tout, verrait tous les jours l’organisation d’un référendum pour décider d’un sujet concernant l’actualité en cours; ce système est bien sûr irréaliste. À travers un modèle qui veillerait à ce que chaque élu de l’Assemblée agisse exclusivement comme un représentant d’une circonscription, on déléguerait à nos représentants le pouvoir de décider et de voter tous les jours à notre place (c’est l’idée recherchée à travers la notion de représentant).

    Dans cette optique, l’Assemblée aurait pour mandat :

    • De mettre sur pied les différentes commissions populaires réunissant les experts de chaque domaine (économie, éducation, affaires étrangères, etc.) et les différents intervenants de la société civile (syndicats, associations, etc.) ainsi que des hauts cadres des différents administrations. Les membres de ces commissions devraient être choisis avec le consentement d’une forte majorité de l’Assemblée (l’esprit de consensus doit dominer); étant planifiées à des intervalles de temps assez importants, on pourrait même envisager l’organisation d’un référendum qui viendrait donner une plus grande légitimité à la formation des différentes commissions; finalement, au cours du processus de sélection, l’interaction entre les différentes citoyens des circonscriptions et leur représentant devrait leur permettre de guider et d’orienter les choix du représentant.

      L’organisation de ces commissions devrait être programmée tous les 10-20 ans, ou au besoin, lorsque des bouleversements importants, notamment au niveau géopolitique, l’imposent. Des versions restreintes de ces commissions devraient cependant être disponibles/accessibles en tout temps : elles équivaudraient aux laboratoires d’idées (think tanks) et verraient de simples citoyens, des experts, etc., se réunir régulièrement et virtuellement, ou physiquement, pour maintenir actifs les échanges d’idées, la veille, etc.

      Je pense aussi à la nécessité de disposer d’une commission qui s’occuperait de stratégies politiques et d’orientations générales pour le moyen et le long terme. Par exemple, une telle commission, dans un contexte de post-dictature, pourrait décider que l’intérêt du pays est de disposer, dans un premier temps, d’un premier gouvernement de technocrates orienté vers les fondements démocratiques et des droits humains. Pour, par la suite, suggérait qu’une fois la base démocratique bien établie, il est souhaitable de disposer d’un gouvernement de technocrates plutôt orienté économie et développement. Encore une fois, le politique, quel qu’il soit, devrait être pensé et planifié par des commissions qui réunissent la crème de ce que peut offrir le pays.

    • De décider, avec une forte majorité (l’esprit de consensus doit dominer), la formation d’un gouvernement. On parlerait ainsi de gouvernement de technocrates (de spécialistes, d’exécutants). L’Assemblée devrait subir des élections aux 5 ans, par exemple, mais le gouvernement en place ne serait pas forcément lié par ces élections; ce gouvernement, composé de technocrates, ne dépendra que de la volonté des nouveaux élus successifs de l’Assemblée; ainsi, de la même manière qu’on ne change pas un Président-Directeur Général (PDG) qui carbure bien et dépasse les attentes, on ne changerait pas un gouvernement qui excelle et qui dépasse les attentes. Cependant, le dernier mot reviendrait aux élus/représentants du peuple, et il est possible que dans le cadre des élections de l’Assemblée, on demande l’avis du citoyen concernant le maintien ou le changement du gouvernement en place.

      Notons que pour un citoyen, à la place de rechercher le pouvoir et les privilèges, l’intérêt d’accéder au poste de premier ministre, ou de ministre, se résumerait à un salaire et des conditions de travail conséquents (il faut garder un niveau assez élevé pour attirer et motiver les meilleurs candidats/l’élite), ainsi que le prestige qu’offre ce type de poste (un poste qui devrait à terme retrouver ses lettres de noblesse);

