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Par Mahmoud Rahmouni*,

Décidément, la censure de la parole et de l’image est une deuxième nature ; que dis-je, une religion sacrément adorée et profondément ancrée chez certaines personnes qui jusqu’à aujourd’hui essaient inlassablement de toutes leurs forces de tirer la Tunisie vers le bas et de ressusciter les pratiques et les esprits de la Tunisie obscure, de la Tunisie d’il y a quelques semaines seulement.

Le Conseil des Sinistres (ce n’est pas une erreur de frappe, mais c’est bien un « S ») nous a fait montre, encore une fois le jeudi 10 février 2011, d’un total mépris des revendications déclarées haut et fort par la population pour la liberté d’expression et la transparence de l’information. En décidant de créer « une commission chargée de veiller au respect de la déontologie journalistique », ce Conseil illégitime et provisoire, a entamé très rapidement, comme c’était prévisible d’ailleurs, le retour institutionnalisé vers l’ère de Ben Ali.

Ce processus a déjà commencé dans l’illégalité absolue et d’une manière incroyablement abrupte, digne du premier Gouvernement usurpateur après la révolution. Nous avons tous été témoins de ce rappel à l’ordre, adressé à la chaine de télévision Hannibal TV, et perpétré d’une manière extrêmement gauche et déplacée, mais finalement fort bien réussie et efficace. En effet, qui n’a pas remarqué manifestement le résultat immédiat et les implications écœurantes, sur les programmes de cette chaine, de l’arrangement abject passé entre son dirigeant et la main de fer invisible qui continue jusqu’à aujourd’hui à étrangler la parole libre.

Avec le gouvernement actuel, qui veut se montrer indépendant (laissez-moi rire), il fallait sauver les formes sans lâcher du lest, il fallait agir rapidement surtout, mais la censure devait être plus subtile, prendre des expressions moins choquantes, avoir des motivations moins directes, tout cela pour que la pilule soit avalée sans trop de mal. « Respect de la déontologie journalistique », et qui n’en voudrait pas ? Mais « une commission comprenant des compétences nationales et des représentants des différentes composantes de la société civile », désolé mais ça sonne trop Ben Ali. Et pourquoi pas Abdelwaheb Abdallah, tant qu’on y est, à la tête de cette commission ?

Est-ce qu’une telle commission est objectivement indispensable à ce stade de la révolution ?

Certainement pas. Est-ce qu’il est pertinent de vouloir mettre de l’ordre lors d’une phase de foisonnement créateur tous azimuts ? Absolument pas. Est-ce judicieux de définir des règles de jeu alors que l’on commence à peine à apprendre à pratiquer la liberté de la presse ? Je n’en suis pas si sûr que ça. Est-ce qu’il y a urgence aujourd’hui à bâillonner la presse libre ? OUI, pour certaines parties obscurantistes, j’en suis profondément convaincu, mais certainement pas pour la population.

Alors, Monsieur Ghannouchi, dites-nous la vérité, à qui profite cette décision ? Dites-nous pour qui vous travaillez Messieurs les Sinistres ?

D’aucuns nous diraient, oui mais cette commission existe en France, alors pourquoi toute cette méfiance et cette polémique inutile ? Passez-moi ce coup de gueule, chers lecteurs, mais qu’est-ce qu’on a à foûtre de ce qu’il y a en France. Sommes-nous condamnés à revivre l’histoire des autres, sommes-nous destinés à souscrire à ce mimétisme outrageux toujours présent dans l’esprit de nos dirigeants d’antan ? Sommes-nous aussi incapables au point de devoir recevoir des leçons dans le moindre détail de notre existence ? Et pourquoi pas une loi Gayssot pour la répression des propos antisémites, tant que nous y sommes ? Arrêtons cette mascarade, nous n’avons pas besoin de cette commission de la honte. Laissez-nous respirer la liberté, nous le méritons bien après plus d’un demi siècle d’oppression et de silence. Arrêtez de nous bombarder avec vos décisions de traitrise, laisseznous un peu de répit pour que l’on puisse enfin faire le deuil de nos martyrs et des années manquées de notre vie.

Bas les masques, Messieurs les Sinistres, nous n’avons pas les mêmes agendas. Avec ce gouvernement il ne faut jamais baisser la garde, à la moindre déconcentration c’est un coup bas assuré. Je ne voudrais pas généraliser bien évidemment, mais une chose est sure dans mon esprit : la présence de Monsieur Ghannouchi dans ce gouvernement est loin d’être nette. S’imposer à la population avec un tel acharnement n’est certainement pas l’apanage de cette personnalité, connue par tous comme fragile et manquant de courage. C’est pour l’intérêt de la nation, dirait-il, excusemoi, Monsieur, mais je ne vous crois pas, comme je ne vous ai jamais cru, à juste titre, durant 23 ans où vous avez tout fait sauf vous occuper de l’intérêt de la nation. Vous avez manqué de courage, vous dites, avec Ben Ali, pour démissionner, alors Monsieur, le moment est propice aujourd’hui, alors pour une fois, une fois seulement dans votre vie, osez ce geste courageux, DEMISSIONNEZ.

* Ingénieur, Directeur dans une entreprise industrielle privée

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