L'ancien secrétaire général du PDP Nejib Chebbi. [Getty Images]Le Parti Démocratique Progressiste (PDP) de Tunisie est déterminé à désigner Nejib Chebbi comme son candidat officiel pour les élections présidentielles de 2009. Mais aux termes d’un projet de loi actuellement à l’étude, sa candidature pourrait être illégale.

Un projet de loi qui devrait être ratifié par le parlement tunisien exige en effet que tout candidat à l’élection présidentielle soit le secréaire général élu d’un parti autorisé.

Chebbi, ancien secrétaire général du PDP et actuel rédacteur en chef du magazine Al Mawkif, a entamé une campagne non officielle dans plusieurs gouvernorats tunisiens en début d’année. Sa candidature à la présidence – et l’opposition au projet de loi en cours d’examen qui rendra cette candidature illégale – bénéficie du soutien total de l’actuelle secrétaire générale du mouvement, Maya Jribi.

S’exprimant le 5 juillet lors d’un colloque organisé à Tunis, Mme Jribi a déclaré que le rejet par son parti de ce projet de loi “ne résulte pas du désir d’insister sur certaines personnes ou décisions particulières [mais plutôt] de la croyance profonde dans le droit du peuple tunisien au libre arbitre”.

Mme Jribi a expliqué : “Notre objectif a toujours été de mettre en place un système politique et légal qui respecte l’intelligence du peuple tunisien et se rapproche des normes généralement acceptées en matière de processus électoral.”

Nejib Chebbi a déclaré à Magharebia : “Nous avons deux options : la réforme ou le chaos. Dans cet environnement politique totalement fermé, nous n’avons pas d’autre choix que de rejeter ce projet de loi, de faire entendre notre opposition et de mobiliser l’opinion publique contre lui.”

“Nous ne pouvons poursuivre ce statu quo”, a-t-il déclaré.

Tout en reconnaissant qu’il sera difficile d’aller à l’encontre de la loi électorale, M. Chebbi reste optimiste.

“L’immense vague démocratique qui submerge le monde entier ne peut exclure notre pays. Nous souhaitions résolûment participer à la bataille des élections avant son lancement. Nous avons forcé les autorités et l’opposition à inscrire la question des élections sur leur agenda politique”, explique-t-il.

Par ailleurs, en réponse aux accusations soulevées par des militants de l’opposition affirmant que le Code électoral avait été modifié spécialement pour exclure des candidatures comme celle de Chebbi, le Ministre de la Justice Bechir Tekkari a déclaré aux journalistes le 4 juillet que “tous les pays du monde imposent certaines conditions aux candidats aux élections présidentielles, afin de garantir la crédibilité de leurs candidatures”.

En fait, cet amendement au Code électoral renforcera la démocratie, a ajouté M. Tekkari, parce que les élections précédentes n’avaient autorisé que des candidatures de responsables de partis comptant des représentants au parlement.

Alors que les députés hésitent à modifier les règles d’éligibilité des candidats aux élections, les membres du PDP ont appelé lors de leur rassemblement du 5 juillet à “apurer” le climat politique.

Le PDP a proposé d’adopter un “important amendement constitutionnel” limitant le nombres de mandats présidentiels à deux, ce qui mettrait fin au régime de présidence à vie.

Le Président Zine El Abidine Ben Ali est au pouvoir depuis 1987. Il devrait annoncer son intention de se représenter lors du congrès du parti au pouvoir, le Rassemblement Constitutionnel Démocratique, qui se tiendra fin juillet.

Malgré les défis juridiques et les rassemblements de partis, la controverse sur ces élections semble n’avoir que peu d’impact sur le citoyen de la rue. Selon Samir Hzami, la seule chose qui le préoccupe est de pouvoir assurer une vie décente à lui-même et à ses enfants. “Laissons la Présidence de la République à qui la veut”, a-t-il déclaré à Magharebia.

Makrem Dridi, âgé de 18 ans, se préoccupe surtout de savoir comment il va pouvoir payer ses vacances cet été. Il n’a pas encore décidé s’il irait ou non voter.

“Je ne pense pas que nos élections soient une course acharnée, comme c’est le cas en Europe et aux Etats-Unis… Elles ne changeront rien à ma vie”, explique-t-il.

Selma, une salariée de 50 ans, pense au contraire que les prochaines élections seront importantes pour tous les Tunisiens. Jusque-là, elle espère que l’actuel Président prendra des mesures importantes, comme des augmentations de salaires. “Je ne sais pas grand-chose de Chebbi”, admet-elle.

Son amie Meryam n’a montré aucun intérêt pour cette discussion. “Laissons les politiques parler politique”, s’est-elle contenté d’affirmer.

Par Jamel Arfaoui pour Magharebia à Tunis – 07/13/08

Source : Magharebia

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