Edition 89 de Canal du Dialogue Tunisien du 23 novembre 2007

 

Quelques commentaires à chaud à propos de l’interview
de M. Bouchiha : (L’interview commence à la 17e minute).

 

L’homme politique doit-il exiger le respect ou doit-il le mériter ?

 

Pour ma part, la réponse est très claire. Le respect ne s’exige pas, il se mérite. L’honneur de l’homme politique, non plus, ne se proclame pas, mais se révèle à travers son action.

Libre à Bouchiha d’exiger qu’on respecte l’homme politique qu’il est, et le parti qu’il représente.

Mais, également, libre au citoyen que suis, de dire à Bouchiha que je n’éprouve que du mépris (1) pour l’homme politique qu’il est et le parti qu’il représente. L’électeur que je suis supposé être, déteste que l’on se moque de son intelligence. Mon respect ne s’exige pas, il se mérite. Et ma colère et mon profond mépris iront toujours vers celles et ceux qui ont choisi de tenir le rôle de la potiche (2) dans cette funeste comédie politique tunisienne.

Mais, voyez-vous, le comble de toute cette histoire, c’est lorsque -et que l’on me pardonne ce qui n’est pas un excès de langage- la potiche (2) se met sérieusement à parler du rôle qui lui est dévolu par la Constitution pour encadrer les “électeurs” que nous sommes. Et ma colère devient d’autant plus intense, quand je pense à Omar Chlendi qui nous a quitté en Somalie, à tous les naufragés des bateaux de la mort et tous ceux happés par des camps d’entraînement militaire Dieu sait où. Et c’est toujours cette même colère qui m’envahit quand je songe, entre autres, aux jeunes Wahid Brahmi et Mohammed Yassine Jelassi et que résonnent encore dans mes oreilles les déclarations qui mettent en doute le patriotisme des responsables d’un parti politique, en guise de tout argument pour soutenir la dictature ou lieu de soutenir ceux qui aspirent réellement à encadrer la jeunesse tunisienne.

Je ne peux éprouver que du mépris pour tout responsable politique lequel, en guise de réponse à la question de la pratique de la torture en Tunisie, affirme d’un trait “le président Ben Ali a dit qu’il n’y a pas (plus) de torture en Tunisie, j’en prends acte“. Les électeurs ne sont pas censés voter pour Bouchiha afin de prendre acte des déclarations de Ben Ali et se taire, mais pour le mandater afin de demander des comptes aux responsables de l’exécutif. Par ailleurs, peut-on vraiment ne pas avoir du mépris à l’égard d’un discours aussi imbécile que celui qui se refuse, même pour les apparences, de déclarer “il est évident que pour tout acte de torture, son auteur doit être poursuivi. Si le parlement a promulgué des sanctions pénales à l’égard des actes de torture, ce n’est pas pour les contempler“. Mais non… Bouchiha préfère mettre la tête dans le trou en se réfugiant derrière les déclarations de Ben Ali. Il aurait fait un petit effort, peut-être nous aurait-il proposé d’abroger les dispositions sur la torture, devenues désormais inutiles.

Que Bouchiha sache, qu’au fond, si les responsables de partis dits “démocratiques” le qualifient, lui et son parti, de marionnettes (pour ne pas dire autre chose) cela n’a pas vraiment d’importance. Après tout, Bouchiha et ses acolytes ne tiennent pas leurs mandats de leurs concurrents politiques, mais sont supposés les obtenir des urnes. Or, tôt ou tard, viendra le jour où les citoyens, électeurs qu’ils sont, deviendront les seuls maîtres pour mandater ceux qui géreront notre pays. Et ce jour-là, ces électeurs se chargeront bien de faire savoir aux uns et aux autres s’ils les respectent ou les méprisent.

D’ici là, pas de doute, Bouchiha et ses semblables peuvent continuer à prospérer malgré le mépris que moi, comme d’autres, nous leur vouons. D’ici-là, c’est nous qui continuons d’êtres en tort quand nous disons que leur attitude est méprisable ; c’est nous qui sommes des imbéciles, car nous n’avons rien compris à leur stratégie de conquête du pouvoir ; c’est nous, pourquoi pas, qui portons atteinte à notre pays, bref c’est nous qui sommes la plaie de la démocratie tant l’on ne peut s’empêcher de “la ramener” en les dénigrant.

Encore une fois je précise, je ne suis membre d’aucun parti politique. Je ne suis qu’un simple citoyen qui exprime son opinion et exerçe son droit le plus total à porter un jugement de valeur sur l’attitude d’un parti politique et sur les discours de son/ses responsables. Et, a fortiori, j’exerce ce droit à l’égard de tous ceux qui se sont investis de la mission de parler en mon nom et de celui des miens.

Astrubal, le lundi 26 novembre 2007

http://astrubal.nawaat.org

 



 

Deux définitions issues du Robert de la langue française  :

1. – Mépris (pour)  : Sentiment par lequel on considère quelqu’un comme indigne d’estime, comme moralement condamnable.
 
2. – Potiche : Personnage relégué à une place honorifique, sans aucun rôle actif. Jouer les potiches. => figurant.

 

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