Interdire les sites de dissidents politiques, filtrer la blogosphère, poursuivre les auteurs de textes critiques à l’égard du pouvoir : tous les moyens sont bons pour censurer Internet dans les pays où la liberté d’expression n’existe pas. Une dizaine de pays, dont la Chine, pratique la censure sur la toile. Tour d’horizon de ces web-dictatures politiques.

Plus de 10 pays censurent la toile en Afrique, au Proche-Orient et en Asie

Selon un rapport de Reporters Sans Frontières, une dizaine de pays pratique la censure sur Internet pour des raisons politiques :
– Pays d’Afrique du nord : Egypte, Tunisie. – Pays de l’Est et du Caucase : Biélorussie, Ouzbékistan, Turkménistan.
– Pays du Moyen-Orient : Iran, Syrie, Arabie Saoudite.
– Pays d’Asie : Birmanie, Chine, Corée du Nord, Vietnam.
– Pays d’Amérique latine : Cuba.
Selon les pays, les motifs et les thèmes censurés varient

En Syrie, la censure touche essentiellement les sujets relatifs à la minorité kurde, combattue par le régime. En Ouzbékistan, tous les sites traitant des droits de l’homme sont bloqués. En Iran, près de 10 millions de sites internet ont été jugés immoraux, notamment ceux qui traitent du droit des femmes. Leur accès a été bloqué par les autorités. En Arabie Saoudite, les sites et les blogs d’opposition sont interdits, ceux consacrés à Israël sont censurés, tout comme les forums parlant de l’homosexualité. En Egypte, le pouvoir surveille les publications en ligne qui concernent les Frères musulmans.

En Tunisie, les cybercafés sont contrôlés par l’Etat

En voyage en Tunisie, Nicolas Sarkozy a affirmé que “l’espace des libertés progresse”. C’est faux. Comme l’a souligné le journal Le Monde, dans son éditorial du 30 avril intitulé “Mauvaise manière”, aucune ONG, aucun observateur n’a évoqué une amélioration des libertés publiques en Tunisie. S’agissant de la censure politique sur Internet, le régime tunisien est parmi les plus durs. Même si le gouvernement a mené depuis quelques années une politique de développement d’Internet (connexion gratuite dans les écoles, ouverture de cybercafés), celle-ci est étroitement contrôlée par le pouvoir. Par exemple, chaque fournisseur d’accès internet (FAI) doit fournir la liste de ses abonnés et leurs coordonnées aux autorités. Quant aux propriétaires de cybercafés, ils ont l’obligation légale de surveiller leurs clients au nom de la sûreté de l’Etat. Ils doivent veiller à ce que les sites visités ne troublent pas l’ordre public et sont pénalement responsables en cas de manquement à leur devoir. En définitive, l’Etat contrôle les cybercafés, dont les ordinateurs sont dotés de logiciels de filtrage.

Les procès contre les dissidents se multiplient

Selon Reporters Sans Frontières, le nombre d’internautes dissidents emprisonnés ne cesse d’augmenter. En Chine, plus de 50 dissidents sont actuellement en prison pour avoir publier sur Internet des textes hostiles au pouvoir. Au Vietnam, neuf internautes seraient actuellement en prison pour avoir simplement critiqué le pouvoir : les peines de prison varient de 3 à 5 ans. En Malaisie, alors que le pouvoir avait fait voter une loi garantissant la liberté d’expression sur Internet, plusieurs procès ont été ouverts ces derniers temps pour diffamation. L’objectif affiché est d’instaurer un climat de défiance et de peur chez les blogueurs pour qu’ils s’autocensurent.

Corée du Nord, Turkménistan, Iran : la censure la plus dure

Plus le pays est grand, plus la censure est difficile. Mais dans certains pays, l’accès à Internet est quasiment impossible. Ainsi, en Corée du Nord, l’une des dictatures les plus dures au monde, seuls quelques fonctionnaires ont un accès Internet. En Iran, le haut débit est interdit. Au Turkménistan, la grande majorité de la population n’a pas accès à Internet et les rares foyers connectés ne peuvent surfer que sur un nombre réduit de sites internet.

Il y a donc bien une fracture numérique entre les e-démocraties et les cyber-dictatures. La censure pratiquée par certains pays montre à quel point Internet est devenu un instrument incontournable au service de la liberté d’expression. Mais paradoxalement, alors que les démocraties occidentales encouragent l’accès au haut débit, de nombreuses entreprises occidentales se rendent complices de cette censure en fournissant les moyens technologiques aux dictatures pour filtrer et contrôler la toile.

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– Sylvie Kauffmann, “La censure sur Internet : Etats contre cyberdissidents”, Le Monde, 29 Août 2007
– RSF veut la libération des cyberdissidents vietnamiens, Nouvelobs, 24 avril 2008

Source : Politique.net

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