Par Rim Khouni Messaoud

13 Juin 2011, 21 heures, heure tunisienne, une interview exclusive sur la chaîne arabe : al Jazeera en direct de Tunis. Un journaliste talentueux Ahmad Mansour interviewe le premier ministre dans le gouvernement de transition M. Béji Caed Essebsi. Jusque là tout va bien.

Les questions-réponses commencent, un rythme accéléré, et on connaît par ailleurs le style un peu moqueur et provocateur de ce journaliste, puisqu’on a l’habitude de suivre ses émissions sur al Jazeera. Toutefois, certaines réactions du journaliste étaient cette fois-ci pour le moins déconcertantes. Il a eu par exemple le « fou rire » quand le premier ministre répondait avec sérieux et rigueur à ses questions. Le journaliste a peut être perdu de vue qu’il était face à une personnalité qui représentait les Tunisiens ou la majorité des Tunisiens, ou la Tunisie tout court (pour ne pas rentrer dans une polémique sur le personnage et chacun a le droit de penser ce qu’il veut de lui). Il aurait été préférable que M. Ahmad Mansour soit un tant soit peu neutre dans ses questions et son attitude, par respect à une personnalité comme M. Béji Caed Essebsi qui représente la Tunisie de l’après-Révolution.

Les choses ne se sont pas arrêtées la. Il ne nous manquait que de voir le premier ministre jurer quand il s’agissait de parler de ce qu’il avait fait ou de ce qu’il comptait faire. Ce journaliste se prenait pour qui pour se permettre de se moquer de M. Béji Caed Essebsi ? Et est-ce qu’il était là pour se moquer ? L’interview était médiatisée, il ne s’agissait pas d’une rencontre personnelle dans un café, bureau ou autre, et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il manquait beaucoup de professionnalisme dans ce qui a été présenté. Alors que le premier ministre donnait des dates et parlait de sujets décisifs pour le pays : les élections, le voisinage, le sort du président déchu et sa famille, etc, M. Ahmad Mansour était dans son fou rire et ses proverbes, genre « mout ya hmar » ! Beaucoup de Tunisiens se sont sentis un peu offensés, parce qu’avec ou contre M. Caed Essebsi, la n’est pas la question, mais au moment l’interview, qu’on le veuille ou non, il parlait au nom de la Tunisie.

Le premier ministre, malgré les intimidations, les moqueries, le manque de respect, a pu et su se maîtriser et garder son sang froid et il s’en est bien sorti. Cependant, après l’émission le téléspectateur sent une sorte de frustration pour ne pas dire d’amertume et d’humiliation parce que c’est toute l’image de la Tunisie et de la Révolution qui est en question.

M. Ahmad Mansour a un style moqueur et sa méthode est la provocation, on l’a toujours vu procéder de la sorte avec ses invités : personnalités politiques, ex-ministres, ex-présidents, fonctionnaires internationaux, etc, toutes tendances confondues mais on n’a pas vu cela avec des personnalités au pouvoir qui représentent leurs pays. Il aurait pu garder une certaine neutralité et agir avec un minimum de professionnalisme et ne pas se donner le droit de « ridiculiser » ou de « décrédibiliser » son interlocuteur. Tout cela n’a certainement pas échappé au premier ministre, qui aurait pu par ailleurs, rappeler le journaliste à l’ordre, mais il a certainement choisi de se placer au dessus de tout cela et de parler de l’essentiel.

Quand on est journaliste, le professionnalisme doit être la base de notre travail. Il y a de très grands journalistes qui travaillent dans des chaînes très puissantes qui sont capables de mettre les personnalités qu’ils interviewent dans une situation très inconfortable, sans pour autant se moquer ou ridiculiser. La chaîne qatarie est réputée pour son professionnalisme et la compétence de ses journalistes, malgré les réserves qu’on peut émettre et les reproches qu’on peut lui faire, mais l’interview qu’on avait vu le 13 juin dernier, nous pousse à revoir nos points de vue. Le fait d’être un média important et suivi par beaucoup, la liberté des médias et la liberté d’expression, ne donnent pas le droit de transgresser certaines « limites », car en l’occurrence, il s’agit de la dignité d’un peuple qui a fait une Révolution, de l’image de tout un pays et M. Ahmad Mansour aurait pu dire au premier ministre ce qu’il avait dit ou ce qui lui tenait à coeur, lors d’un entretien privé, et non pas exploiter l’émission et le direct pour faire passer peut-être- des messages, insinuer peut-être des choses, minimiser et ridiculiser le travail qui est fait ou qui sera fait, malgré le fait qu’il garde évidemment sa liberté d’expression et de pensée. Mais il faut rappeler de temps à autre que liberté ne signifie pas et ne rime aucunement avec manque de respect, offense, arrogance et refus du point de vue différent.

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