    • De faire le suivi des actions des membres du gouvernement afin de s’assurer que les politiques et programmes tracés par les commissions sont suivis à la lettre et sont correctement transmis à l’administration pour leur mise en œuvre.
  3. Élection d’une autre Assemblée : dans mon esprit, je n’exclus pas l’existence d’une autre Assemblée, par exemple, des shouyoukh. Elle pourrait avoir comme pouvoir de nommer des comités pour faire un audit du système, s’assurer que l’Assemblée des élus fonctionne normalement, d’administrer ce qu’on désigne dans les démocraties comme les commissaires (surveillance et évaluation de l’action gouvernementale et de l’Assemblée en général), etc. Donc une Assemblée qui a comme principale mandat d’évaluer et de surveiller le tout.
  4. Décentralisation du pouvoir: je pense qu’il est nécessaire d’avoir une décentralisation (régionale) du pouvoir; ainsi, le budget devra être réparti entre des assemblées représentatives de chaque région; ces assemblées devront contrôler l’exécution des travaux et les dépenses du budget. À ce sujet, je pense qu’il faudra voir du côté du système de péréquation canadien qui voit les régions riches aider celles qui le sont moins (très intéressant!). Voici un extrait de la description de ce programme (en ce qui nous concerne, il faudra considérer les régions du pays à la place des provinces) : «La péréquation est le programme de transfert du gouvernement du Canada qui traite des disparités fiscales entre les provinces. Les paiements de péréquation permettent aux gouvernements provinciaux moins prospères de fournir à leurs résidents des services publics sensiblement comparables à ceux d’autres provinces, à des taux d’imposition sensiblement comparables. L’objectif du programme est inscrit dans la Constitution canadienne depuis 1982 :

    «Le Parlement et le gouvernement du Canada prennent l’engagement de principe de faire des paiements de péréquation propres à donner aux gouvernements provinciaux des revenus suffisants pour les mettre en mesure d’assurer les services publics à un niveau de qualité et de fiscalité sensiblement comparable. » (paragraphe 36(2) de la Loi constitutionnelle de 1982)»

En résumé, le modèle, tel que je l’imagine, ne remettrait pas en cause la notion de démocratie, bien au contraire, puisqu’à la place des partis politiques et des politiciens, il mettra le peuple au centre du pouvoir, via toutes les commissions populaires, ses représentants élus, etc. Aussi, le modèle ne bouleversera pas nos habitudes : il y aura toujours des élections (de représentants); il y aura toujours des élections présidentielles; on aura toujours une Assemblée de représentants du peuple, voire plus d’une Assemblée; et si lors des élections, la population désire toujours se regrouper, et bien il y aura toujours des «partis politiques», bien que n’ayant plus la même finalité et les mêmes spécificités.

Aussi, il est à noter que dans un tel schéma, il y aurait un certain équilibre entre d’un côté le peuple, dans son ensemble, et de l’autre côté, son élite intellectuel (experts, etc.), ses représentants de la société civile, etc.:*

  • Le peuple demeure au premier plan du pouvoir. Il choisit directement le Président qui le représentera dans son ensemble; il choisit directement ses représentants au Parlement; il aurait éventuellement son mot à dire (donner son aval) sur la composition des différentes commissions, ainsi que celle du gouvernement; d’une manière générale, et pour les décisions importantes, il aura le dernier mot (à travers les référendums); finalement, il pourra être constamment impliqué dans le débat politique à travers notamment les différents emplacements virtuels (FB) mis à sa disposition.
  • Ce qu’on désigne comme élite du peuple (intellectuels, experts, etc.) aura comme tâches de penser et de concevoir les politiques, les programmes, leur planification, etc. Elle aura aussi comme rôle de fournir au pays les technocrates les plus compétents pour former les différents gouvernements qui auront la tâche d’appliquer les politiques, les programmes, etc.

Ceci dit, pour bénéficier de toute la matière grise disponible, unique et vraie richesse du pays, il faudra penser à aller chercher et à exploiter toutes les idées, initiatives, propositions, etc. venant de la population dans son ensemble (œuvrer dans le sens de la démocratie directe ). Il faudra donc penser à des mécanismes de collecte de ce type d’information : Internet et FB sont des outils très efficaces pour de telles collectes. Voici un exemple venant d’un jeune citoyen de 23 ans qui a utilisé ce type de média pour transmettre son message, son idée. Il faudra aussi penser à des mécanismes de filtre et de tri : des ressources humaines devraient être affectées à cette fin. Finalement, il serait souhaitable de gratifier publiquement les initiatives, idées, etc. provenant de simples citoyens. Il faut encourager la démocratie directe des idées; il faut aller chercher le maximum de ce que peut produire la matière grise du pays dans son ensemble.

(Dans la même optique, même si ça concerne un autre sujet, il faut gratifier nos hommes d’affaires et nos entrepreneurs, créateurs d’emplois (l’idée est d’encourager ces acteurs, créateurs d’emplois). Je pense à l’idée de lister, par exemple une fois par année, la liste des plus grandes sociétés du pays en tenant compte non pas de leur chiffres d’affaires (seulement), mais du nombre d’employés, des nouveaux emplois créés, des programmes sociaux offerts aux employés, de la santé et de la sécurité au travail, du taux d’endettement de la société, etc. Bref, ce sera un beau clin d’œil aux listes qu’affichent certains journaux en Occident, listes conçues, pour l’essentiel, avec une vision purement capitaliste!)

