Par Sarah Ben Hamadi

Quatre mois après la fuite de Ben Ali, les choses ont certes évolué, mais le flou persiste encore. Et il semblerait qu’on vit dans une phase où la manipulation des foules tend à devenir une logique sociale malsaine.

La manipulation politique s’adresse à la classe moyenne et donc à la masse. La Tunisie n’échappe évidemment pas à la règle surtout dans une phase aussi complexe où le gouvernement transitoire -non élu- cherche vainement à avoir une légitimité.

En politique, tout comme au marketing, on utilise la loi la plus banale de la suggestion psychologique, la loi de la répétition. Le but est évident : le contrôle social. L’outil est un classique : les médias. C’est ainsi, que tous les jours, le JT de la télévision publique TTN fait sa Une sur l’exemplaire police qui traque les méchants concitoyens. C’est ainsi, qu’il ne passe pas un jour sans qu’un journal nous fasse un article sur le naufrage économique du pays. C’est ainsi que les déclarations de l’ex-Ministre de l’Intérieur, ont servi de sujet pour une semaine entière de débats et de lynchage. Conclusion ? La police ne réprime pas mais fait son travail pour assurer la sécurité. L’économie s’effondre et c’est à cause de vous peuple tunisien qui devrez culpabiliser pour avoir des revendications sociales. Et M. Rajhi a mérité d’être évincé de son poste de Ministre de l’Intérieur puisqu’il est incompétent, et n’était pas en mesure d’assumer d’aussi grandes responsabilités.

Aujourd’hui, en plus de la manipulation politique, on a une manipulation communautaire. En effet, dans la Tunisie post-14 janvier, les communautés virtuelles et plus précisément les pages Facebook constituent un véritable phénomène. Vous l’auriez sans doute compris, on parle de اتحاد صفحات الثورة et ses dérivées : « Gardiens de la révolution tunisienne », «حراس الثورة التونسية », « الحقائق الخفية », « قناة التنبير », « الفاسبوكية المخابرات» etc.

Sur ces pages nées durant la révolution tunisienne, (et sans remettre en cause leur rôle pour faire face au blackout médiatique notamment en publiant des vidéos des manifestations filmées partout en Tunisie), on affirme des faits, souvent sans raisonnement et parfois sans preuve. Mais la fréquence de répétition (notamment grâce au partage sur Facebook) assure la pérennité du doute et finit par faire accepter la chose affirmée (rarement prouvée) comme une vérité démontrée. Vidéos, photos, communiqués, infos, intox, tout y est. A vous de faire le tri selon votre degré de confiance… ou de naïveté. Et si ces pages ont aujourd’hui du succès, ce n’est pas parce que ce qu’elles publient est vrai mais parce qu’elles propagent une information dont l’internaute est demandeur. Elles diffusent ce que les gens veulent savoir. Résultat des courses, les internautes, scotchés devant leurs écrans des heures et des heures, substituant le réseau social aux chaînes d’information, se prescrivent un auto-bourrage de crâne.

Ce schéma laisse aujourd’hui la place à toutes les dérives. On arrive à un stade où les théories du complot fusent de tous bord, pour chaque version une contre version, pour chaque thèse son anti-thèse, un tourbillon infernal dont on a du mal à sortir. Une situation complexe renforcée par l’absence de transparence de la part du gouvernement transitoire et un peuple qui, traumatisé par 23 ans de mensonges et de propagande, ne prend plus la peine de réfléchir et se laisse happer par la spiral allant jusqu’à perdre le sens critique. Et dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner que les réalités soient déformées au point que commencent à surgir des effets des effets contre-révolutionnaires.

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