L’avenir commence maintenant” voici l’intitulé du programme du Parti Democrate Progressiste, qui comporte un volet politique tout d’abord, suivi d’un volet économique mettant en exergue un changement de vision à présent davantage libérale. Et enfin un coté social, avec des propositions assez audacieuses, qui méritent qu’on s’y attarde quelque peu.

Quelles sont les propositions politiques qui seront défendues lors de la rédaction de la future Constitution ? Qu’est ce que la polémique concernant l’arrêt de la publicité ? Comment interpréter la vague de démission auquel le parti a du faire face ? Pourquoi s’être opposé a la loi des partis ? Comment répond le parti face aux accusations récurrentes communément entendues ?

Le PDP : un programme, un projet, un pays.

Lors de notre interview, Ahmed Nejib Chebbi, fondateur du PDP, explique :

« Pour nous, il faudra d’abord un changement de régime politique : il va falloir garantir les libertés, sur la base de la séparation des pouvoirs. Nous sommes pour un président élu au suffrage universel par le peuple. Il doit y avoir en face de lui un parlement aussi élu par le peuple. Le parlement doit avoir la possibilité de contrôler l’exécutif (à l’américaine).

Je suis partisan d’un système à deux chambres (une élue par le peuple, l’autre par les élus locaux) pour réparer notamment les distorsions entre le littoral et l’intérieur du pays.

Tout ne doit pas se jouer qu’à Tunis : aujourd’hui, il est temps que les régions se prennent en charge elles-mêmes, qu’il y ait des conseils élus avec un certain budget pour le développement régional (éducation, culture…). Les régions doivent être représentées au Sénat.

Je suis pour un système politique largement inspiré du modèle américain mais adapté aux réalités tunisiennes. La justice doit être indépendante et doit contrôler aussi bien la décision du pouvoir exécutif que les lois elles-mêmes, elles doivent être conformes à la Constitution ».

Ainsi, le PDP prône une refondation de la République qui passerait par l’instauration d’un régime pluraliste, fondé sur la séparation des pouvoirs. Le président de la République serait élu au suffrage universel pour un mandat de 5 ans et serait chef de l’éxécutif. A l’exemple de la France, le président aura le droit de se représenter qu’une seule fois et redeviendra justiciable à l’issue de son mandat. Il n’aura néanmoins ni l’initiative des lois ni le droit de dissoudre la chambre des députés. Il n’aura pas les plein pouvoirs car il s’agit pour lui de garantir les droits et les libertés fondamentales. A cet effet, le Parti Démocrate Progressiste souhaite faire voter par la Constituante une « Déclaration des droits et des libertés » distincte du reste des lois, elles seront supra-constitutionnelles (ne pourront faire l’objet d’aucunes révisions).

Ces lois supra-constitutionnelles seront les suivantes : « les libertés de pensée, de conscience, d’expression, les libertés d’association et de réunion » mais également « les droits de la défense et procès équitables » et garantira « l’égalité entre hommes et femmes ». Cette déclaration proscrira « le recours à la torture et aux châtiments humains ».

L’ISIE, la publicité et le PDP :

La communication en politique est le seul vecteur possible afin d’atteindre une majorité, cela passe évidemment par la publicité, peu importe les supports : journaux, télévision, radio, cela n’a que peu d’importance. Le point qui nous intéresse ici et qui pose problème est la décision de l’ISIE qui est d’interdire la publicité à partir du 12 Septembre 2011 pour tous afin de garantir une certaine égalité entre les partis. Cette décision qui s’est transformée en loi n’est malheureusement pour l’ISIE pas conforme aux normes internationales qui voudraient que la publicité soit effectivement interrompue, mais cela à deux semaines des élections.

Le PDP a refusé l’interdiction de l’ISIE de continuer la publicité et a à ce titre présenté des arguments :

Cette décision donc de l’ISIE pose problème quant à sa capacité à rendre justice déjà, parce que le nivellement par le bas n’est pas la solution, comme chacun le sait, on doit vouloir l’égalité des chances mais on doit garantir également la liberté de chacun de réussir. Cependant, même si l’ISIE fait fausse route en voulant créer sous un masque démocratique une situation antidémocratique, il n’en reste pas moins que l’ISIE est une Instance cruciale dans cette transition démocratique et que ses décisions doivent être respectées afin de pouvoir assurer et garantir la bonne tenue des élections.

Afin de trouver une solution satisfaisante à ce dilemme, il s’agit à présent pour tous de trouver un consensus convenable, car la publicité peut être faite de manière détournée et cela serait tout aussi regrettable et néfaste pour une démocratie naissante (journaux privés, interview, street tract).

Pourquoi s’être opposé a la loi des partis ?

