Dans le cadre d’un programme de développement du projet e-gouvernance en Tunisie, qui vise à améliorer l’accès aux tunisiens aux services administratifs en ligne, la Banque Mondiale, a commandé à un cabinet d’audit français une étude sur « l’état de la e-gouvernance en Tunisie ». Un état des lieux qui s’impose alors que la Tunisie venait d’être classée 124ème – entre le Surinam et le Swaziland – dans dernier rapport de l’ONU sur la e-gouvenance dans le monde. Les résultats, accablants, de cette étude françaises ont été présentés le jeudi 15 mai, devant un parterre de hauts fonctionnaires des administrations concernées et en présence de Zouheir Mdhaffar ministre délégué auprès du Premier ministre chargé de la Fonction publique et du Développement administratif a raporté le site internet AfricanManager.com

Gestion complexe et inadaptée du dossier e-gouv, manque d’attractivité des services, difficultés pour y accéder, manque de formation et de conviction aux seins des administrations, débit très faible, ont été les principaux points soulevés par la présentation du dit rapport. Le cabinet conseil pointera surtout l’accès à l’Internet haut-débit dont il dit qu’il «n’est pas suffisamment accessible, n’est pas disponible en terme de pouvoir d’achat, à cause du manque de concurrence». Plus généralement les experts pensent que « le coût des télécommunications reste élevé en Tunisie » alors que le développement de l’administration électronique nécessite un débit plus fort, plus disponible et à faible coût ! Avant de conclure conciliants : «la Tunisie est allée [en matière d’Administration électronique] au bout de ce qu’elle pouvait faire, sans aller au bout du chemin».Voilà qui nécessite sûrement une autre étude qui nous expliquera comment aller « au bout du chemin ».

Le ministre délégué, M Zouheir Mdhaffar, a quand à lui commencé par contester le classement en précisant que « sur certains aspects, le diagnostic n’était pas réel » et en prétendant que ce classement a été corrigé et donne désormais la 106ème place à la Tunisie. Une correction qui n’apparaît pourtant pas encore dans le rapport disponible en ligne (voir l’extrait du classement plus haut). Peu importe pour le délégué ce classement « ne traduit pas la volonté qui existe en Tunisie, d’améliorer les choses ». M Mdhaffar confond sûrement politique et religion si non il saurait qu’en politique les bonnes intentions ne sont pas comptabilisées en tant que bonnes actions.

Mais après ce moment de mauvaise foi obligatoire, le ministre délégué se voulais, parait-il, plus sincère. Devant les caciques de cette administration, il a fait amende honorable en reconnaissant que les « services en lignes ne sont pas performants et l’accès du citoyen y est limité » […] ils ne sont même pas utilisés par les usagers même de l’administration », déplore-t-il. « Il n’y a pas de formation au sein des différents ministères ».a t-il ajouté. Il a également exhorté les fonctionnaires à se mobiliser pour « ne pas se laisser dépasser par les autres », en rappelant qu’un budget de 5 MDT, alloué a ce programme, reste mal ou pas utilisé. Sur ces 5MDT qui dorment selon lui en attendant qu’on les utilise, notre naïf ministre délégué continu de confondre intentions ostentatoirement affichées et réalité politique du pays.

Sûrement pour justifier son post, M Zouheir Mdhaffar terminera son constat, pourtant accablant, en parlant de l’ambition de la Tunisie de se doter d’une administration sans papier « la seule voie » selon lui « pour éradiquer tous les maux de l’administration et pour éviter le va et vient du citoyen à l’administration.». une ambition louable qui toujours selon ses affirmations « contribuera aussi, à réduire le coût des prestations administratives et qui représentent actuellement 13 % du PNB. ». Mais comme toujours en Tunisie ou rien n’est jamais la faute du législateur puisque «nous avons le cadre juridique qu’il faut » se sont naturellement « l’infrastructure et la pratique de l’administration, [qui] ne suivent pas». Le législateur appréciera sûrement tant reconnaissance. L’administré, lui, attend plutôt que « l’infrastructure et la pratique de l’administration » suivent !

Et cela ne risque pas de produire de si tôt au regard de ce qu’en pense l’administration à travers les réactions de ses éminents représentants raportées par le site Internet. Un ancien responsable d’un centre informatique aurait même fait l’apologie de l’ancien système et un autre celui du système d’archivage papier qui existe en Tunisie et demandera qu’on l’introduise dans ce nouveau système d’administration électronique. Ou « pourquoi faire du neuf quand on peut faire ce qu’on a toujours fait ? ». D’où le commentaire assassin d’un des présent : «on les comprend lorsqu’on voit la moyenne d’âge des personnes chargées de la coordination du e-gouv au seins des ministères». Voilà qui n’aidera sûrement pas « la pratique » à suivre !

Malek Khadhraoui
www.nawaat.org
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