Impression d'écran lors de l'intervention du président de la République sur le JT de TV7. 29.12.10

En gros, comme d’habitude, dès que des problèmes surgissent sur la place publique, systématiquement les discours du président peuvent être scindés en trois axes : de la langue de bois pour répondre au problème du moment, la proclamation de la suprématie de la loi accompagnée de menaces et, en troisième lieu, la mise à l’index de toute source d’information qui ne lit pas les communiqués rédigés par A. Abdallah ou la TAP.

Inutile de revenir sur la langue de bois. Je m’attacherai juste de revenir sur les questions de la désinformation et du respect de la loi.

I.- La désinformation

S’agissant de ceux qui s’en prennent à la Tunisie par la désinformation et par des attaques via les réseaux sociaux et les chaînes satellitaires, il est bon ici de rappeler ceci :

Libre à Ben Ali de vouloir confondre sa propre politique avec la Tunisie. Libre à lui également de confondre sa propre personne avec la Tunisie. En revanche, et pour beaucoup, la dénonciation de la politique moyenâgeuse de ce mode de gouvernance qui a fait du népotisme, de la corruption et du favoritisme les piliers du pouvoir, cela ne peut être que dans l’intérêt des Tunisiens qui souffrent.

Que Ben Ali désapprouve les critiques de son mode de gouvernement, quoi de plus normal. En revanche, ce ne sont pas des attaques contre le peuple Tunisien. Bien au contraire. C’est l’inverse, soit le silence des médias, qui pourrait irriter la majorité des Tunisiens. Du reste, beaucoup en veulent à certains médias, notamment français, pour avoir ignoré ce qui se passe en Tunisie.

Ensuite, ce qui est encore plus troublant dans le discours de Ben Ali, c’est l’audace qu’il a de parler d’une information biaisée et malhonnête. Lui, pourtant, le chef de l’Etat d’un pays où l’on observe un véritable hold-up sur les moyens audiovisuels publics (y compris l’agence TAP) pour les mettre au service d’un despotisme népotique sans précédent. Lesquels moyens audiovisuels publics, faut-il le rappeler, sont financés par le contribuable tunisien, y compris par les 10% qui n’ont pas voté pour Ben Ali lors des précédentes élections (et ceci selon les chiffres officiels).

On en arrive aujourd’hui au point où il est impensable qu’une quelconque voix puisse s’exprimer au journal de 20h pour dire que le « choix du présent et de l’avenir » commence peut-être par la levée de la censure illégale. Cette censure notamment des sites internet des partis politiques reconnus, à l’instar du PDP, d’Ettajdid et du FDLT et la reconnaissance des autres partis démocratiques (au passage, même la page de M. Ben Jaafar sur Wikipédia est censurée, c’est dire l’hystérie de cette censure). Le scandale, c’est que, sur aucun média national audiovisuel, il n’est possible d’exprimer une opinion plaidant la nécessité de respecter la logique des institutions. Une opinion comme celle formulant, par exemple, un avis en faveur du départ de Ben Ali au terme de son dernier mandat.

Aujourd’hui, en 2010, il est impensable d’imaginer Maya Jirbi, Ahmed Brahim ou Mustapha Ben Jaafar s’exprimer sur la radio ou la télévision nationale. Et encore moins à les y entendre expliquer pourquoi le principe de la limitation du mandat présidentiel est si fondamental pour éviter le glissement vers le despotisme, le népotisme et la République des coquins et des copains. Inversement, lorsque les micros sont tendus aux Bouchiha, Inoubli Thabet et Khamassi, S.G. des partis « cache-sexe » de la misère politique tunisienne, c’est systématiquement pour glorifier leur employeur Ben Ali.

Le « choix du présent et de l’avenir » n’est sûrement pas dans celui qui exhorte la personne qui a fini par confondre l’Etat avec son propre patrimoine. Le fait de soutenir celui qui concède discrétionnairement, autre autres, les fréquences du domaine public -comme s’il s’agissait de son propre patrimoine- à son beau frère (Mosaique FM), à son gendre (Zitouna radio), à sa fille (Shems FM), à son neveu (Jawhara FM) au fils de l’un de ses médecins personnels (Express FM) incarne un choix qui relève des époques féodales révolues. Le choix de la fidélité aux institutions de la République n’est sûrement pas là. Le choix du présent et de l’avenir est sans conteste dans la personne qui saurait restaurer les institutions de la République et réhabiliter l’honneur de la citoyenneté tunisienne. Au demeurant, je rappelle ce que je dis depuis des années, si demain quelques consulats occidentaux en Tunisie offraient aux Tunisiens la possibilité d’obtenir un passeport occidental, je laisse deviner le nombre des Tunisiens qui demeureront détenteurs du seul passeport tunisien. Ce passeport devenu si vulgaire au point que des voyous disposent du droit de sa délivrance ou de son renouvellement au gré de leurs humeurs.

Quant à la désinformation, il faut franchement avoir du toupet pour en parler de la sorte. Ben Ali, s’il n’est pas le commanditaire direct, ne doit sûrement pas ignorer qu’il est à la tête d’un Etat qui utilise l’argent du contribuable pour bidonner des insertions publicitaires dans des journaux occidentaux et arabes afin que la TAP les répercute sur les médias locaux. Pareilles exactions, comme celle que nous avons dénoncée sur Nawaat, en l’occurrence celle en rapport avec l’international Herald Tribune est encore dans les mémoires.

II. – La rigueur dans le respect de la loi

S’agissant de la stricte application de la loi (avec « sarama »), c’est le refrain habituel à chaque fois que des protestations s’élèvent pour dénoncer justement les violations de cette même loi par les proches du pouvoir. Il serait ici trop facile d’évoquer un certain yacht. J’évoquerais plutôt toutes ces pratiques si illégales qui empêchent les Tunisiens d’exercer leurs droits constitutionnels. Nous sommes dans le pays des ta’limats où le moindre fonctionnaire s’assoit littéralement sur la loi de la République sous prétexte desdites ta’limats qu’il reçoit.

C’est à l’appui de ces mêmes violations de la loi que les A. Brahim, Chebbi, Ben Jaafar, Jribi, Marzouki etc. sont privés de paroles dans leur propre pays ; que les journalistes indépendants sont dans l’impossibilité d’exercer leur métier ; que les militants des droits de l’homme sont neutralisés etc.

C’est Al-Jazeera qui s’attaque éhontément aux intérêts de la Tunisie et non ceux qui la saignent à blanc en toute impunité.

Quand la corruption ou le népotisme est dénoncé sur Al-jazeera tout comme sur d’autres médias, leurs auteurs deviennent carrément des hors-la-loi. Quand certains dénoncent ce qui se passe à Sidi-Bouzid comme étant également la conséquence d’une politique qui a fait son temps, on les taxe d’instrumentaliser des drames. En somme, les droits fondamentaux des Tunisiens en vertu desquels ils sont en droit d’exercer leur citoyenneté et notamment leur liberté de parole peuvent être violés sans que cela n’émeuve ni le président de la République, ni tous ces crétins, de Bahloul à Krichen, qui ne voient que les instrumentalisations des opposants, faisant mine d’ignorer les pratiques si honteuses et illégales des instrumentalisations quotidiennes des médias officiels.

Astrubal, le 28 décembre 2010 à 20h30
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Dans les commentaires qui suivent, il est souhaitable d’attirer l’attention qu’il y a un de nos lecteurs avec un autre pseudo AsDrubal (et non Astrubal) et lequel est susceptible d’être confondu avec le mien. Merci de réaliser qu’il s’agit de deux personnes différentes.

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