Leith Lakhoua : « Le PDP a toujours été avec la Haute Instance, même si elle a parfois outre passer ces prérogatives. Par rapport a la loi des partis, le problème était celui du financement, le PDP a discuté ce vote, il a souhaité rajouter une petite réserve concernant le financement des sociétés qui pourrait être a 100 000dt, mais la Haute Instance a refusé et a annoncé un financement à 60 000dt, ce a quoi nous avons répondu par l’affirmatif. Le vote a donc eu lieu et a été approuvé a 85%. Cependant, 30mn après ce vote et suite a la pause, les membres de la Haute Instance sont revenu et ont décidé de refaire le vote. Le PDP s’est interrogé, pourquoi refaire le vote ? Qu’est ce qui s’est passé pendant ce 30 minutes ? Des personnes sont-elles entrain d’influencer, de faire des pressions et des menaces ? Néanmoins le PDP n’entravera jamais le bon fonctionnement de la transition démocratique, donc nous continuons de soutenir la Haute Instance ».

Comment le PDP réagit il face aux démissions de certains de ses adhérents ?

Adnane Ben Youssef :

Tout d’abord je tiens a dire que le Parti Démocrate Progressiste est attristé par ces démissions, il faut bien comprendre que si certains de nos adhérents démissionnent c’est qu’ils ne sont plus en accord avec nos valeurs. Justement, à ce sujet, je souhaiterai m’expliquer. Certains de nos adhérents étaient actif au sein du PDP durant les années Ben Ali mais n’étaient pas fondamentalement PDP, il se trouve que le PDP étaient un abri, il était le seul parti organisé et qui luttait farouchement contre le président déchu. Aujourd’hui ces personnes ont pu regagner leur parti autrefois censuré mais garde en mémoire une très bonne expérience au sein du PDP. Pour d’autres malheureusement, l’appât du gain et du pouvoir a été trop puissant, nous avons opté pour des élections et certains n’ayant pas été élu ont préféré se retirer de la vie politique et de notre parti tout en blâmant les autres pour n’avoir pas voulu voter pour eux, mais vous savez, c’est bien la tout l’enjeu de la démocratie. Enfin et parce que je pense que les médias ne sont pas très justes, il convient de rappeler que meme si les journalistes ne relayent pas toujours ces informations, tous les partis souffrent de démissions, je n’en citerai pas ce n’est pas mon rôle, mais s’ils pouvaient véhiculer toutes les informations à la meme échelle, ça nous éviterait d’avoir a nous défendre sur des points qui touchent pourtant tous les partis.

Le PDP entre opposition et espoir.

Leith Lakhoua, secrétaire général du PDP La Marsa et Adnane Ben Youssef, membre du bureau politique, répondent aux questions les plus récurrentes formulées à l’encontre du parti avant et depuis la Révolution.

Maya Jribi 2009 ?

En 2009, le PDP avait décidé de boycotter les élections. A un certain moment on s’est rendu compte que le régime n’était pas franc, on ne pouvait pas construire quelque chose de positif. Ils ont changé la constitution, c’était impossible à combattre. C’était perdu d’avance. Quand on boycotte au moins, on aura essayer de montrer au monde l’injustice et la dictature de Ben Ali. Nous étions les seuls encore une fois à avoir voulu dénoncer ce régime mafieux.

Campagne volontairement ressemblante aux méthodes RCD ?

La Tunisie n’avait pas connu de démocratie avant le 14 Janvier, donc la seule campagne qu’elle ait connu est celle de Ben Ali, mais vous verrez dans tous les pays démocratiques que pour accéder aux plus grands nombres et pouvoir toucher un maximum de votant une grande campagne publicitaire est nécessaire. Ce sont des procédés communément admis dans tous les pays, nos adversaires eux memes s’y sont mis, aujourd’hui en Tunisie, tous les partis utilisent des méthodes de sensibilisation que ce soit le tractage, la radio, la télévision aux heures de grandes écoutes ou toutes autres formes de publicité ! Pour se faire connaitre, l’utilisation des réseaux sociaux et de tous les moyens mis a notre disposition pour se faire entendre est nécessaire à la connaissance. Ce ne sont donc pas des méthodes RCD mais des méthodes classiques que tous les pays démocratiques utilisent, toucher le plus grand nombre par tous les médiums possibles.

Pourquoi accepter d’anciens membres du RCD et d’avoir milité contre la dissolution du dit parti ?

Il ne s’agit pas d’accepter ou de ne pas accepter d’anciens membres du RCD. Ce sont d’abord et avant tout des citoyens tunisiens qui veulent faire amande honorable et s’engager dans notre nouvelle Tunisie, qui veulent respecter les règles démocratiques et souhaitent construire un avenir plus radieux pour leurs enfants. Il n’appartient pas aux PDP de faire des exclus, des parias ou de mettre des groupes de personnes au banc de la société. Il m’aurait paru nécessaire d’effectuer une sorte de devoir de mémoire, il ne s’agit pas de dissoudre le RCD d’un revers de main et d’oublier tout ce qui a été commi en son nom. Le PDP faisait partie de l’opposition, il a de trop nombreuses années souffert de la répression, mais l’heure n’est pas à la vengeance ou à la rancoeur, notre pays attends de nous une attitude plus noble et plus constructive. L’avenir, pour être construit sur de bonnes bases, a besoin de tous. Je tiens néanmoins a préciser qu’aucun membres du PDP n’a eu de postes a responsabilité au sein du RCD. Au PDP nous voulons un parti ouvert et souhaitons retrouver l’unité du peuple tunisien et non sa fragmentation.

