Par Habib Kaltoum.

Cela s’est passé le 15 janvier au soir. Soit au lendemain du jour où Ben Ali prenait la fuite, et alors que ses milices, lâchées comme des fauves enragés, se livraient à leur ultime danse macabre, semant la terreur et le chaos sur leur passage. Branché ce soir-là sur la chaîne d’information française i-télé, tiraillé entre joie et inquiétude, je suivais les derniers développements de la situation sur place. Quelle fut alors ma surprise, lorsque je vis apparaître, plein écran, le visage du dénommé Moncef B. ! Ce que je voyais devant moi était tout simplement surréaliste !

La personne en question (vous remarquerez que je ne dévoile son identité qu’à moitié) n’était pas étranger pour bon nombre de compatriotes résidant à Paris, moi le premier. Il était connu pour être un membre actif du défunt RCD sur la scène parisienne ; l’une de ces petites mains proche des milieux consulaires et qui s’activait dans l’ombre. Quelqu’un que l’on craignait, et qui, toutes les fois qu’il faisait éruption, on se dépêchait de changer de discussion !

Vingt quatre heures ne s’étaient pas écoulées que le monsieur en question, bien relooké jusque dans sa denture, réapparaissait déjà sous un tout autre visage ! Se présentant sur le plateau comme Président (et non Directeur, détail qui a son importance !) de je ne sais quel ‘’Centre d’études stratégiques arabes à Paris’’, il a pu ainsi s’exprimer pendant plusieurs minutes, en un français plutôt primaire, apportant son soi-disant éclairage sur la situation tunisienne. Médusé, je restai un long moment sans réaction. Comme groggy, ne parvenant pas à croire ce que je voyais. Mon étourdissement enfin surmonté, je me précipitai sur mon téléphone pour appeler le standard de la chaîne en question, leur signalant la méprise et les suppliant de procéder sans tarder à l’expulsion de l’intrus.

Dans la foulée, je me dépêchai aussi de leur écrire via leur site officiel pour relater l’incident et exprimer de nouveau mon indignation. Hélas, mon étonnement allait s’amplifier davantage lorsque, deux jours plus tard, j’appris de mes copains que le même individu avait été vu aussi sur la chaîne Aljazeera. Délaissant cette fois la langue française au profit d’une langue arabe, toujours aussi mal mâchonnée, pour décrypter à sa façon les évènements, et toujours en sa qualité de Président dudit centre cité précédemment. Centre qui, faut-il que je le précise, n’a nulle existence ! Là encore, je n’ai pas ménagé mes efforts pour essayer de contacter Aljazeera, mais malheureusement je n’ai jusqu’à ce jour toujours pas réussi à le faire (-avis aux amis qui me liront, toute aide en ce sens est la bienvenue).

Vous auriez vécu à ma place la même scène, je ne doute pas un instant que vous l’aurez vous aussi qualifiée de surréaliste. Bien difficile de lui trouver un autre adjectif. Si surréaliste en effet, nous en conviendrons tous, que ce ‘’culot’’ qu’ont certains humanidés de se travestir, jusqu’à se délester en un temps record tout à la fois de leur passé et de leur soit -disant convictions ! Une attitude bien propre aux hommes, et qui ferait sans doute rougir de honte bon nombre de nos amis les bêtes qui, bien que munis d’une cervelle supposée plus petite, s’honoreraient eux d’afficher une conscience autrement plus élaborée ! Plaisanterie à part, une telle attitude est tout simplement inadmissible. Je ne peux personnellement me résoudre à l’accepter ; considérant qu’il est de mon devoir, fut-ce à ma toute petite échelle, de la combattre. Démocrate, épris de liberté et de justice, il n’est nullement dans mes intentions d’appeler ici ou ailleurs à la délation, pas plus que de contribuer sous quelque forme que ce soit à une entreprise de vengeance que j’estime néfaste.

Je reste intimement convaincu que le peuple tunisien est non seulement un peuple pacifique, mais il est avant tout un peuple civilisé. Un peuple, j’en suis confiant, qui saura démontrer sa capacité à gérer les évènements qui se présentent à lui avec mesure et intelligence, et à se comporter, y compris avec ceux qui avaient fait le choix de le trahir, avec cette tolérance qui le caractérise et qui l’honore. Néanmoins, la situation nouvelle nous appelle tous à demeurer vigilants face à ceux que j’appelle ‘’les retourneurs de veste’’ et autres ‘’révoltés de la vingt cinquième heure’’ ! Une telle vigilance s’impose à nous pour défendre cet idéal incarné par une belle Révolution dont nous sommes, tout tunisien et toute tunisienne, si fiers. Nous le devons aussi à tous nos martyrs fauchés dans leur jeunesse, rien que pour nous offrir, à nous, cette Liberté tant désirée. Ce serait les trahir que d’accepter que ces charognards sans scrupule reviennent de nouveau se rassasier de leurs cadavres !

J’aimerai enfin m’adresser à toutes ces petites crapules sans vergogne, eux-mêmes, qui hier encore ciraient les bottines du dictateur déchu ; les invitant à ce qu’ils ‘’ne se la ramènent pas trop’’ ! A ceux-là, longtemps au solde de l’ancien régime, et qui font aujourd’hui semblant de ne pas comprendre que l’Histoire a bien tourné. Qu’elle les a balayés à tout jamais. Je leur lance ceci : Salauds d’hier, faites-vous petits !

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