« Fin juin 2006, Mouwaffek Errabi’i, conseiller à la sécurité irakienne, a annoncé d’une conférence télévisuelle que les forces irakiennes avaient arrêté Yousri Fakher Mohammed Ali Trouiki, dit Abou Koudama le Tunisien, alors que ce dernier tentait avec quinze autres personnes armées de pénétrer par le check point de Dhoulouiyya situé à trente kilomètres au nord de Bagdad, qu’il était arrivé en Irak en novembre 2003, que lui ainsi que deux Irakiens et deux Saoudiens étaient ceux qui avaient perpétré l’attentat contre le mausolée de Samara et avaient assassiné la journaliste Atwar Bahjat. Le conseiller à la Sécurité irakienne a annoncé lors de cette conférence de presse que tous les membres du groupe avaient été tués au check point à l’exception d’Abou Koudama qui avait été gravement blessé. Lorsque les journalistes lui ont demandé une photo, il leur a répondu qu’il ne pouvait pas pour des raisons liées au renseignement. J’ai su […] que la personne arrêtée était mon fils Yosri et j’en ai été sûr en entendant le quatrième prénom en dépit du fait de l’erreur de nom […]. J’ai suivi les informations sur Internet et au bout de quelques semaines un site chiite […) a publié une photo de Yosri mon fils, présenté comme Abou Koudama, le Tunisien. Je l’ai reconnu en dépit de ses blessures et des signes de fatigue et de relative inconscience. Dans le journal El Maoukif du 13 octobre 2006, j’ai lu un article : la cour pénale centrale de Bagdad avait prononcé une condamnation à mort contre Yousri Ben Fakher Ben Mohammed Ali Triki, dit Abou Koudama le Tunisien pour l’attentat contre le mausolée à Samara et l’assassinat de la correspondante d’El Arabiyya, Atwar Bahjat » Tel est en substance le récit de Fakher Trigui, le père de Yosri, qui n’a plus revu son fils depuis 2003-, il avait alors dix-neuf ans. Il a appris aussi que le jugement avait été prononcé « à deux heures de l’après-midi du mardi et qu’il serait mis à exécution dans un mois» [1]. Il ne savait pas si son fils avait été exécuté quand ce dernier l’a contacté « depuis un téléphone ayant un indicatif américain en Irak ». Il lui a dit avoir été arrêté le 20 mai 2006, avoir été blessé, hospitalisé, torturé dans les périodes de rémission, et avoir été détenu par les Américains à Camp Kropper jusqu’en 2009, qu’il avait été condamné à mort, qu’il avait été innocenté en 2008, toutes informations qu’il n’a pu vérifier. Par la suite son fils aurait été transféré à la prison de Kadhimiya de Bagdad, où Saddam Hussein a été exécuté, dirigée par les autorités irakiennes. Son fils aurait été innocenté par un tribunal irakien de toutes les charges précédentes, mais « gardé en prison en vertu d’une condamnation à quinze ans d’emprisonnement pour avoir pénétré illégalement sur le territoire irakien ». Son fils a continué « de lui téléphoner de façon régulière jusqu’en 2011, lors de sa dernière communication, il a appris à sa famille qu’il avait été de nouveau condamné à mort, sans assistance d’un avocat, pour toutes les accusations dont il avait été précédemment innocenté » [2].

Fakher Trigui dit que les Affaires étrangères tunisiennes l’ont contacté le 12 juillet et l’ont assuré mettre tout en œuvre pour suspendre l’exécution en vue d’une grâce [3].

Fakher Trigui n’a jamais pu se procurer les documents de justice attestant de la première condamnation, ni du non-lieu, ni de la seconde condamnation allégués.

C’est par voie de presse et par contact avec son fils qu’il a pris connaissance de la réalité. Quels que soient les faits, les charges, avérées ou non, retenues contre ce dernier, l’essentiel reste qu’il s’agit maintenant de vie ou de mort et que le temps presse, la sanction pouvant être exécutée à tout moment [4] : elle a été confirmée par Khadhir Elkhazaï, le vice ministre irakien, le 28 juin dernier [5].

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1 – Facebook : min ajli weqf qarar elidam eddhalem bihaqqi ettounsi yousri ettriqi. Tous pour que Trigui rentre chez lui en Tunisie.
2 – Propos recueillis le 13 juillet.
3 – Nourpress, 13 juillet 2011.
4 – L’organisation Al Karama basée en Suisse, a adressé « un appel urgent le 30 juin 2011 au rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, le priant de bien vouloir intervenir en urgence auprès des autorités irakiennes » (Irak, risque d’exécution de condamnations à mort de cinq ressortissants étrangers, Communiqué, 1er juillet 2011).
5 – « El’idam litounsi mouttahem bitefjir qada liliqtital ettaïfi filirak », Oussama Mehdi, Ilaf,
2011.

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