Les élections ont fait couler beaucoup d’encre et leurs résultats sont pour le moins interéssants. D’un coté, il y a ceux qui les approuvent et les défendent et de l’autre, il y a ceux qui les dénoncent et en ont peur… Et pourtant, revenons sur cet événement pilier de cette démocratie naissante.

Authentique baptême du feu démocratique :

Les électeurs ont du choisir le 23 Octobre, les 217 élus d’une assemblée constituante qui devra rédiger une nouvelle constitution et désigner un exécutif qui gouvernera jusqu’aux prochaines élections générales. Les tunisiens ont du départager 11.686 candidats, répartis sur 1,517 listes présentées par 80 partis et des indépendants (40%). Alors que la parité est obligatoire, les femmes ne sont que 7% à mener des listes.

On a discuté, analysé, démontré et enfin applaudi la participation massive des électeurs tunisiens qui se sont rendus aux urnes, qui ont souvent attendus des heures, le sourire aux lèvres pour faire enfin entendre leurs voix. Le taux de participation semble avoir dépassé les 90%, en effet, Boubaker Bethabet indique :” Sur les 4,1 millions de personnes inscrites, plus de 90% ont voté”. En plus d’etre un accomplissement national, cet événement a rayonner, ainsi le président américain Barack Obama a félicité les “millions de Tunisiens” qui se sont mobilisés dans un pays “qui a changé le cours de l’Histoire et lancé le printemps arabe”.
Les résultats préliminaires des élections de la Constituante ont été publiés le 27 Octobre. L’Instance Supérieure Independante pour les Elections vient d’annoncer les résultats qui se répartissent comme suit : le mouvement Ennahda aurait 89 sièges, le CPR : 29, Al Aridha : 26, le FDTL : 20, le PDP : 16, le PDM : 5, l’Initiative : 5, Afek : 4 et les autres partis auraient comptabilisés a eux tous 26 places.

Cependant ces chiffres semblent être à double tranchant, en effet, due à la proportionnelle l’analyse de ces résultats est complexe. D’un coté, on peut se féliciter du nombre de voix qui se sont exprimées, mais d’un autre coté cela reste relatif. Ainsi, alors que le nombre d’électeur est e 7.569.824, celui des votants n’a été que de 3.702.627 (3.205.845 inscrits volontairement et 496.782 inscrits automatiques). Cela signifie que la part de légitimité et de sur-médiatisation de la participation aux élections reste très subjective. On doit cependant avant de donner un avis tranché sur la question, attendre les résultats complets et définitifs de l’ISIE, qui se font attendre…

Une victoire écrasante en faveur du parti islamiste ?

Il semble évident de rappeler que la victoire nette est celle du parti Ennahda, suivi du parti CPR de Moncef Marzouki. Cependant une question semble se profiler : est ce que les élections se sont déroulées sans encombre ? Comme nous le savons tous, il n’en est rien. De nombreuses irrégularités sont venues s’immiscer dans ces élections. Entre tricheries, violation du silence électoral, tentatives d’achats de voix et manipulation : ces élections ne se sont malheureusement pas passées dans la plus grande transparence. Neanmoins, est ce qu’il faut pour autant dire que le parti Ennahda n’est pas “vraiment” le grand vainqueur de ces élections ? Non, il n’est pas possible de soutenir ce genre de propos. En effet, quand bien même il y aurait eu des irrégularités manifestes, elles n’étaient en rien conséquentes au point d’influer sur les résultats. Qu’on se le dise, le peuple a voté, nous avons voté, Ennahda a remporté ces élections. Il convient également de souligner à ce titre : la présence massive du parti islamiste dans les bureaux de vote et l’engagement des militants du parti, qui force le respect. Ces derniers se sont déplacés dans tout le pays et ailleurs, dans chacun des recoins ou se trouvaient des potentiel votants, ils ont fait énormément de terrain, ont parlé et convaincu les électeurs. Enfin nous reviendrons sur un point essentiel pour ceux qui revendiquent pour la Tunisie : une démocratie naissante, il s’agit de noter que la carte de la religion est inutilisable. Aucun parti tunisien n’est contre l’Islam et nul n’a le monopole de la religion. Donc démocratie, peut être, complète ? Pas tout a fait. Cependant ce sont les premières élections libres. Entre compréhension et laxisme, l’histoire nous dira si une erreur a été commise.

Si victoire il y a eu, un échec des modernistes, progressistes s’est clairement fait sentir

La victoire D’Ennahda loin de laisser l’opinion publique indifférente, a également jetée une ombre sur ses partis qui n’ont pas su convaincre en masse. Suite à ses élections, les analyses des pourquoi et des comment ont été nombreuses, il n’est pas utile de revenir en détails sur ses faits. Est ce qu’il s’agit pour autant de se flageller ? Non, ces partis ont tout de même récolté des voix, ont effectué des campagnes électorales dans les règles et ont donné leur maximum. Ils ont certes commis des erreurs et se sont certainement fourvoyé dans ce qu’ils pensaient être les attentes du peuple.

