Emna Menif, membre fondateur et porte parole du parti Afek Tounes

Comment analyser le parti Afek Tounes ? Pourquoi est-il considéré comme un parti RCD ? Est ce qu’il fait de la politique politicienne ou bien du marketing politique ? C’est un parti vu comme ultra libéral, mais beaucoup de leurs projets sont sociaux, comment expliquer cela ?

Par Sophie-Alexandra Aiachi

Afek Tounes se dit progressiste et moderniste évoluant dans le respect des libertés fondamentales et dans l’égalité parfaite. Emna Menif insiste ainsi sur l’ « Instauration d’une démocratie authentique. » Concernant leur ligne politique, « nous serions plutôt de centre, nous sommes pour le libéralisme économique, mais avec une forte régulation de l’état, car cela sera au service de la justice sociale. » illustre-t-elle.

Le programme :

Politique : Afek Tounes est un parti qui se dit « pour la démocratie participative, et pour le redécoupage territorial selon leurs spécialités économiques ». Il s’agit selon le parti de « mettre en place un système de séparation des pouvoirs », c’est primordial : « il y a quatre pouvoirs, le pouvoir institutionnel, législatif, exécutif et le pouvoir de la justice». Emna Menif affirme : « Nous avons opté pour un régime mixte, semi présidentiel, élu au suffrage universel. Le point important de notre programme est celui de la transparence».

Economie :

Le programme économique d’Afek Tounes est un programme a long terme (2020), constitué de mesures urgentes : « le redécoupage territorial qui tiendra en compte les spécificités économiques et l’infrastructure qui permettra le développement et sera source de création d’emploi, mais également, l’utilisation de l’emplacement géographique de la Tunisie sera également envisagé, c’est toujours selon Emna Menif, une véritable plateforme et on devra l’utiliser pour relancer l’économie en terme d’échange internationaux ».

D’autre part, la fiscalité est un point important pur Afek Toues, ainsi : « il faut lui redonner sa dimension citoyenne, il y a trop de fuite fiscale. Il faut réfléchir la fiscalité intelligemment, les investisseurs étrangers n’ont pas nécessairement besoin de 0% de taxe, mais ils préféreront des structures plus développées et une main d’œuvre évoluant dans un bien-être physique et psychologique. Il faut une nouvelle conception de la fiscalité » explique Emna Menif. On doit également comprendre que les micro crédits seront à l’honneur et qu’il faudra également compter sur l’accompagnement des jeunes entrepreneurs afin qu’ils puissent se développer et relancer la croissance.

Santé :

Concernant le domaine de la santé, Afek Tounes affirme « qu’il y a trop de déséquilibre entre les régions et entre le public et le privé ». Emna Menif affirme : « Nous voulons l’instauration d’un système d’assurance maladie universelle car la gratuité des soins est quelque chose de fondamentale à garder et mettre en place des réseaux de santé qui se complètent et se soutiennent. Le financement des caisses d’assurances maladies pourra être assuré par une meilleure gestion de la fiscalité ». Afek Tounes souhaite également mettre l’accent sur la recherche médicale.

Education :

Pour Afek Tounes, le domaine de l’éducation doit etre restructurer, il faudra tout d’abord « réhabiliter le corps enseignant, car il y a une perte du pouvoir d’achat pour les professeurs, et une réforme globale des programmes : sur la plan technique nous formons des gens de qualité mais les programmes ont totalement perdu leur formation citoyenne. Il faut qu’il y est exactement le même enseignement au quatre coin du pays. Il faut la réhabilitation de la formation professionnelle, il ne faut pas la considérer comme un échec, nous voulons lui redonner son importance, un pays a besoin de tous les corps de métiers. L’adéquation entre la formation et l’emploi sera également une des priorités du programme de Afek Tounes ».

Culture :

« La culture est primordiale parce qu’un peuple sans culture est un peuple sans avenir », explique Emna Menif, de manière très poétique. Elle ajoute : « la culture doit être indépendante et a l’abri de la censure, l’état doit subventionner mais ne doit pas contrôler le contenu du message culturel. Les maisons de la culture doivent être a nouveau fonctionnel et ce à travers l’ensemble du pays. Cela permettra de créer des emplois, d’organiser la vie sociale et de faire la jonction entre la culture, le loisir et l’éducation ».

Afek Tounes veut :

« diversifier les produits touristiques (chasse, écologie, culture) afin de développer des secteurs d’activités et des entreprises familiales. Les différents domaines tel que celui de l’agriculture, sera envisagé sur l’aspect foncier qui, selon Emna Menif, est un problème auquel il faudra remédier. Il faudra également développer l’industrie agro-alimentaire, car elle pourra dynamiser des régions et donner de la plus value sur l’échelle internationale ». Le problème de l’eau quant à lui est un sujet dit « très sérieux » sa solution n’est pas encore au point : « une équipe travaille dessus, c’est en cours d’avancement, pour être honnête je n’ai pas de réponse pour le moment ». affirme la porte parole du parti.

