Source : Astrubal’s Blog

Dans mon post d’hier intitulé « L’association des laquais de l’exécutif exhorte Ben Ali à se présenter à la présidentielle de 2009 », je faisais part de mon amertume face à la déclaration de l’Association des parlementaires tunisiens exhortant Ben Ali à se présenter aux élections de 2009. Et en rédigeant le billet d’hier, au fond de moi, je n’ai pas cessé de m’interroger « mais jusqu’où iront-ils ? ». Tant et si bien que le libellé du lien html du même billet porte en lui mon interrogation.

Il ne m’aura pas fallu plus de 24 heures pour constater que nos parlementaires ne sauraient s’imposer des limites à leur avilissement. En effet, dans la livraison du quotidien La Presse de Tunisie du 2 novembre, on y lit une autre déclaration, cette fois-ci émanant directement de la Chambre des conseillers, reflétant le niveau inimaginable de la décadence de l’Etat et de ses institutions. On y apprend en effet, qu’entre autres : « les membres de la Chambre des Conseillers […] réitèrent leur fidélité à la personne [du Président Zine El Abidine Ben Ali] et aux principes du Changement et à ses orientations ainsi que leur loyauté envers la Tunisie. Ils réaffirment également leur engagement à persévérer dans la voie de la réforme et de la modernisation sous la direction du Président Ben Ali, unique garant de la réalisation d’un avenir meilleur et de l’accession de la Tunisie au rang des pays avancés. » (Cf. La Presse de Tunisie du 2 novembre 2007)

Parler d’une représentation nationale composée de larbins et de vulgaires laquais est peut-être en dessous de la réalité tellement la situation est grave. Nous en sommes au point où la fidélité à la nation et aux institutions est devenue un accessoire de pure forme face à l’exigence de l’allégeance à un homme. Sans pudeur aucune, la déclaration de la Chambre des conseillers va jusqu’à l’acclamation avilissante de « l’unicité » d’un homme en tant que garant de l’avenir de la Tunisie. Ce n’est plus l’institution qui confère le pouvoir, mais les qualités d’un l’homme qui lui arroge le monopole de disposer des institutions. La légitimité ne découle pas du suffrage, mais, comme autrefois, elle se proclame au travers de l’allégeance publique à un homme et à ses faits d’armes.

Nul doute que de nombreux Conseillers sont conscients à quel point leur déclaration est avilissante pour eux-mêmes et pour le peuple Tunisien, désormais gouverné par un « unique » et irremplaçable mortel. Vraisemblablement, cet aspect n’est qu’un indicateur supplémentaire du drame actuel. En l’occurrence la situation d’un régime où l’exigence des déclarations de soutien (infamantes pour l’être Tunisien et ses institutions), prend le pas sur les exigences de l’intérêt du pays. En somme, parce que nul n’est dupe concernant ce caractère avilissant de ces déclarations d’allégeance, le fait de les perpétuer quand même, en toute connaissance de cause, informe sur le seuil atteint de la décadence politique de l’actuel régime.

Comment une Chambre parlementaire, alors même qu’elle est supposée être dépositaire du reflet pluraliste de la nation, qu’elle est supposée garantir l’existence des différents courants de pensée et au sein de laquelle des représentants de différents partis sont censés défendre leurs orientations politiques, peut-elle faire une déclaration pour faire d’un homme de 71 ans l’U-NI-QUE garant de l’avenir de la Tunisie !? A ce point les Tunisiens sont devenus des minables pour que leur avenir ne dépende plus désormais que d’un quasi-vieillard ? A ce point cette nation est devenue déliquescente au point de n’être plus en mesure d’enfanter des Tunisiens dignes de présider leur pays ? Et tant qu’à faire, pourquoi alors cette Chambre qui a décidé que l’avenir de la Tunisie ne peut être garanti que par un homme en particulier, n’aille-t-elle pas jusqu’au bout pour proposer une loi officialisant la présidence à vie de ce sauveur ? Pourquoi attendre 5 ans encore avant de faire sauter le dernier verou constitutionnel de la limite d’âge ? Et, tant qu’à faire, autant supprimer également tous les autres partis si minables pour ne pas être en mesure de compter en leurs seins des femmes et des hommes à la hauteur des grandes charges. Enfin, tous les membres de cette assemblée issus d’autres partis que celui de Ben Ali, qu’attendent-ils pour saborder leurs misérables partis pour rejoindre celui de leur sauveur ?

Que des associations qui n’engagent que leurs adhérents se mettent à rivaliser en matière de déclarations laudatrices à chaque approche d’élections, l’on s’est presque habitué à cela malgré le ridicule. Mais qu’une assemblée parlementaire qui décide des lois de la Nation et en incarne la souveraineté s’avilit à ce point devant le pouvoir d’un homme, c’est du jamais vu au sein d’aucune Nation aux institutions qui méritent le respect.

Messieurs les conseillers, en une phrase, vous incarnez la honte des valeurs et des principes que vous êtes supposés défendre et garantir. Et, au fond, auriez-vous vraiment pu incarner autre chose, quand le tiers de votre assemblée est nommé d’une façon discrétionnaire par le maître et sauveur acclamé ?

Fidèles ? Vous l’êtes et vous le démontrez avec tant de zèle. Mais fidèles à celui dont vous devez la reconnaissance du ventre et sûrement pas à la nation, ni à la République et surtout pas à l’honneur qu’exige la fonction parlementaire respectueuse du principe de la séparation des pouvoirs.

Astrubal, le 2 novembre 2007

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