Tunisiens à Nantes

Les clandestins tunisiens dorment dans des cages d’escaliers du Sillon, à même des morceaux de moquette.

Des réfugiés dorment depuis quelques mois dans les entrailles des immeubles nantais. Urgence sanitaire.

Tahar visse le néon d’un local technique niché dans les tréfonds du Sillon de Bretagne. La lumière blanche crache crûment sur des colonnes métalliques, des gaines électriques et conduites d’eau. Il dort sur un vieux matelas avec trois autres réfugiés de Redeyef. Une chaudière entêtante rumine en fond. L’humidité, la puanteur aussi.

Ces clandestins ont de 20 à 35 ans. Ils sont arrivés à Nantes cet hiver, fuyant le régime de Ben Ali en Tunisie. « Il y a eu des manifestations sociales à Redeyef, explique Nourdine, 36 ans. L’armée a tiré : deux morts, beaucoup de blessés et de prisonniers. »

Montagne de Libye

Les manifestants ont cherché refuge dans les montagnes. Certains sont passés en Libye, où ils ont embarqué pour l’Italie. « Nous étions 38 dans le canot, se souvient Tahar. Trois jours de mer. Un cauchemar. » Son passage aurait coûté près de 1 800 €. Tahar explique qu’en Tunisie, il était étudiant en gestion d’entreprise. Comment a-t-il échoué à Nantes ? « Ces jeunes ont un lien naturel et historique au Sillon, répond Dominique Majou, directeur d’Harmonie habitat. L’immeuble a été construit dans les années 1970 avec des ouvriers venus de Redeyef. Certains sont restés et l’habitent toujours. » La communauté tunisienne de Nantes compterait 2 000 personnes et près de 300 clandestins seraient arrivés depuis l’été 2008.

« Les familles ne peuvent assumer un tel afflux, observe Françoise Thoumas, du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP). Un Tunisien m’a expliqué qu’il accueillait trente personnes dans son appartement. Il ne savait plus comment faire. »

Les jeunes réfugiés se débrouillent. Ils appellent le 115 et trouvent abri dans les immeubles nantais. Le Sillon est le plus emblématique. « Des appartements vides ont été squattés, mais des gens ont appelé la police », témoigne un habitant. « Il n’y a plus de problème depuis, soutient une autre locataire, qui requiert elle aussi l’anonymat. Ces jeunes ne posent pas de soucis. Ils viennent la nuit, partent au matin. Ils n’ont nulle part où dormir. »

« Je comprends leur détresse, reprend Dominique Majou. Nos médiateurs ont pris contact avec eux. Mais il est aussi anormal que des locaux techniques, des caves, appartements et cages d’escaliers puissent être squattés. Nous devons veiller au respect des locataires. » 180 familles habitent le Sillon.

Caves « brûlées »

Plusieurs caves ont été fermées après l’intervention des policiers. Les réfugiés disent qu’elles sont « brûlées ». Ils quêtent d’autres endroits pour dormir. « Le Sillon fait près d’un kilomètre de long, 780 logements, une trentaine d’étages, revient Dominique Majou. On ne va pas le barricader. Lorsque nous fermons une cave, nous ne réglons pas le problème, on le déplace ailleurs. » Tahar et Nourdine subsistent avec l’aide caritative et des boulots « au black ». « S’il y avait une petite solution de logement, ce serait plus confortable pour nous, comme pour l’image de la France. »

Emmanuel Vautier

Presse-Océan

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