On entend souvent parler de l’énergie nucléaire comme “énergie du futur” ou “énergie propre” ou mieux encore “énergie renouvelable”, “recyclable” et “durable”, alors que le nucléaire n’a rien d’autre de durable que sa radioactivité. La promotion des caractères “propre” et “durable” relève plutôt de la manipulation médiatique à but politique. L’objectif principal de ce simulacre est d’accorder à l’image du nucléaire, entourée de zones d’ombre et ternie par de multiples incidents catastrophiques, une fausse légitimité à être un candidat possible pour le futur de l’humanité.

Essayons de mettre un peu de méthodologie, pour pouvoir parler d’énergie “durable”, il faut définir un certain nombre de critères. Ainsi on peut par exemple dire qu’une énergie est dite “durable” si elle remplit les conditions suivantes: (1) la source qui fournit cette énergie (matière première ou autre) est inépuisable ou durable au moins à l’échelle humaine, (2) l’utilisation de cette énergie ne présente pas un danger pour la vie humaine et son environnement, autrement c’est l’humanité qui sera décimée avant l’épuisement d’une telle énergie, (3) un coût de mise en œuvre et de maintenance économiquement et humainement soutenable. Nous allons démontrer qu’aucune de ces conditions ne peut être satisfaite par l’atome.

Dans ce premier article, nous nous focaliserons sur le premier point:

Renouvelable nous dit-t-on?

L’efficacité de l’énergie atomique, à court terme, est indéniable. En effet, on peut produire, avec un gramme d’uranium, autant d’énergie qu’avec une tonne de charbon. Si cette énergie était durable et renouvelable, le problème de l’énergie serait aujourd’hui une affaire close, mais on est loin de cette réalité rose. Un peu d’arithmétique pour s’échauffer pour la suite, je reprends ici l’explication faite par l’éminent astrophysicien Hubert Reeves : les dernières évaluations de la réserve mondiale en uranium faites par le CEA (Commissariat à l’Énergie Atomique) avancent près de 17 millions de tonnes. Le type de réacteurs nucléaires couramment utilisés aujourd’hui dans le monde, dits à neutrons lents, n’utilisent qu’environ 1% de l’uranium fourni au réacteur (isotrope U-235). Toute cette réserve serait épuisée en un an par 300000 réacteurs. La consommation mondiale actuelle se situe aux alentours de ce que fournirait 13000 réacteurs. Par un calcul simple, même si le monde gardait sa cadence actuelle de consommation, chose peu probable avec la montée en puissance de la Chine et l’Inde, la durée de vie de l’énergie nucléaire se situerait donc autour de 20 ans! Certaines estimations parlent de 100000 réacteurs dans le monde d’ici la fin du siècle, ce qui réduirait encore la viabilité de la solution nucléaire.

Si l’homme prétend se distinguer des autres créatures par l’intellect et son aptitude supérieure à s’adapter, il lui reste à prouver ses capacités quand aux défis du futur. Ce défi impose un choix pour l’homme présent avec les moyens qu’il a entre ses mains, mais aussi un choix pour les générations à venir. Nos ancêtres ont découvert l’or noir vers la fin du XIXème siècle. Cette découverte a façonné par la suite notre façon de se déplacer, de construire, de faire de l’agriculture, bref, de vivre. La révolution industrielle a lancé l’homme dans une courses effrénée à la croissance et au tout industriel où le pétrole a pris une place charnière. Toute une économie a été bâtie autour du pétrole, matière que la terre a mis des centaines de millions d’années à fabriquer, pour que l’homme vienne l’épuiser en quelques centaines d’années.

Pour rendre durable une énergie dont la source est un minerai épuisable, la seule alternative est d’en recycler, à l’infini, les déchets. Mais recycler à l’infini de la matière pour en produire de l’énergie sans limite ressemble plus au mythe du mouvement perpétuel, ce rêve imaginé, mais jamais réalisé, par des scientifiques de l’époque de la renaissance, ignorants les principes de la mécanique. Areva et tout le lobby nucléaire, loin d’être ignorants, ont compris que cette question, tellement évidente, finira par faire surface et qu’il fallait y répondre. C’est alors qu’ils ont argué que le retraitement des déchets nucléaires permet de réutiliser 96% du combustible nucléaire. Dans son excellente enquête sur la gestion des déchets nucléaires , Laure Noualhat nous retrace le parcours complet d’une tonne de combustible nucléaire. Prenons l’exemple de La Hague en France, la tonne de combustibles nucléaires ressort du site sous trois formes : 950 kg (95%) d’uranium de retraitement (URT), 10 kg (1%) de plutonium (la source effective de l’énergie produite) et 40 kg (4%) de déchets dits ultimes dont le recyclage est impossible. Ces derniers, hautement toxiques renferment 95% de la radioactivité totale de la tonne et reste radioactif pendant à peu près 200000 ans. Ainsi il y a quatre fois plus de déchets que de combustible effectivement utilisé dans la production d’énergie.