On notera à ce titre, des campagnes électorales trop occidentalisées, des programmes économiques trop complexes et pas a la portée du citoyen lambda. On soulignera le manque de terrain des militants qui aurait demandé davantage de présence et d’ancrage. On regrettera que le populisme et l’opportunisme soient en réalité source de victoire. On expliquera ce phénomène par le manque d’éveil politique. On conclura en disant qu’il ne sert a rien de revenir éternellement sur ces supposées erreurs, et qu’il s’agit à présent d’aller vers les gens, de parler, de comprendre, d’apprendre et d’aider.

La Tunisie a besoin des partis d’opposition pour avancer vers plus de démocratie, encourageons les a continuer leurs politiques aussi diverses soient elles.

Et l’avenir de la Tunisie dans tout cela ?

Maintenant que le parti Ennahda a remporté les élections, que de belles promesses ont été lancées à la volée, il va s’agir à présent de passer aux actes. Ils vont être jugés, et vont devoir faire preuve de beaucoup de courage, de travail et d’acharnement pour tenir leurs promesses. On attend évidemment au tournant, la question des emplois, du respect des libertés individuelles et plus généralement de l’élévation du niveau de vie de nos concitoyens. Il va falloir tenir le pays, tant sur le plan économique que social, pallier aux premières nécessités et Dieu seul sait, que nous le peuple, attendons, fermement et impatiemment de voir les premiers résultats. Le parti Ennahda a tenu a rassurer, les discours en faveur des femmes et des libertés se sont multipliés. Le parti se veut mobilisateur et unificateur. Pourtant entre l’élite et la base, le fossé est immense. Il s’agira avant tout pour le parti s’il souhaite conserver une certaine crédibilité de contrôler ses militants. Loin d’être naïf, on sent l’inquiétude du parti Ennahda, qui au lendemain de sa victoire, lance déjà l’idée d’un gouvernement d’union national et offrent des portefeuilles ministériels aux partis qui se veulent à présent, apparenté à l’opposition. La démocratie semble alors s’établir entre certains partis qui pactisent et se rallient au vainqueur, et d’autres partis qui se constituent contre pouvoir, et donc dans l’opposition.

La Tunisie peut elle etre qualifiée de démocratie islamique ?

Si l’on reconnaît aux Chrétiens Démocrates leurs capacités démocratiques pourquoi n’en ferions nous pas de même pour une démocratie islamique ? Les musulmans démocrates sont nombreux et leur apparition à la tête de l’Etat n’est pas nouvelle. Cependant la question clé est la suivante : la séparation entre la religion et l’appareil exécutif sera-t-elle effective ? Ce point est quant à lui déterminant. Ainsi, pour que démocratie puisse exister, il faudrait, en effet, lui exclure l’application de la chariaa qui serait quant à elle anti-démocratique. Durant nos nombreuses interviews avec le parti Ennahda, ce dernier a sans cesse répété qu’il ne proposerait pas l’application de la chariaa et ne reviendrait pas sur les libertés individuelles. Ainsi il faudrait envisager positivement une démocratie islamique, en théorie. Nous verrons si la pratique donne raison a cette analyse ou si les dires du parti seront modifiés auquel cas, le peuple aura été trompé.

Les partis politiques et les indépendants qui vont siéger à l’Assemblée Constituante ont une grande responsabilité, ils doivent tenir leurs engagements vis a vis des personnes qui ont voté pour eux mais également veiller au bien suprême de la nation. L’enjeu ici sera de faire en sorte de trouver des consensus sur les points sensibles, et que cela soit fait dans le respect des libertés individuelles. Les membres de l’Assemblée Constituante devront également se souvenir des raisons de leurs élections, loin de favoriser leurs intérêts personnels ils devront œuvrer à répondre positivement aux attentes du peuple. La rue saura le leur rappeler.

Si nous voulons réussir notre révolution et avancer vers plus de démocratie, nous devons d’abord accepter le verdict des urnes et respecter le choix de la majorité des tunisiens. Il s’agira avant tout de comprendre que rester toujours dans la dénonciation ne fait pas avancer les choses. La victoire du parti rayonne encore car elle a été obtenue en jouant dans ‘’les règles’’. De plus, si la gouvernance de ce parti ne convient pas à terme, libre a nous de voter pour un autre parti aux prochaines élections. La magie de la démocratie réside bel et bien dans ce juste fait : l’alternance.

Ces élections auront tout de même eut le mérite de permettre aux tunisiens de sortir de cet état de doute et d’incertitude qui devenait caractéristique et d’envisager notre avenir démocratique sereinement.

Suivez Sophie-Alexandra Aiachi sur twitter : @aiachiA

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