Géographiquement, la pratique se rencontre en de nombreuses parties du monde, mais elle est plus courante en Afrique sub-saharienne et dans quelques régions du Proche-Orient et de l’Asie du Sud Est (Yémen, Indonésie et Malaisie).

« Que se passe-t-il en Europe ? Pourquoi ces familles installées depuis des années hors d’Egypte renvoient encore leurs filles pour se faire mutiler ici ? » Telle est la question du docteur Ismail Ayman qui opère à Assiout en Haute-Egypte, à propos de l’efficacité en Europe des campagnes de sensibilisation contre l’excision.

Travaillant depuis plus de vingt ans dans le développement, ce responsable de programme pour l’organisation humanitaire Plan international, expert en campagnes anti-excision, rappelle que, dans son pays, il a fallu un constant réajustement des stratégies de coopération entre ONG et gouvernement pour faire évoluer les mentalités. Ainsi qu’un travail soutenu avec les communautés locales et des ressources médiatiques considérables. Pourtant, 50% des petites Egyptiennes ont encore leurs organes génitaux externes arbitrairement mutilés avant l’âge de 12 ans.

Eduquer la population reste la clé du changement. « La question de l’excision est à l’ordre du jour du gouvernement depuis presqu’un siècle, » affirme Ayman :

« Nous traitons l’excision en parallèle avec d’autres formes de violence faites aux petites filles comme le mariage précoce. Grâce à notre travail d’éducation, une fatwa fût émise en 2007 permettant que, l’année suivante, le gouvernement se décide à voter une loi interdisant et pénalisant l’excision sans appel. »

Cependant, l’application des lois sur le terrain ne reflète pas toujours les décisions officielles. Ayman décrit qu’hormis le poids classique des traditions et des trop nombreuses conceptions erronées de la sexualité féminine, il reste le phénomène alarmant de la médicalisation de l’excision :

« On constate qu’il y a de plus en plus de médecins qui, pour des raisons financières, n’hésitent pas à la pratiquer. Avant que la loi soit votée, un médecin gagnait 50 livres égyptienne (6,8 euros) pour l’opération. Maintenant il peut gagner jusqu’à 200 livres (27 euros). »

Le salaire moyen mensuel d’un docteur diplômé en Egypte est de 220 livres.

Voyage vers l’Orient pour éviter la justice française

La France reste le seul pays d’Europe occidentale qui, sans pourtant disposer d’une législation spécifique sur ce sujet, traduit en justice parents et exciseuses. Ainsi on peut comprendre l’obligation pour certaines familles de profiter d’un séjour dans leur pays d’origine pour perpétuer leurs « traditions ».

Brochure sur l’excision.On compte 55 000 femmes excisées en France et environ 35 000 petites filles courraient ce risque. En réponse à cette menace permanente, une nouvelle campagne gouvernementale a été lancée en avril contre l’excision et le mariage forcé en prévision de vacances d’été encore bien sanglantes et douloureuses pour ces enfants extrêmement vulnérables.

Intitulée « briser la loi du silence », cette campagne encourage les petites filles à parler et leur donne des contacts et conseils utiles pour notamment se protéger pendant un séjour à l’étranger. Elle insiste notamment sur le fait que les « mutilations sexuelles féminines sont punies par la loi » car la crainte d’être condamné devrait dissuader les familles de commettre ce crime.

Quand bien même la loi française aide considérablement à réduire le nombre de crimes commis sur son territoire, la disparition de l’excision ne peut aboutir que par l’éducation des adultes en tout premier lieu car, ici comme ailleurs, la décision se prend au niveau parental. On soulignera la difficulté d’agir volontairement pour ses droits et sa propre protection lorsqu’on est une enfant de 3 à 14 ans.

Par Anemone Sengkouvanh

Source : Rue89.com

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