Les 40 kg de déchets ultimes appelés aussi produits de fission (4%) sont, selon la loi française de 2006, vitrifiés et enfouis sous le sol français en attendant la découverte de nouvelles techniques pour réduire leur toxicité et limiter leur durée de vie. Ces travaux ne devraient pas aboutir avant 2050 d’après le ministère de l’industrie français.
Les 10 kg de plutonium (1%) sont mélangés avec de l’uranium appauvri pour fabriquer du MOX dont le plutonium ne représente que près de 10 %. Une fois brûlé, le MOX irradié contiendra toujours du plutonium à hauteur de 5% ainsi que de nouveaux produits de fission (6%) dont la toxicité est sept fois plus importante que du combustible classique. La France entrepose autour de 6 tonnes de MOX brûlé par an et par centrale (la France dispose de 58 centrales au total).

Les 950 kg (95%) sont en grande partie (85 %) conditionnés sous forme stable et stockés, Areva fait ainsi sa réserve en combustible pour le revendre, le jour où le pétrole sera épuisé, à un prix exhorbitant. Le retraitement étant peu rentable à cause du faible prix de l’uranium (moins de 100 dollars le kilo), seul les 15 % restants (142,5 kg) sont ré-enrichis en Russie, la France ne disposant pas des installations requises pour le retraitement de l’URT. Au total, les matières radioactives sont acheminées sur plus de 8000 km (aller retour) de la France jusqu’en Russie, il n’est pas sur que les couts de transport et de retraitement soient comptabilisés dans l’estimation de l’efficacité économique des centrales nucléaires. La cerise sur le gâteau est que seul 10 % de l’URT est effectivement enrichi et renvoyé en France. Le reste (90 %, soit 128,25 kg) sont déposés sur place dans des containers à ciel ouvert. Nous avions pris comme exemple 950 kg d’URT, il faut savoir que 810 tonnes d’URT sont annuellement produits en France.

Quant à l’uranium retraité et rapatrié en France, il n’alimente que deux centrales nucléaires sur la totalité des 58 centrales françaises, soit 3,4 % du parc nucléaire français. Le “cycle nucléaire” d’Areva NC (Nuclear Cycle) ressemble ainsi à une énorme imposture où, loin de neutraliser les déchets ou les recycler, en produit davantage et avec un degré de toxicité plus important.

Difficile de croire en la rentabilité économique de ce procédé dont la seule utilité est peut être une fausse publicité dont le fond est de donner un semblant de légitimité au recyclage. Voilà comment EDF et Areva gèrent les déchets nucléaires, posons nous les question suivante “Si une centrale nucléaire voyait le jour en Tunisie, qu’adviendrait t-il de ses déchets nucléaires? Accepterions nous de les enfouir sous le sol ou de les stocker à ciel ouvert en Tunisie ou même ailleurs? Qui supportera les frais de transport, conditionnement, stockage…? Qui assurera la sécurité de la centrale et des produits radioactifs? Accepterons nous une présence militaire française sur le sol de notre chère Tunisie sous prétexte de protéger les centrales nucléaires et des produits radioactifs…? Quel serait le prix de l’uranium dans quelques années avec la raréfaction du pétrole? A-t-on le droit de risquer la santé des tunisiens et des tunisiennes pour adopter une source d’énergie dont la durée de vie est dérisoire et le risque sanitaire effrayant comme on le démontrera dans l’article prochain?”.

Ayoub Massoudi

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1 – “Déchets, le cauchemar du nucléaire”, Laure Noualhat, préface d’Hubert Reeves
2 – www.cea.fr
3 – “Déchets, le cauchemar du nucléaire”, Laure Noualhat, préface d’Hubert Reeves

Partie 2 : La radioactivité: invisible, inodore, incolore, mais extrêmement dangereuse

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