5- Et l’opposition constructive, vous l’oubliez monsieur!?

Ah oui, bien sûr, où avais-je la tête! Voici une liste non exhaustive des contre-pouvoirs (je préfère parler de pouvoirs de contrôle) présents :

  • Le peuple! Le peuple est le premier rempart face à toute tentative de dévier du chemin qu’il aura lui-même tracé (à travers ses commissions). Le peuple doit demeurer sur l’échiquier comme étant l’unique et le seul premier pouvoir du pays. Tout modèle qui verra la position du peuple affaiblie devrait être reconsidéré.
  • Les médias! Il faudra tout faire pour disposer de médias totalement libres, mais utilisant une approche exclusivement constructive. La désinformation, la reprise des rumeurs, l’incitation à la violence ou à la haine d’autrui, etc. devront naturellement être sanctionnés par la loi; après tout, personne ne devrait se considérer au-dessus des lois! Aussi, concernant les médias privés qui désirent participer à l’organisation des débats publics/politiques, et au politique en général, il faudra trouver les mécanismes nécessaires pour empêcher à des intérêts privés de court-circuiter le processus démocratique en place. Notez qu’un des problèmes que vivent les démocraties occidentales, submergés par les lobbies et les intérêts de toute sorte, est ce manque flagrant de mécanisme. Ici, je ne parle aucunement de contrôle de l’information, mais plutôt de la volonté de neutraliser toute tentative de manipulation d’information à des fins politiques partisanes privées …
  • La société civile : associations, etc.
  • Les syndicats! Aujourd’hui, dans la configuration actuelle, El makina (UGTT) apparait beaucoup plus forte (dans les faits) que tous les opposants réunis! Faisant parti des commissions populaires, les syndicats se retrouveraient donc à agir comme un pouvoir de contrôle plutôt qu’un contre-pouvoir.
  • L’Assemblée, qui a un pouvoir direct sur ce que fait le gouvernement qu’elle a nommé; ce dernier est à son service et à travers elle, au service du peuple (qui, en passant, payent le salaire de tout ce beau monde).

On voit donc que malgré l’absence apparente de partis politiques, et donc d’opposition traditionnelle, le paysage ne devait pas manquer de pouvoirs de contrôle! Et si je préfère parler de pouvoirs de contrôle, par opposition à contre-pouvoirs, c’est aussi parce que je n’ai jamais vu un conseil d’administration d’une entreprise nommer un PDG, pour aussitôt lui associer un contre-pouvoir (une opposition) :)

6- Timing

La révolution entamée en Tunisie en 2011 ne se situe pas dans un contexte mondial quelconque : Plusieurs démocraties semblent être arrivées à terme de leur puissance et de leur influence (idéologique, économique, financière, etc.). Aussi, ajouté à la crise économique entamée en 2008, les démocraties, bien qu’apparaissant sur le papier bien conçues et loin de toute critique, dans les faits, certaines s’avèrent pourries jusqu’à l’os; on y retrouve même institutionnalisés les pots de vin, et le contournement de la volonté populaire, à travers les lobbies !?

Contrairement à ces démocraties, où il sera très difficile (mais pas impossible) de changer un système, bien en place, qui utilisera toute sa puissance pour résister à tout changement, notre pays, la Tunisie, vit une phase de construction avec un peuple toujours vaillant, debout et attentif. Ce contexte est favorable pour mettre en place quelque chose de nouveau, centrée autour du peuple; il est favorable aussi pour aider, par un effet de domino, les autres peuples à agir. La seule condition : que le peuple demeure vigilent et qu’il impose sa volonté de changement! S’il baisse la garde, des individus pourront alors être tentés de remettre en place un système qui éloigne petit à petit la volonté du peuple pour la remplacer par la volonté d’une minorité.

7- Timing, suite …

Depuis quelques années, on voit l’Occident chuter au détriment d’une Eurasie avec pour principal moteur la Russie (énergie + puissance militaire) et la Chine (économie + futur puissance). Cette chute, on l’aperçoit plus clairement depuis la crise de 2008 et on perçoit actuellement, depuis les évènements de 2011, une certaine accélération. Face à ces faits historiques, il est peu probable que les décideurs en Occident, et leurs lobbies, restent les bras croisés.

