La Gribha, située à Djerba, en Tunisie, est la plus vieille synagogue du monde arabe. Chaque année, des milliers de juifs tunisiens viennent y effectuer un pélerinage. Photo : www.minorites.org

L’association était très attendue par la communauté juive tunisienne car elle permet de transmettre l’ensemble du patrimoine culturel de cette minorité qui aujourd’hui s’inquiète de la perte à terme de son identité judéo-tunisienne.

Histoire :

Il s’agit, grâce a ce petit retour dans l’histoire, de comprendre a quel point l’histoire des juifs tunisiens est ancienne et qu’il s’agit de préserver et de connaître.

Les juifs tunisiens ont plus de 3000 ans d’histoire derrière eux. Il y a tout d’abord eu une vague phénicienne puis en 500 av JC les juifs djerbiens sont arrivés bibliquement à partir de la première exode, on estime qu’ils se dirigaient vers Tharsys. La troisième vague quant à elle est arrivé autour de l’année 70 ap JC c’est à dire lors de la deuxième destruction du temple de Jérusalem. De nombreuses vagues ce sont alors succédées au cours des siècles.

« Entre la Tunisie et les juifs, c’est comme une histoire d’amour : il y a eu des hauts et des bas » illustre Gille Jacob Lellouche. L’islam a toujours protégé les juifs tunisiens mais ont instauré le statut de dimi ( citoyens de second ordre ) bien qu’ils gardaient leur liberté de culte. Cependant, la France a en 1881 a abolit ce statut.

L’association : Dar el Dhekra

La création de cette association était impensable avant la Révolution, «il y avait comme une sorte d’auto-censure car on craignait l’administration comme la population, on avait peur qu’elles réagissent mal. Mais grâce au vent de liberté et de démocratisation qui règne en Tunisie depuis le 14 Janvier, on a entrepris de sauvegarder et de développer le patrimoine judéo-tunisienne afin de laisser une trace légitime dans l’histoire de la Tunisie» explique Gilles Jacob Lellouche le fondateur de l’association.

Les différents objectifs de l’association sont les suivants : assurer la pérennité de l’association dans le temps, organiser des rencontres culturelles, créer une ligne éditoriale et mettre en vente des petits ouvrages liés à cette mémoire avec également un site internet ou sera abrité un musée virtuel. La création d’un centre culturel sera par la suite envisagée grâce à un musée qui portera le nom de Dar el Dhekra. Le but ultime sera de réconcilier la Tunisie avec sa propre histoire dans un esprit démocratique, afin d’aboutir à l’introduction dans les manuels scolaires de la partie juive de la Tunisie.

Les juifs tunisiens :

Les juifs tunisiens sont pour la grande majorité des sépharades, c’est à dire de ceux qui ont bordé le bassin méditerranéen. La tunisie était un pays reconnu dans le monde entier à travers la ville de Kairouan qui était la première ville d’impression talmudique du monde et ce au Xe siècle. Cette période s’inscrit pendant l’ère des fatimides qui fut représentative de l’apogée culturel du judaïsme.

On compte aujourd’hui près de 1400 personnes tunisiennes de confession juives, dont 1000 d’entre elles vivent à Djerba et le reste se répartit entre Tunis, Sfax, Sousse et Nabeul. Ces 1400 personnes sont une peau de chagrin, avant la 2nd Guerre Mondiale, sur 2 millions de tunisiens un quart d’entre eux étaient juifs. A partir de 1948, les choses ont commencé a se dégrader pour de diverses raisons. Tout d’abord après l’indépendance, on a recensé beaucoup de vague de départ : la première fait suite aux événements de Bizerte, la deuxième fait suite à la guerre des six jours en 67. Enfin en 69, les lois Ben Salah frappent de plein fouet les propriétaires terriens et agricoles ce qui encourage les juifs tunisiens, pour la plupart dans ces secteurs, à partir. D’autre part, il faut savoir que beaucoup de famille envoyaient leurs enfants étudier dans le cadres des études supérieurs en France et beaucoup n’en revenaient pas, ainsi après quelques années leurs parents les rejoignaient.

La tunisie, une terre sainte ?

Tous les ans, au mois d’avril, un pèlerinage a lieu a la Griba, il est appelé : l’Hiloula. Ce pèlerinage est une fête qui vient clôturer une période de deuil, elle a lieu 30j après la fin de Pesar. C’est un acte religieux certes, mais également un moment festif à partager. Cependant, d’un point de vue sécuritaire et par déférence pour l’ensemble des familles des martyrs, un commun accord a été conclu entre les autorités religieuses, le grand rabinnal et le président de la communauté, ainsi que le gouvernement tunisien, afin que le pèlerinage n’est pas lieu cette année.

Le peuple et sa culture sont-ils menacés ?

Aujourd’hui en Tunisie, beaucoup de personnes s’inquiètent pour leur futur, ils s’interrogent sur la capacité qu’auront les politiques à garantir les libertés de culte et d’expressions. Les regards se tournent, en particulier, vers les partis extrémistes. « Dans le coran, on retrouve l’expression des ‘’gens du livre’’ cette expression renvoi dans un sens à la dimitude, la citoyenneté de second ordre. » Les juifs tunisiens ont toujours été très bien intégrés dans la société, celle ci s’est toujours voulue laïque et évoluait dans le respect et la tolérance. « Ainsi le peuple juif tunisien ne doit être en rien inquiété ». Ainsi, Gilles Jacob Lellouche s’exprime sur ce sujet en indiquant :

«Ni moi ni ma communauté ne sommes inquiétés par le parti Ennahda. Je veux dire par la que si leur idéologie est sincère, nous n’avons rien a craindre, apres s’ils veulent mettre dans la bouche de Dieu des mots qui n’ont jamais existé… D’autres pays seraient plus susceptibles de leur convenir comme l’Iran ou l’afghanistan. Mais honnêtement, je n’ai aucunes appréhensions face au parti Ennahda».

En ce qui concerne la culture, il est tout d’abord important de souligner qu’il y a une langue judéo-tunisienne à part entière, c’est un mélange entre la langue traditionnelle et de l’hebreu. La particularité de cette langue c’est qu’elle s’écrit en hébreu mais se prononce en arabe. On trouve des épitaphes écris dans cette langue et également des morceaux de musique. Elle est apparue il y a des siècles de cela, aujourd’hui elle est quelque peu désuète. La gastronomie juive tunisienne est quant à elle très riche, elle est mêlée des différentes vagues d’immigrations venues d’Espagne, de Grèce ou de Turquie. « Ils ont amené leur propre traditions culinaires et dans un esprit de mariage culturel ça a donné naissance à une véritable gastronomie judéo-tunisienne et méditerranéenne ». Il existe également une musique juive tunisienne, c’est un véritable art lyrique. On retrouve ainsi des chanteuses tels que Habiba Msika ou les sœurs Sfez.

Dans l’ensemble le judaisme tunisien est très pariculier, souvent unique, ne serait ce que à travers l’architecture synagogal, les traditions, l’histoire, les interactions culturelles et ethniques, l’ensemble de cette culture a quelque chose d’unique au monde.

Sophie-Alexandra Aiachi

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