Par Mohamed Amine Abassi (@evanmanphis),

Quand le pouvoir est point de tréfilage entre les différents acteurs politiques, le dépassement des libertés personnelles ne fait plus sujet d’actualité, l’espace réservé à la dénonciation de toute atteinte de la décence de l’individu régresse. L’opinion publique tourne le dos à certaines pratiques dans la rue [Agression d’artistes « Nouri Bouzid » ou de femmes non voilées], les écoles [Certains parents n’acceptent pas une éducatrice non voilée] ou les universités [Les dernières grèves d’enseignants en soutien de leur collège agressée lors de son port de jupe assez courte]. La considération faite au profil de l’autonomie individuelle fait du recul.

Le déroulement du premier scrutin démocratique était surprenant à toutes les échelles [Participation de 99,7 % des inscrits volontaires, équivalent à 54,4 % des électeurs potentiels]. Une montée plus qu’étonnante du courant islamique [89 sièges sur un total de 217 sièges]. Les conservateurs de la Tunisie se déclarent modérés et capables d’assurer la vitalité d’une démocratie respectant les droits de l’Homme, tel le modèle de l’AKP en Turquie. Entre dirigeants du mouvement et partisans, la différence est grande, le discours est loin de se ressembler. Plus que jamais, une divergence remarquable distingue les déclarations du dirigeant conservateur modéré et celle du partisan ultraconservateur rigide.

 

Le triomphe des islamistes est devenu source d’un pouvoir d’influence. L’impact d’une autorité en cours d’installation est déjà ressenti. Le citoyen se met à adopter une partie du comportement suggéré par la tendance du mouvement islamique [Certaines mères demandent à leurs filles de porter le voile pour éviter les barbus], il s’agit d’une sorte d’acceptation volontaire et d’un comportement d’adaptation relatif à l’idéologie dominante. La soumission à ce pouvoir d’influence se manifeste par la recherche de l’individu d’un bénéfice symbolique [Les anciens indicateurs « Sabebas » se font pousser les barbes pour se rapprocher du nouveau régime] ou gratification psychologique [Accomplissement d’une réconciliation avec sa propre religion et l’alimentation de l’estime de soi].

Pendant la bataille électorale, la remise en question sur l’identité a servi comme appât [L’affaire « CinemAfricArt » et le Film de Nadia El Fani, Nessma & Persepolis, Mouvement « Atakni »…]  pour trainer les progressistes dans un conflit imaginaire de valeurs  qui a fini par provoqué leur chute. Cette polémique autour de l’ « identité » et des « valeurs » est encore sujet de propagande mais sur une autre échelle.  Cette persuasion sert actuellement à établir un pouvoir d’injonction morale. Une autorité qui tire toute sa puissance de la mobilisation de la nouvelle « loi du groupe » dictée par les valeurs religieuses sacrées et perçue comme légitime. Face à ce genre de pression, l’individu se trouve entre deux alternatives : s’incliner (Pour rester le musulman qu’il est) ou se révolter (Rester musulman sans reconnaissance de ceux qui l‘entourent) ?

La non-soumission à une injonction morale revient au risque de subir une sorte de tension subjectivement insupportable. L’organe social inflige automatiquement une sanction pour toute infraction de valeurs surtout une qui se rapporte à un sacré religieux [Certains ont défendu la liberté d’expression après la projection du Film « Laicité, Inchallah » ou la diffusion du film « Persepolis » sur Nessma et qui ont fini par être classé parmi les non-croyants ou « El kofar »]. Tout  en ayant conscience de ce qui en résulte, le citoyen rejoindra en final la route de l’obéissance, avec sa propre volonté, pour remédier à l’abandon et le sentiment de rejet social.

Le pouvoir en cours d’implantation fait l’objet de toutes les attentions et ce même à l’échelle international, son discours populiste axé sur le retour vers la moralité, en même temps que le respect de chacun est encore douteux. D’une part, le double discours de ses dirigeants signalé par les modernistes. De l’autre, les pratiques de ces partisans. Il n’y a aucune garantie sur la bonne tenue de cette nouvelle force dominante envers la démocratie.

En face à face, les Tunisiens s’interposent avec force contre ce courant, ils ne se contentent plus de la disposition de quelques droits, ils crient fort souveraineté, fierté et liberté. Espérons seulement qu’ils éviteront de reproduire les mêmes erreurs que celles commises au début des années 90 et feront unanimement le choix de s’opposer contre toute nouvelle dictature.

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