De mon point de vue, cet Occident est composé de deux blocs:

  1. la société civile et la population dans son ensemble qui, face à ces évènements, commencent progressivement, notamment grâce à l’élan révolutionnaire provoqué par le soulèvement tunisien, mais aussi grâce à l’esprit révolutionnaire latent qui les anime, à vouloir que les choses changent; que le système change!
  2. le pouvoir politique et financier qui voit les choses tout autrement. Il ne veut surtout pas remettre en question un système qu’il a eu tant de mal et de patience à mettre en place et qui lui a rapporté gros. Il veut plutôt affronter l’ennemi, c’est-à-dire leurs principaux concurrents, pour les affaiblir durement, et retrouver ainsi leur superbe. Rappelez-vous de la 2ème guerre mondiale: les E-U étaient entourés de pays ruinés, parfois complètement rasés. En absence de concurrence, il était facile pour eux d’être les «maîtres» du monde! Et pourtant …

Comment les décideurs en Occident pensent-t-ils affaiblir durement leur ennemi? Je pense que leur stratégie est composée de deux étapes:

  1. prendre le contrôle, ou du moins neutraliser, les principaux pays qui comptent en termes de ressources énergiques, chères à toute économie en croissance;
  2. si nécessaire (si 1- échoue, ou si leurs ennemis répliquent), utiliser ultimement leur seule vraie et unique puissance (qui, en réalité, dénote un affaiblissement croissant de leur puissance en général), à savoir la puissance militaire, pour affronter, dans une guerre sûrement mondiale, leurs vrais ennemis.

Ils ont le dos au mur. Et malheureusement pour le reste de l’humanité, je ne pense pas qu’ils vont lésiner sur les moyens et hésiter d’utiliser toutes les options qui leur sont disponibles … Les seuls qui pourront les arrêter (efficacement) sont les sociétés civiles. Si la société civile en Occident ne réagit pas efficacement et à temps pour empêcher cette fuite en avant de leurs dirigeants, l’avenir pourrait être assez sombre pour tous. Ils vont tout faire pour prendre un à un les pays qui comptent: si la Chine et la Russie refusent de réagir, à terme, ils seront forcément durement affaiblis et au final perdants. S’ils réagissent, et bien ce sera assez terrible car les dirigeants de l’Occident, et à leur tête ceux des E-U, voudront alors rééditer l’histoire d’après 45 et se retrouver de nouveau seuls aux commandes; mais au détriment de combien de morts cette fois-ci?

C’est donc dans ce contexte que je situe le besoin de réforme politique en profondeur dans les différents pays. Il ne s’agit pas de suggérer de penser un nouveau modèle, pour la simple raison de vouloir lancer un débat d’idées, il s’agit d’une urgence criante : soit les sociétés civiles, notamment en Occident, vont (re)prendre leur destin en main et arrêter la fuite en avant de leurs dirigeants, soit c’est tous les citoyens de cette terre qui devront subir une nouvelle guerre planétaire, très possiblement catastrophique, pensée, décidée et planifiée par une extrême minorité.

J’invite donc nos amis du Nord, la société civile, à agir et vite. Les pays du Nord offrent à leurs concitoyens beaucoup d’outils leur permettant d’exprimer leur ras-le-bol et le besoin de changement. Rester les bras croisés sous prétexte que la crise rend immobile et inactif n’est pas la solution. Au contraire, agir et prendre en main son pays et sa démocratie ne pourra qu’aboutir vers un monde meilleur. Une mobilisation massive, mais plus déterminante qu’en 2003, contre les politiques agressives en cours offre la chance d’arrêter net ces plans diaboliques et permettrait paradoxalement (pour ses personnes) d’affaiblir l’Otan, le bras armé, et parfois clairement terroriste, de l’Occident et par la suite, d’affaiblir en conséquence leurs dirigeants, et d’une manière plus générale, le système en place. Ceci aiderait alors (par la suite) la société civile à reprendre en main le politique et sa destinée. Autrement dit, il est nécessaire de contrer/neutraliser ces plans diaboliques avant qu’il ne soit trop tard.

Je pense que l’écho et l’impact qu’ont eu les évènements qui se sont passés en Tunisie peuvent s’expliquer par le fait qu’ils ont remis les peuples au centre du politique : les dirigeants ne comptent plus; seul le peuple compte! Les mouvements populaires que l’on aperçoit jour après jour dans les différentes régions du monde tendent à appuyer cette thèse. Malgré qu’elle fût au départ nettement hors-jeu, la classe dirigeante mondiale a rapidement repris en main les affaires et mène de nouveau la danse. Cependant, rien n’est encore joué, loin de là …

8- Avant de conclure

Ce texte, cette réflexion, est issu du bon sens et de la raison. J’aimerais, avant de conclure, y apporter une touche plus spirituelle :). Plus précisément, cette section s’adresse particulièrement à tous les croyants qui s’efforcent à agir conformément à ce qu’ils considèrent comme étant souhaité par le Créateur.

