De plus en plus nombreuses sont les voix qui s’élèvent chaque jour pour prôner un arrêt immédiat des manifestations et une reprise du travail pour relancer l’économie qui, déclarentils est au bord du gouffre.

Aujourd’hui en Tunisie, tout le monde est économiste et les discussions vont bon train, au grand bonheur de l’équipe gouvernementale qui a trouvé là une excellente occasion de détourner l’attention des citoyens de leur révolution. Ces derniers ne lui offrent-ils pas une occasion en or de crier haro sur le baudet et d’en finir avec une UGTT qui devient réellement très encombrante ?

Premier flash ce matin à la radio nationale : les manifestations de soutien total au gouvernement à travers tout le pays, comme quand le peuple « en liesse » acclamait Ben Ali.

Autre information et non des moindres : les forces de sécurité auraient réussi à déloger les manifestants de la Caravane à coup de bombes lacrymogènes, de coups de matraques et de balles en caoutchouc. De quoi rafraîchir la mémoire de ceux qui auraient déjà oublié les journées qui ont précédé le 13 janvier 2011.

Pour qui suit de près l’évolution des débats télévisés et des commentaires postés à travers les liens sociaux, les Tunisiens ont trouvé leur ennemi numéro 1 : l’UGGT.

La centrale syndicale est devenue aujourd’hui la cause de tous nos maux.

JRAD dégage crient les uns, UGTT récupérateur et imposteur crient les autres.

Tous les éléments sont réunis pour fournir un petit ballon d’oxygène à un RCD moribond. Et comme on ne rompt pas facilement avec plus de cinquante ans d’embrigadement, ses anciens adhérents vont pouvoir continuer lentement mais surement le travail de sape commencé sous la direction leur « Grand Chef « aujourd’hui disparu.

Pour mette le pays à sa botte, le Vieux avait trouvé deux solutions : la peur et la surconsommation qui, inévitablement a conduit au surendettement du citoyen moyen.

Et voilà qu’aujourd’hui ce citoyen qui, pendant 23 ans, a assisté indifférent au dépècement de son pays, se sent aujourd’hui, et c’est tout à son honneur, personnellement concerné par le devenir économique de son pays. Il exhorte ses concitoyens à se remettre au travail et il exige la réouverture des écoles pour y envoyer ses enfants. La fin du mois est bientôt là et il va falloir payer les échéances bancaires, les chèques antidatés, les traites arrivées à échéances.

Subtile, l’équipe dirigeante l’encourage à crier sa détresse face à la date butoir de ses crédits, ses loyers et ses charges.

Vicieuse, elle prend en otage les enfants, laissant croire que ce sont les grèves qui empêchent la réouverture des établissements. Quelle sécurité est-elle en mesure d’assurer aux jeunes écoliers dans une rue instable où pas un seul agent de police n’estvisible ? Qui pourrait les défendre contre n’importe quelle agression ou qui pourrait leur protéger des accidents de la voie publique. A bien y réfléchir, on devrait plutôt remercier les professeurs en grève. Par ce mouvement, ils assurent peut-être la sécurité de nos enfants ?

L’UGTT est sûrement loin de pouvoir être portée en odeur de sainteté et dans les dérapages elle n’est pas en reste, particulièrement au niveau de sa direction. Mais aujourd’hui elle n’est pas le problème. Le problème est le RCD et ses partisans. Quand bien même la direction de la centrale serait suspecte, il est certain qu’une fois les choses rentrées dans l’ordre, sa base saura se faire entendre et balayer devant sa porte.

Il n’en reste pas moins que les voix qui s’élèvent contre elle aujourd’hui risquent peutêtre demain de se réveiller en l’an 1987. Même si l’UGTT a pris le train en marche, elle a tôt fait de canaliser le mouvement. C’est grâce à elle que la ville de Sfax, deuxième ville économique du pays, a vu pour la première de sa vie des centaines de milliers de manifestant

dans ses rues. Ce sont les milliers de ses adhérents qui ont gonflé les rangs de la merveilleuse manifestation du 14 janvier. Aujourd’hui, c’est l’UGTT qui fournit toute la logistique nécessaire à un mouvement qui, s’il reste spontané, risque de très vite s’éparpiller et de devenir une proie facile pour les charognards de l’ancien régime.

Reste à chacun de réfléchir au sens qu’il veut donner à sa révolution : une simple démonstration d’un ras le bol ou une VERITABLE DEMOCRATIE qui ne ressemblerait en rien à celle pratiquée en Egypte aujourd’hui, où malgré une véritable liberté de la presse, le pays est entre les mains de la mafia qui gouverne et les élections sont truquées.

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