Les affirmations sur le site du média Scandali de M Farhat Errajhi, éphémère ministre de l’intérieur –dont certains contestent le contexte, la forme, le ton qui sied davantage au café de commerce et le calendrier- sans préjuger sur leur bien fondé ou non, ont au moins le mérite de révéler la fragilité du contexte de confusion, d’opacité et de haine, dont il est le dernier à être tenu pour responsable alors que tout le monde s’évertue à lui faire endosser le rôle de bouc émissaire et de statut d’irresponsable indigne, de pyromane et de traître à la nation.

M. Rajhi a-t-il fauté quand il a relaté – comme le sait la majorité de l’opinion publique- les incidents dans les prisons (incendies et fuite des prisonniers selon un même scénario) – qui ont survenu concomitamment par un extraordinaire concours de calendrier ?

M. Rajhi a-t-il fauté quand la majorité des meetings de certains partis sont empêchés de se tenir et subissent des violences similaires et quand tout le monde est en droit de soupçonner les commanditaires (il suffit de deviner à qui profite le crime) ?

M. Rajhi a-t-il fauté quand il mentionne à juste titre comme tout un chacun le manque de zèle de la police (qui devient un témoin oculaire aux bras croisés) dans l’exercice de son devoir entaché de continuels manquements dans la protection des citoyens avec en filigrane le chantage : « Puisque vous ne voulez plus de tabassage appelez la démocratie comme protecteur ! » sous prétexte qu’elle ne peut plus tabasser et violenter sans être exposée à des sanctions et à la vindicte populaire comme l’a indiqué un représentant de leur nouveau syndicat ?

M. Rajhi a-t-il fauté en mentionnant le rôle de politicard (ce qui est publié et reconnu par tout le monde y compris lui-même) joué par l’homme des réseaux, notre Foccart national Kamel Eltaïef lors de la prise de pouvoir de Ben Ali en 87 et ses fanfaronnades quant à son opposition au clan des Trabelsi ne diminuent en rien son implication dans le coup d’état et sa proximité du dictateur déchu ?

Le ressentiment de M. Kamel Eltaïef s’explique par le fait qu’il a été évincé du sérail et par la même des opportunités d’enrichissement qui ont boosté ses affaires lors des premières années du règne de ben Ali.

Ce Monsieur reconnaît d’ailleurs lui-même avec suffisance et arrogance qu’il continue en ce moment de jouer un rôle politique alors qu’il est en dehors de tout appareil visible et déclaré et de ce fait tout le monde est en droit de supposer qu’il est un homme de l’ombre qui tire encore les ficelles.

M. Rajhi a-t-il fauté quand il affirme comme la majorité des Tunisiens (partis, organisations, population) qui s’inquiètent à juste titre de la montée en puissance et du double discours sournois d’Ennahdha dont certaines dérives sur le terrain ne leur ont pas permis de cacher plus longtemps leur jeu et leurs véritables intentions, et qu’au cas où ce parti extrémiste venait à gagner les élections, l’alternative de prise de pouvoir par l’armée –toute républicaine qu’elle soit- est une chose plausible, voire souhaitée par une frange majoritaire de la population notamment féminine ?

M. Rajhi a-t-il fauté en mettant en exergue –selon l’opinion la plus répandue- l’atermoiement d’un gouvernement provisoire mollasson rien que par le manque de diligence dans le traitement de certains dossiers notamment ceux de la justice vu la liberté éhontée dont bénéficient certains tortionnaires et criminels RCDistes avérés qui ne sont pas encore inquiétés par une justice que tout le monde est en droit d’accuser de gagner du temps et de tergiverser parce qu’encore minée par la corruption de plusieurs juges?

M. Rajhi a-t-il fauté pour avoir dit tout haut ce que la majorité du peuple dit tout bas quand il met le doigt sur les alliances maléfiques basées sur un régionalisme notoire, avéré et déclaré (désigner l’origine du mal n’est pas le favoriser) et qu’il serait un comble d’imputer aux populations de l’intérieur (est ce une contrevérité de dire que le pouvoir politique a été squatté depuis plus de 50 ans par les Sahéliens, alors que le fait est admis que c’est le sud Tunisien qui a payé le plus lourd tribut lors de la lutte pour l’indépendance (chose falsifiée depuis Bourguiba) ?

