Et voilà Ghannouchi démissionner. Mais, cela peut-il prémunir la Révolution tunisienne contre les tares de l’après-17 décembre ?

Les différents protagonistes de la place n’ont pas les moyens de leurs ambitions, aussi sincères et aussi fidèles aux principes de la Révolution soient-elles.

L’élite dirigeante est en déficit de confiance. C’est irréversible. Pis, cela pourrait repousser les échéances électorales, l’instabilité au sein des gouvernements successifs pouvant orienter les débats vers l’épineuse question de légitimité.

Outre l’appartenance de l’essentiel de son équipe au RCD, le gouvernement regrettera la marginalisation de plusieurs forces politiques, aussi pesantes que symboliques. Il payera également le prix d’une politique de communication on ne peut plus catastrophique. Il payera aussi et surtout la facture de l’absence totale de transparence dans la gestion de dossiers particulièrement importants, tels que le sort de figures de l’ancien régime ou encore la tergiversation autour de la dissolution de l’ex-parti au pouvoir.

Un Conseil de Défense en à cours de légitimité ?

L’alternative qui s’est renforcée au fil des jours est la création d’une entité qui se charge de superviser le gouvernement dans l’unique but de garantir une préparation dans les normes des échéances électorales. L’idée est des plus logiques. A ses premières heures, elle gagne même en importance, puisque initiée par le trio Ahmed Mestiri, Ahmed Ben Salah et Mustapha Filali. Cependant, le projet dévie. Dans une interview accordée au journal Al Sharq Al Awsat, fin février, M. Mestiri est catégorique : “l’initiative émane du fait que nous avons peur de l’effondrement de l’État”, ajoutant qu’il faudrait un terrain d’entente entre le Conseil et le gouvernement.

Mais, le communiqué annonçant la création dudit conseil évoque explicitement sa tendance à faire carrément de l’ombre au gouvernement et va jusqu’à s’adjuger les pouvoirs exécutif et constitutionnel. Obtenir de tels pouvoirs, faut-il le rappeler, présuppose le passage par les urnes. Des voix, aussi rares soient-elles, s’étaient élevées également contre le Conseil, accusé de s’être auto-proclamé défenseur de la Révolution.

L’après-Ghannouchi ou la politique politicienne

La polémique risque, donc, d’orienter le débat vers des futilités. La question de savoir qui gouverne quoi semble l’emporter sur d’autres questions plus pressantes, tandis que sur le terrain se perpétuent différentes formes de contestation, entachées de scènes de violence.

A moins de deux semaines du 15 mars, date de la fin de l’intérim présidentiel et, de facto, du gouvernement, la Tunisie se dirige vers un imbroglio constitutionnel que seule la création d’une constituante et l’annonce des dates définitives des échéances électorales pourrait dissiper.

Toutefois, cela exige de la mesure et un sens inouï de la responsabilité. Et de l’audace et du courage, cela va de soi.

La batterie de lois et de mesures, une fois en marche, la Tunisie enterrera à jamais l’ère Ben Ali avec tous ses maux. Et, surtout, tous ses sbires.

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