Pourquoi avoir intégrer le gouvernement Ghannouchi ?

Si le PDP ne rentrait pas, il manquait à sa tache ! Il se proposait pour combler le vide, il ne peut pas laisser tomber le pays. On ne pouvait pas enlever tous les RCD avant, l’économie se serait arrêtée, il n’y aurait plus de protocoles ni de ministères. Ce serait la mort du pays, ne nous pouvions pas laisser notre pays aller n’importe où et n’importe comment.

Envisagez vous des fusions ?

Au niveau de la Constituante c’est indispensable, on pense a tous les partis démocrates et progressistes, pourquoi pas Afek Tounes et Ettajdid, par exemple. Par contre je tiens a le préciser, une alliance avec Ennahda est impossible !

Ce parti qui fait tant parler de lui :

Il semble évident que le premier problème qu’a rencontré le Parti Démocrate Progressiste a été le début de sa campagne publicitaire. On se souvient tous des affiches qui ont redécoré notre paysage suite à la Révolution quand nous attendions tous, les futures élections présidentielles. Mais rien n’en a été, cette première décision a été revue pour laisser place a un flou artistique de la part des décideurs politiques qui se sont mutuellement renvoyé la balle pendant un moment, et ont finalement conclu à la rédaction d’une nouvelle constitution. Ceci a causé un souci d’image tout d’abord, puis de finance ensuite, car comme chacun le sait, une campagne politique coute assez chère et le “faux départ” du PDP a constitué si ce n’est une erreur de parcours au moins un point négatif dans sa capacité à mobiliser. En effet on peut prendre l’exemple d’une course de fond ou les actuels athlètes ont du courir bien plus longtemps que les autres et garder le niveau très haut. C’est une des difficulté que le PDP a eu a gérer et qui fait encore sentir ses faiblesses, les militants eux-mêmes semblent être arrivés a bout de force.

Le rôle du président de la République vu par le Parti Démocrate Progressiste sera pour ainsi dire présidentiel certes, mais pas présidentialiste. En effet, le Parlement devra approuver les nominations aux postes principaux de la République (emplois civils) ainsi que celle des ministres et ambassadeurs. De plus l’indépendance de la justice sera garantie et assurée par un Conseil supérieur de la magistrature dont les membres seront élus par des magistrats et des parlementaires. Enfin une police dépolitisée verra le jour, elle sera placée au service de la société et de la loi. Ce dernier point était un manque pour ne pas dire le point le fléau de la dictature de l’ancien président déchu.

Le volet social quant à lui mérite une analyse aussi précise que son contenu. En effet, on a la affaire a un programme précis, chiffré et qui explique les tenants et les aboutissants de chacune des réformes engagées. Ainsi, l’analyse se doit d’être a la hauteur. Nous aurions aimé connaitre en terme financier ce que représente ce point de TVA, mais également, le quart de la population le plus démuni correspond a quel chiffre exactement ? Ce point de TVA en plus sera t il réellement en mesure de couvrir la globalité de leurs soins ? D’autres parts, on aimerait savoir comment le PDP compte augmenter le SMIG de 8% et dans le meme temps doubler le montant des allocations familiales ? On applaudira a deux mains l’initiative du PDP concernant les horaires de l’école avec pour fin l’arrêt des cours a 16h ce qui permettra aux élèves vivant dans des régions plus reculées de rentrer chez eux en toute sécurité.

En ce qui concerne le volet économique, il s’agit tout d’abord de voir que de grandes phrases doivent être accompagnée de certaines clarifications. Pour commencer, qu’est ce qu’investissement productif signifie exactement ? Comment financer les grands travaux d’infrastructures ? Non pas que l’idée soit mauvaise bien au contraire, cependant la note dégradée de la Tunisie, la crise financière mondiale, les faillites successives de l’Irlande, de la Grece etc… Ne laissent rien présager de positif pour une Tunisie en besoin de lourds investissements. D’autre part le changement de fusil d’épaule du PDP vers une politique économique plus libérale était très positif mais s’est vue quelque peu altéré par cet interventionnisme de l’Etat en faveur du logement social… Autre point, en augmentant la charge salariale et en instaurant un impôt a l’exportation, il y a plutôt intérêt a garantir stabilité politique éternelle, parce que sinon.. La chine n’est pas si loin !

En somme et afin de conclure cet article, la date des élections est toute proche, la course a été longue, il s’agira de voir le jour du dépouillement lequel des partis aura été le plus endurant.

Suivez Sophie-Alexandra Aiachi sur twitter : @aiachiA

Inscrivez-vous

à notre newsletter

pour ne rien rater de nawaat.org

Leave a Reply

Your email address will not be published.