M. Elyès Jouini, ministre auprès du Premier ministre, chargé des réformes économiques et sociales et de la coordination avec les ministères concernés

Le délit d’initié est un délit réalisé sur les marchés financiers(bourse) commis par des personnes ayant acheté ou vendu des valeurs mobilières suite à des informations privilégiées non connues des autres personnes.

Il engendre évidemment un enrichissement personnel rapide et facile via des gains boursiers (plus-values boursières).

Ces pratiques sont théoriquement surveillées par le conseil des marchés financiers (CMF) mais aucune condamnation n’a jamais été prononcée par cet organisme lié au ministère des finances.

Pourtant ces délits ont été, selon un “salarié du CMF” souhaitant garder son anonymat, monnaie courante durant les dix dernières années.

Voici un interview téléphonique réalisé avec ce salarié :

Comment se passe un délit d’intié ?

Pas compliqué, il suffit d’être proche de la direction de la société cotée pour obtenir des informations stratégiques juste avant la publication des résultats, d’une augmentation de capital, d’un rachat, d’une annonce positive etc….et l’investisseur achète à ce moment précis.

Combien ces personnes ont pu gagner ?

Certains sont devenus millionnaires en multipliant leurs mises par 3 ou par 5 sans prendre le moindre risque.

Qui sont exactement les personnes concernées ?

Les salariés de la Bourse de Tunis n’ont pas accès aux identités…seul le CMF peut identifier les investisseurs… et personne n’ose fouiller dans la base de données car l’accès y est strictement surveillé. Si l’on note des informations, on peut se faire licencier du jour au lendemain. On parle beaucoup des familles gendres de Ben Ali mais bien d’autres personnes sont impliquées.

Quelles sont les solutions concrètes pour dénoncer ces pratiques ?

Le procureur de la république et les juges d’instruction doivent faire leur travail en faisant des saisies rapides dans les locaux du Conseil des marché financier. Les données informatiques peuvent se falsifier aussi.

La direction du CMF doit être limogée.

Donnez-nous des exemples concrets ?

Par exemple, l’action de STAR Assurance a été multipliée par 5 en 3 ans. Les investisseurs qui avaient connaissance de la prise de participation de Groupama, un grand assureur français, en 2008, se sont vite enrichis. Une mise de 200.000 dt se transforme facilement en 1.000.000 dt. C’est un délit d’intié pouvant engendrer une forte sanction financière et de la prison ferme.

Il suffit de vérifier les identités des personnes acheteuses courant 2007 et en 2008 et leurs positions dans la société. Vous risquez d’être surpris. Des PDG, administrateurs, conseillers…sont impliqués dans ces malversations.Vous pouvez aussi simplement demander la liste des actionnaires auprès de Star Assurance.

Y a t-il des ministres impliqués ?

Oui, ce sont les premiers concernés. Je ne vais pas citer de noms mais un ministre actuel est probablement impliqué.

Citez-nous des personnes précises ?

Je ne peux rien dire. J’ai peur.

Pouvez-vous nous communiquer anonymement des documents impliquant des personnes ?

Impossible, chaque accès à la base de données se fait par identifiant. Je vais me faire renvoyer directement. J’ai une famille à nourrir et des crédits.

Fin de l’entretien téléphonique anonyme.

Pour étayer concrètement un délit d’initié manifeste, nous allons prendre un exemple classique :

Elyès Jouini conseille la société Groupama depuis de nombreuses années en échange d’une rémunération (financement par Groupama de sa chaire Paris-Dauphine et autres rémunérations directes via la société française de conseils en risque de son épouse). C’est un ami personnel de Jean Azéma, PDG de Groupama, qui a d’ailleurs prononcé un discours lors de la remise de sa légion d’honneur française.

Elyès Jouini a également été payé par l’Etat Tunisien pour des conseils sur le secteur de l’assurance en Tunisie. On peut alors parler d’un trafic d’influence et de corruption passive.

Hormis le trafic d’influence et le conflit d’intérêt, il a acquis des actions de la société Star Assurance avant l’entrée dans le capital de Groupama ce qui caractérise clairement un délit d’initié selon les dires du “salarié anonyme” du CMF questionné ci-dessus.

On rappelle qu’il est actuellement le ministre des réformes économiques et sociales, numéro deux du gouvernement de Mohamed Ghannouchi.

Il exerce ou a exercé diverses fonctions :

  • Administrateur de Magasin Général,
  • Administrateur de Comar (Assurance),
  • Administrateur de Institut Tunis Dauphine,
  • Administrateur Altran Telnet Corporation,
  • Professeur à l’université Paris-Dauphine et vice-présidennt,
  • Administrateur de la Banque de Tunisie,
  • Membre de la commission nationale Bâle 2 à la Banque Centrale de Tunisie,
  • Fondateur de l’association ATUGE en 1987 (sponsorisée par Orange Tunisie, 6 ministres actuels sont issus de cette association ….).

Nejib Khalil

 

NDLR de Nawaat.org : Suite à l’article de M. Nejib Khalil, nous avons reçu la présente réponse de M. Elyès Jouini :

 

Je m’étonne que votre site fasse écho à des propos purement diffamatoires. Comment qualifier autrement des propos anonymes sur le délit d’initié (qui est effectivement une chose très grave) mis en parallèle avec des éléments de bio me concernant totalement déformés et erronés.

1. Je n’ai jamais détenu d’actions de la Star (ce qui de facto éteint toute présomption de délit d’initié). Ce n’est cependant pas le seul élément erroné ;

2. L’étude réalisée sur le secteur des assurances remonte à 2000, soit plusieurs années avant l’entrée de Groupama dans la Star ;

3. Je n’ai jamais conseillé Groupama ni sur la Star ni sur quoi que ce soit d’autre. J’étais coordonnateur, en tant qu’universitaire, d’une chaire de la Fondation du Risque, Fondation bénéficiant à son tour du mécénat de Groupama (de même qu’ils financent le bateau de Franck Cammas ou encore le cinéma via la Fondation Groupama-Gan).

Je trouve que les méthodes du journaliste signataire (s’il existe) sont déplorables et je me serais attendu à plus de clairvoyance de la part de votre rédaction.

Elyes Jouini, 1er mars 2011

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