Le projet Bizerte «Marina Cap 3000 »

Deux sujets ont fait largement la première des médias au cours des deux derniers mois de l’année écoulé. Le premier concerne le lancement en grande pompe du projet Marina Bizerte Cap 3000.

« Bizerte s’apprête à prendre son envol. Dans quelques années, elle ne sera plus reléguée au rang de zone touristique de second plan. Elle s’imposera en tant que destination touristique non seulement à part entière mais aussi de qualité grâce à la réalisation du projet « Marina Cap 3000 »… Grâce à ce nouveau projet, Bizerte s’inscrira dans la cour des grands. Elle sera une des destinations touristiques les plus prisées par une clientèle de qualité, notamment les plaisanciers. Elle sera, suite à l’extension du port de plaisance et la réalisation de toutes les composantes du projet « Cap 3000 », une des plus grandes métropoles méditerranéennes en matière de plaisance. » Peut-on lire sur le journal Réalité.

Mais ces promesses semblent aujourd’hui sérieusement compromise des suites de l’affaire du Réseau de trafic de pièces archéologiques révélée dernièrement et largement médiatisée. « Un fils d’un ancien ministre dans une bande de vol et de trafic de pièces archéologiques » peut-on lire le 25 décembre dernier en manchette de première page du journal Assarih (Voir photo) et le journal Assabah du 27.

L’insistance à mettre l’accent sur le lien de l’un des prévenus avec un ancien ministre tout en prenant la précaution de préciser qu’il s’agit d’un ministre de « l’ère de Bourguiba » semble louche quand on connaît la marge de liberté qu’on nos médias quand il s’agit d’affaires touchant la sphère du pouvoir.

Le fils en question dont aucun journal ne révèle l’identité n’est autre que le promoteur du projet « Cap 3000 » du marina de Bizerte et que l’état tunisien lui a donné en concession ce site au cœur de Bizerte pour les 50 ans prochains.

K. Guiga (fils de Driss Guiga, qui fut ministre de l’intérieur sous Bourguiba) en partenariat avec Moez Ben Zid comptaient débourser 100 millions d’Euros dans le projet en participation avec Le groupe Belge CFE qui a pris une participation de 25% cédée au cours du mois de décembre dernier. C’est une première pour une entreprise tunisienne dans un projet de cette envergure alors que les mégaprojets lancés en grande pompe par les groupes immobiliers émiratis vacillent

Le programme du projet prévoit trois composantes principales. La première est le port de plaisance. Il s’agit d’agrandir le bassin du port actuel afin de renforcer sa capacité. Avec une capacité de 900 anneaux, la nouvelle marina de Bizerte sera en passe de devenir l’un des plus grands ports de plaisance de la Méditerranée.

La deuxième grande composante du projet est la croisette qui longe l’avenue de la ville H. Bougatfa. Elle s’étend sur une surface de 6 Ha environ gagnés sur la mer (une longueur de 650 m et une largeur de 60 m). Le programme de la croisette prévoit, outre les espaces de commerces, un club de voile, un musée océanographique, des espaces culturels et d’artisanat…

La troisième composante du projet est la partie immobilière qui comprend une résidence de très haut standing, surface : 50 000m², sur 8 niveaux. La résidence Marina de Bizerte ont été proposés à 2500 dinars le mètre carré pour les 240 appartements de l’immeuble « paquebot » et 3500 dinars pour les commerces ! D’après les promoteurs du projet, une bonne partie des appartements a été vendue sur plan.

Présenté au Salon de l’Immobilier Tunisien à Paris (SITAP, 12-14 juin 2009) le projet «Marina Bizerte Cap 3000» à constitué le point d’attraction de l’exposition et augurait d’un début prometteur. Avec ce nouvel imbroglio politico-judiciaire qui vient secouer les milieux des affaires tunisien avec cette étrange coïncidence entre le démarrage du projet et la révélation de l’affaire que certains observe avec suspicion vu la nature du combat prédateur qui gère ce métier.

