Par Zied Boumaiza

Ce matin je me suis rendu à l’Avenue Habib Bourguiba pour y rencontrer un ami. Il vient de débarquer de France empreint d’une fierté émouvante et voulait à tout prix se rendre à l’endroit emblématique du 14 janvier pour se recueillir. Vu de Paris, notre révolution n’a pas encore pris une ride.

Nous nous rendons compte très vite que cette avenue a sombré dans le chaos et est aujourd’hui très loin de renvoyer cette image vivifiante imprégnée dans l’imaginaire des gens. Squattée par des énergumènes et des réactionnaires de tout bord, elle s’est transformée en base avancée de la médiocrité et du populisme de basse échelle. La place longeant le théâtre municipal est réduite à un Hyde-ParK de la démagogie et du parjure. Des discours diffamatoires, des allégations mensongères, des insultes et des injures y sont proférées en abondance. S’ensuit logiquement des menaces à peine voilées et des appels à une désobéissance civile avec un autre round de violence en point de mire.

Les prenant aux mots, les délinquants attroupés en meute autour de ces orateurs d’infortune s’en sont pris à un remorqueur municipal (Chenguel) qui a eu le malheur de faire dégager une voiture obstruant le passage. Le chauffeur excédé et la trouille au ventre, lâche prise et remet la voiture là ou elle était, c’est-à-dire au milieu de la chaussée. Enorgueillis par ce fait d’arme, la meute s’est retirée sur le pavé satisfaite mais aux aguets, veillant à préserver l’anarchie ambiante.

Est-il utile de rappeler que cette scène s’est déroulée comme une routine qui s’installe sous les yeux hagards des agents de maintien de l’ordre et à quelques mètres à peine du ministère de l’intérieur.

Une envie de meurtre m’envahit alors, une kalachnikov à la main j’aurais arrosé tout ce beau monde. Mais attendez, j’ai peut être mieux : un ordi, une connexion internet qui tient la route, 250 amis sur facebook et un blog qui monte. Plutôt que de tirer sur le tas, je vise : Je tire d’abord sur ces vauriens aux visages grimaçants ayant la parole facile et la main lourde, Nonchalants depuis toujours et très récemment contestataires. Je tire sur ces envahisseurs des stades, d’usines, des routes, d’écoles et de tout endroit ou grouillent la vie et la gaieté. Je tire sur ces casseurs d’espoirs, ces rabat-joies dans un jour de fête. Je tire sur ces mendiants des temps nouveaux qui tendent la main tout haut alors qu’ils devraient la baisser tout bas et au lieu d’implorer osent commander.

Je tire sur ces vermines qui bâtissent la nuit et s’emparent des espaces publics et des terrains d’autrui. Je tire sur ces lâches qui braquent les filles et volent les vieux. Je tire sur ces voyous qui pillent notre pays voyant qu’il a un genou à terre.

Je tire sur tous ceux qui font régner le désordre et clament l’Etat de droit. Je tire sur ces théoriciens du chaos, ces justificateurs du pire, ces manipulateurs des masses. Je tire sur ces endoctrineurs ayant la parole glissante et le verbe équivoque, maniant mensonges et vérités, mélangeant réalité et fantasmes et changeant de discours au gré des auditoires. Je tire sur ces tunisiens qui n’ont que faire de la Tunisie et n’y voient qu’un terrain de chasse au pouvoir, propice à leur gloire personnel.

Je tire sur ces frustes sans talent bloqués par l’ascenseur du mérite et qui veulent s’infiltrer par l’ascenseur de la révolte. Je tire sur ces tireurs vers le bas, ces boules accrochées aux chevets de la Tunisie, ces prisonniers du passé et avorteurs d’avenir.

Soyons tous des snipers…mais cette fois, visons juste et au lieu des balles crachons des mots et au lieu d’abattre des vies combattons pour la vie.

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