Caricature parue sur Le Canard Enchaîné du 21.01.09

Les Israéliens voulaient éviter de troubler, avec leurs bombardements, la grande fête de Washington.

Plusieurs collaborateurs d’Obama ont fait savoir aux Israéliens qu’ils appréciaient peu d’avoir été mis devant le fait accompli, avec cette guerre lancée trois semaines avant l’entrée de leur patron à la Maison-Blanche.

Voilà qui explique le cessez-le-feu « unilatéral » décidé brusquement par le gouvernement Olmert, et ce retrait des chars de Gaza, plus rapide que prévu. Il ne fallait pas gâcher la grande fête de Washington, avec de nouvelles images de bombardements intensifs.

« Craignant qu’Obama ne montre un peu moins de complicité à leur égard que George Bush, les Israéliens avaient décidé de cogner fort et vite, avec l’intention de ne pas trop gêner l’investiture du nouveau président », explique un diplomate français.

Diner de têtes

Malgré cela, on est loin de cette « arrivée en douceur » à la Maison-Blanche qu’espérait l’équipe Obama. Il va traiter en urgence le dossier israélo-palestinien, alors que ceux relatifs à l’Irak, à l’Afghanistan, au Pakistan et à l’Iran ont aussi de quoi troubler les jours et les nuits du Président.

En allant diner chez Olmert à Jérusalem, dimanche 18 janvier, les chefs d’État européens (Sarkozy, Merkel, Brown, Berlusconi, etc.) ont rassuré leur hôte s’il en était besoin. Une vilaine guerre n’empêche pas l’amitié. Voila quelques semaines, A la mi-décembre, les mêmes s’étaient déjà montrés fort conciliants.

Guerre des images

Alors que Olmert et ses ministres ne cachaient pas leur intention d’intervenir militairement à Gaza, l’Union européenne avait décidé d’« intensifier » ses relations politiques et sa « coopération » avec Israël. Et, depuis, malgré quelques « condamnations » de la guerre, dont celles de Sarkozy, il n’a jamais été question de revenir sur ces accords, « ni de prononcer le méchant mot de “sanctions”» remarque un général français… pacifiste.

Le bilan de cette guerre de vingt-deux jours est pourtant très lourd. Lors de la réunion de Charm el-Cheikh, en Égypte, le 17 janvier, Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne et adversaire du Hamas, a déclaré aux chefs d’Etat européens présents, selon « Le Figaro » (19/1) : « Les images que vous voyez à la télévision sont bien en deçà de la réalité ». Et au cabinet de Kouchner, plusieurs collaborateurs du ministre ont qualifié d’« insoutenables » les informations reçues de Gaza en témoignages ou en films.

Cette guerre va être un des éléments de la campagne des élections législatives d’Israël, en février. Les membres de la coalition au pouvoir affirment que « c’est une victoire ». En revanche, leurs adversaires du Likoud parlent, eux, de « défaite, car le travail n’est pas fini ». L’armée israélienne (la 5e ou la 6e du monde, selon les experts) a pourtant mis le paquet, à en croire les militaires français.

Bijoux au tungstène

À l’état-major des armées, on a recueilli les informations transmises par les services de renseignement et les attachés militaires en poste à l’ambassade de France. Avions, hélicoptères, chars et navires ont effectué des bombardements incessants sur les villes, les tunnels, les stocks de munitions. Les infrastructures, les ministères, et parfais sur des mosquées ou des hôpitaux.

Certaines opérations ont été menées par 150 chars Merkava à la fois, des bombes d’une tonne lancées par avion contre les tunnels, des obus au phosphore tirés par des blindés.

Selon l’état-major français, « la nouveauté » dans le genre, aura été l’usage des roquettes ou missiles appelés Dime, guidés par laser et d’une précision au décimètre près. Ces petites merveilles qui contiennent du tungstène du cobalt, du nickel et du fer provoqueront des cancers chez les survivants. Précision utile : cette arme n’est pas interdite par aucune convention internationale.

La droite extrême du Likoud aurait tort de critiquer le gouvernement Olmert. À Gaza. Celui-ci avait mis les petits plats dans les grands.

Claude Angeli

• « Les derniers néoconservateurs sont-ils à Paris ? » avait ionisé Hubert Védrine, le 16 novembre dernier, sur le site Rue 89. L’ancien ministre des Affaires étrangères lançait alors cette brique à Bernard Kouchner, qui avait mis en garde Obama contre un dialogue direct avec l’Iran. Apostrophe méritée : aujourd’hui encore Sarkozy tente de convaincre les Européens accroitre les sanctions contre l’Iran. Et de ne pas discuter avec Téhéran.

Paru dans le Canard Enchaîné du 21.01.2009
Mis en ligne par nawaat.org

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