« Un fils d’un ancien ministre dans une bande de vol et de trafic de pièces archéologiques » peut-on lire le 25 décembre dernier en manchette de première page du journal Assarih

Une Grosse affaire de trafic de pièces archéologiques

Le trafic de pièces archéologiques n’est pas une nouveauté ou un sujet anodin en Tunisie. Chercheurs de trésors et pilleurs de sites archéologiques peuvent être rencontrés partout dans le pays donnant l’impression d’agir en toute impunité au point que certains ont recours aux gros engins de TP pour parvenir à leur fin. Ce phénomène a fait souvent un sujet de prédilection pour les journaux à sensation avec multi détails et indications sans que cela interpelle le laxisme et le laissé faire prévalant au point qu’un sentiment de connivence s’est installé pour expliquer l’impunité dans jouit les principaux acteurs dans ce métier.

Le 7 décembre 2009 une laconique dépêche de l’agence officielle TAP nous apprend que:

« Un réseau international de trafic d’objets archéologiques, avec la complicité de tunisiens et d’étrangers, vient d’être découvert, selon une source judiciaire. Le juge d’instruction auprès du tribunal de première instance à Tunis a été saisi de l’affaire. Il a engagé une enquête en collaboration avec les agents de la police judiciaire relevant de la brigade centrale des investigations et des recherches de la Garde nationale. Ces recherches menées dans des locaux à travers plusieurs régions du pays ont abouti à la saisie d’un nombre important de pièces archéologiques rares. 21 personnes, de nationalité tunisienne et étrangère ont été jusque là arrêtées. L’enquête se poursuit à la recherche d’autres complices. »

Quelques jours plus tard les quotidiens apportent plus de détail

« Vingt-six personnes ont été arrêtées dont deux Tunisiens. Notre consœur Assabah a appris de source informée que sur commission rogatoire délivrée par le juge d’instruction, les agents de la brigade centrale des enquêtes de la garde nationale ont saisi, suite à leur enquête menée à travers plusieurs régions de la République, autour de 7000 pièces archéologiques, dont des objets d’art et des manuscrits rares et précieux, datant des ères romaine, byzantine, ou islamique… Il ressort d’après les éléments de l’enquête, que ces pièces ont été volées de musées tunisiens ou de dépôts du patrimoine national. D’autres pièces ont été trouvées dans plusieurs maisons situées dans la région de Hammamet.

Rappelons que cette affaire a éclaté suite à une première information concernant des Tunisiens mêlés à ce trafic avec des étrangers dont des Italiens et des Britanniques, s’adonnant à ce trafic ainsi qu’à celui de blanchiment d’argent. » Rapporte le journal Le Temps du 18 décembre 2009.

Ainsi l’affaire prend une autre tournure, il ne s’agit plus de vols d’objet de produits de fouilles illicites mais aussi de dépôt de musées nationaux et de blanchiment d’argent. Aucune indication sur la connexion entre les parties dans les deux affaires n’a été donnée jusqu’à présent ni sur les véritables identités des inculpés.

Le journal Assarih qui titrait le 25 décembre sur le sujet rapporte que

« le fils d’un ancien ministre du gouvernement d’avant le changement a fait l’objet d’un mandat et aurait été arrêté le jour précédant et que cette personne s’est trompé dans une affaire semblable il y a trois ans. » (Voir l’article)

En réalité il ne s’agit pas du fils du ministre qui a fait l’objet de mesure d’arrestation mais de son neveu qui s’est présenté de son propre gré après avoir reçu une convocation du juge d’instruction. Son père convoqué à son tour dans le cadre de la même affaire n’a pu se présenter vu qu’il se trouvait alors à l’étranger. L’insistance avec la quelle les médiats ont mit l’accent sur la personne et la campagne médiatique orchestrée autour de cette affaire ne donne pas l’impression de procéder d’un esprit de devoir d’information des citoyens et il suffit de consulter les commentaires sur certains site qui l’ont reproduit pour sentir le dégout des lecteurs de ces méthodes de désinformation et de manipulation.

Je ne pense pas qu’on va attendre longtemps pour que cette affaire soit oublié et les accusations classés sans que personne ne fera attention que le projet de Bizerte avait en même temps changé de main. Dans les affaires en Tunisie, c’est comme pour les chemin de fer, il faut toujours faire attention car un train peut en cacher un autre le plus souvent.

Yahyaoui Mokhtar
jeudi 07 Janvier 2010
Tunisia Watch

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