Les questions clés :

Comment expliquez vous l’image ‘’bourgeoise’’ que le parti renvoi ?

Emna Menif : « Afek Tounes est un parti qui réuni des gens de tous horizons et de toutes régions, les membres fondateurs appartiennent à une élite intellectuelle. Il est naturel que la direction d’un parti politique appartienne a une catégorie de personnes qui ont une certaine façon de pensée et de voir les choses. Ce qui compte après c’est les gens a qui ils s’adressent. Nous considérons que tous les tunisiens détiennent des compétences qui permettront de construire un meilleur futur. Nous travaillons dur afin de répondre aux urgences du pays.

Cette élite intellectuelle n’est pas homogène, les parcours sont très différents. Pour un nombre important d’entre elles, elles ont bénéficié de l’ascenseur social, elles venaient de milieux défavorisés et c’est par le travail qu’elles ont réussi à s’élever socialement. C’est un parti formé par l’élite mais qui n’est pas élitiste. »

Afek Tounes a eu des difficultés à tenir des meetings due l’étiquette du RCD qu’il a, pourquoi ?

Emna Menif : « Nous n’avons pas pu tenir deux de nos meetings, un a Sidi Bouzid et l’autre a Gafsa. L’image RCD qu’on nous a collé a été expliquée en conférence de presse en réponse à l’annulation de nos meetings. Mais certaines personnes n’écoutent pas ce qu’on leur dit. Je demande à ce que l’on nous fasse la liste des responsables qui sont du RCD dans notre parti, et on enquêtera. Mais accuser sans preuves, c’est assez léger. La conférence de presse a eu un relai médiatique plutôt timide.

Nous sommes sérieux et nous souhaitons placer le dialogue sur ce qui doit être débattu, c’es a dire sur l’assemblée constituante, cela gêne parfois, donc les gens cherchent à nous jeter un discrédit, et la meilleure manière est de nous étiqueter comme RCD ».

Afek Tounes fait-il du marketing politique :

Emna Menif : « Nous avons un programme construit que je viens de vous développer. Donc la réponse est non. Et le marketing politique c’est le fait d’avoir des affiches politiques placardées partout dans le pays, c’est de se mettre à la radio toute la journée et a la télévision, donc il n’y a pas de matraquage médiatique dans notre communication étant donné que ce n’est pas ce que nous faisons ».

Envisagez vous des fusions, j’ai cru comprendre que vous aviez proposé des listes communes avec le PDP ?

Emna Menif : « Il na pas été question de liste commune avec le PDP. Mais il faut considérer cette période comme le rendez-vous des alliances, donc nous pensons effectivement à en nouer certaines. Nous sommes ouverts à toutes les discussions afin de donner un maximum de visibilité politique au citoyen ».

L’analyse :

Afek Tounes semble conscient des différentes urgences du pays c’est à dire du problème du chômage et du déséquilibre régional. Mais, on regrette le manque de précision dans les chiffres tout d’abord, mais également dans les propositions. Ainsi, la réponse la plus souvent entendue pendant l’interview a été : « nous exposerons l’ensemble du programme politique, économique, social et culturel lors de notre prochaine conférence de presse. Pour l’instant je ne dispose pas des données nécessaires afin de répondre à ces questions. Le programme est en cours d’élaboration, notre équipe travaille dessus » ce qui est plutôt navrant car cette réponse s’est vue être redondante sur beaucoup de points.

D’autres parts, le point principal à mettre en avant est le problème de financement. On croyait le parti Afek Tounes au fait des différents dilemmes économiques et on se retrouve face à de nombreuses propositions sociales sans autre financement que celui relevant de la fiscalité. On est en droit de se poser la question suivante : est ce que le parti connaît l’état des finances du pays ? Se rend-t-il compte que toutes ces belles réformes nécessites un besoin économique monstre ?

Toujours dans le même esprit, il paraît contradictoire pour un parti qui se dit libéral, surtout dans notre situation actuelle, de taxer l’investissent étranger. Cela ne risque-t-il pas de faire fuir le peu d’investisseur prêt a miser sur la relance économique et la stabilité politique du pays ? Il serait judicieux de bien faire attention à la question du financement lors de la conférence de presse qui dévoilera l’ensemble du programme du parti.

Maintenant a savoir si le parti Afek Tounes est capable de gérer le pays dans un futur proche, c’est à vous d’en juger. Reste à savoir si les grandes propositions pourront être menées à bien, ce qui semble au vue de la conjoncture actuelle très difficile.

Suivez Sophie-Alexandra Aiachi sur twitter : @aiachi

Inscrivez-vous

à notre newsletter

pour ne rien rater de nawaat.org

Leave a Reply

Your email address will not be published.