Et en toute logique, la réalité des alliances en cours montre que les thuriféraires émargeant aux privilèges de l’ancien régime ne vont pas baisser les bras pour abandonner le pouvoir et se faire spolier d’une situation de rente et de biens mal acquis !

M. Rajhi aurait par contre fauté d’avoir permis à une collusion de forces contre révolutionnaires (Gouvernement provisoire, médias, partis etc..) de donner de la voix encore une fois (après la cabale fomentée à l’occasion du processus d’exclusion des responsables de l’ex RCD) pour jouer à la victime et réclamer la tête de celui qui – tout candide, naïf et incompétent en politique que M Sinaoui porte parole du Gouvernement a prétendu dans un discours digne de Abdelwab Abdallah qui n’a convaincu personne- a donné un coup de pied (maladroit pour certains) dans la fourmilière et du panier à crabe qu’est le Ministère de l’intérieur !

Depuis, les prérogatives ont été transférées à un homme qui aurait l’avantage de connaître la maison pour y avoir exercé les responsabilités de chef de cabinet du temps de Ben Ali et qui n’arrive pas encore à rétablir la sécurité sauf quand il s’agit de mater les jeunes manifestants et les journalistes (La prouesse de BCE est d’avoir anesthésié tous les Tunisiens en maintenant le seul Ministre RCD à un poste régalien !).

M. Rajhi aurait-il aussi fauté pour avoir utilisé un langage franc, non formaté et non conventionnel (qui aurait l’inconvénient d’être à la portée du plus grand nombre), à l’effet dévastateur, contrairement à ce qui sied à tout responsable politique tunisien habitué à la langue de bois et aux convenances de ne pas parler des choses qui fâchent et surtout en utilisant ce diabolique média Facebook avec de simples jeunes ? mais c’est normal puisqu’habitué à s’abaisser à fréquenter de simples poissonniers !

M. Rajhi aurait-il fauté de ne pas avoir observé un droit de réserve auquel son statut d’ex ministre ne l’oblige nullement et pour des dénonciations de la police qui sont dans la droite ligne de ses prérogatives en tant que Président du Haut Comité des droits de l’Homme et des Libertés fondamentales ?

M. Rajhi aurait-il fauté pour avoir osé mettre en doute la crédibilité de tout ce beau monde qui gesticule, parlotte et s’agite pour tisser un maillage opportuniste de petites combines et alliances motivées par un calcul étriqué aux desseins inavoués, on ne peu plus éloignés des enjeux de la révolution pour lesquels nos martyrs sont tombés ?

M. Rajhi aurait-il aussi fauté pour avoir suggéré les manifestations populaires spontanées du 6 mai d’une jeunesse qui serait naïve et manipulée (et comme d’habitude infiltrée par les casseurs !) qu’il n’a pas commanditées où la police (appuyée par des hordes de miliciens) par un bégaiement de l’histoire, après avoir fait semblant de mea culpa, a pourchassé et tabassé des manifestants et des journalistes avec une rare brutalité qui n’a rien à envier aux réflexes de la dictature de Ben Ali ?

Donc n’en déplaise à ceux qui crient au complot (séculaire chantage d’atteinte à la sureté de l’état), ce ne sont pas les propos de M. Rajhi (tant qu’à faire pourquoi ne pas le traduire devant une cour martiale !) qui sont dangereux pour la concorde nationale et la sauvegarde de la révolution, mais plutôt la situation gravissime que traverse le pays par la collusion d’intérêts contre révolutionnaires des Ex RCD, de l’appareil policier non encore assaini, d’un appareil judiciaire gangréné par la corruption, des partis aux ambitions bassement électorales et d’un gouvernement provisoire incompétent, autiste et aveugle et qui doit assumer son déficit de communication.

Le droit de réponse aux allégations de M. Rajhi (jusqu’à récemment idole unanime, jetée au bûcher comme le pauvre Bouazizi déboulonné de son piédestal de martyr 3 mois à peine après le déclenchement de la révolution) est attendu avec impatience par un peuple qui n’a que trop souffert du mépris de l’opinion publique et de la rétention de la vérité qui sont à l’origine des rumeurs (qu’elles soient fondées ou non) !

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