Je pense que le Créateur aimerait voir le minimum de hiérarchie dans l’humanité (un modèle aplati). Et donc, lorsque l’humanité s’organise entre elle (délégation de tâches, etc.), il faudrait qu’elle le fasse avec la plus grande prudence pour limiter au maximum le fait que certains se sentent plus importants que d’autres, à travers le pouvoir qu’ils détiendraient par exemple. De la même manière qu’on a des médecins, des ingénieurs, des enseignants, on devrait aussi considérer, ou devraient-ils eux-mêmes se considérer comme, des hauts fonctionnaires qui exécutent des politiques préétablies, etc. L’idée est que tout le monde ait en tête qu’il a une job comme les autres et que sa job fait partie d’un ensemble de jobs qui constitue un tout : pas de prétention, pas de oufouquiya (alors qu’aujourd’hui, partout dans le monde, les politiciens se considèrent dans un monde à part, à un autre pallier). C’est pour cela que j’imagine un système dans lequel l’équivalent de ce qu’on considère comme politicien aujourd’hui, saura, avec toute la modestie nécessaire (bi koul tawatho3), la place qui lui revient, à savoir simple exécutant de tâches, etc. bien définies. Il ne devrait pas avoir la prétention que l’avancement du pays est dû à sa vision, etc. Il devra plutôt œuvrer dans un contexte où l’avancement du pays est le produit direct d’une intelligence et d’un travail collectifs issus du peuple.

Aussi, de mon point vue, je ne pense pas que le Créateur veut voir l’humanité vivre en tribus/ghettos, mais plutôt les voir, malgré leurs différences, dialoguer et trouver des consensus pour arriver à mieux se connaître et à vivre ensemble, et d’une manière plus générale, pour relever les défis de la vie.

Conclusion

À travers l’histoire, l’Homme a expérimenté plusieurs systèmes: El khilafa, la royauté, la dictature, etc. Tous ces systèmes ont échoué, autrement ils seraient encore debout. Et pour ceux qui ont réitéré l’expérience (royauté ou dictature) ou qui continuent de la pratiquer, c’est une question de temps avant de tout voir s’effondrer.

Actuellement, nous vivons le déclin de la démocratie telle qu’elle est pratiquée en Occident. La crise économique de 2008 a révélé à quel point le politique et le monde des affaires, et du détournement de fonds, étaient intimement liés. La confiance des citoyens, qui n’était pas au plus haut niveau, s’est trouvée davantage ébranlée.

L’immolation du jeune défunt Bouazizi pourrait être perçue comme une immolation du statuquo qui prévalait non seulement dans notre pays, mais prévalait en réalité dans le monde entier, à la fois dans les dictatures, mais également dans les démocraties où on perçoit un état de faillite, ou de quasi-faillite, de certains États comme la Grèce. Quand je repense à la manière avec laquelle l’initiative d’organiser un référendum, pour avoir l’opinion du peuple grecque concernant son avenir, a été critiquée puis, suite à de très fortes pressions, annulée, il y a de quoi se poser des questions! Comment peut-on accepter qu’une gang d’individus se donne le droit de décider de la destinée de tout un pays? Ce n’est pas normal! Il y a un problème, c’est évident! Dans cet article, je propose l’immolation du système politique, du modèle actuel de gouvernance; de mon point de vue, la majorité des peuples de cette terre aspire à un changement en profondeur.

L’Islande, mais aussi d’autres pays, comme certains pays nordiques, proposent depuis quelque temps une nouvelle manière d’organiser le monde politique. Je propose de profiter de cette fenêtre historique qui nous est offerte pour sérieusement étudier le sujet et proposer un système qui va au-delà de l’existant et qui soit porteur d’espoir et de renouveau, notamment pour les pays de notre région géographique et culturelle. Contrairement à d’autres, je pense que l’alliance pour un gouvernement d’union nationale, en Tunisie, entre trois partis ne partageant pas la même idéologie et valeurs, est un pas dans le bon sens (j’aurais aimé voir une alliance plus étendue), dans le sens du dialogue, du compromis et du consensus. C’est une première indication de ce que pourrait être le modèle de gouvernance recherché. Si ces partis, cette troïka pour faire plaisir à certains, mettent en pratique, comme ils l’ont annoncé avant le 23, des commissions populaires (normalement, mais nécessairement) apolitiques, le chemin sera plus que tracé.

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