« Exister, qu’est ce que ça veut dire ? Ça veut dire être dehors, sistre ex. […] Ce qui n’ex-siste pas, in-siste. Insiste pour exister. » Michel Tournier.

J’ai suivi avec beaucoup d’intérêt le débat suscité par la publication du texte de Sami sur la blogsphère tunisienne. J’avoue que je suis un nouveau venu dans cet univers virtuel même si j’ai eu l’occasion de suivre, depuis un long moment déjà, l’évolution de la blogsphère. J’ai admiré le travail fait par les blogguers égyptiens, leur liberté de ton, leur sens critique et leur capacité à transformer un espace virtuel en une société parallèle capable de refléter les aspirations d’une jeunesse égyptienne qui a soif de liberté. Je me souviens très bien, d’ailleurs, que c’est Houssein que m’a fait découvrir, il y’a presque un an, le blog de Mohammed, que j’apprécie énormément et qu’il considérait, à l’époque, comme le meilleur blog arabe. C’est pour vous dire, que je suis convaincu que Houssein est un amoureux de la liberté et je lui suis reconnaissant pour cette découverte.

Cela dit, j’aimerais tellement que la blogsphère tunisienne après l’article de Sami ne sera pas celle d’avant. Qu’on trouve, tous ensemble, un moyen pour qu’elle soit représentative des tunisiens, tous les tunisiens. En parcourant chaque blog, je découvre une personnalité qui peut être originale, ou bien rangée, atypique ou une simple photo copie, peu importe, mais j’ai le sentiment, en tout cas, de découvrir la société tunisienne, la jeunesse tunisienne. Pourquoi le tunisien aurait il le droit de parler de la vie, de raconter ses pérégrinations amoureuses, ses aventures sexuelles, ses activités, ses passe-temps, critiquer la religion, la société, évoquer l’athéisme, l’islamisme l’homosexualité, la déviance, la délinquance, parler du sport, de l’art, de la « Chicha », de la « hannana » qui a mis le feu au mariage de sa cousine, l’été dernier, de la « Zlébia », du « lablabi de weld Ebba », du « kafteji », de « Kamacho, le garçon de café de son quartier et de son amour indescriptible pour le Club Africain »…etc et n’aurait il pas le droit de parler et de penser la politique. Pourquoi le tunisien serait il synonyme d’un être dépolitisé. Pourquoi le tunisien serait-il le seul, parmi les autres nationalités, à ne pas être un « animal politique » au sens d’Ibn Khaldoun, un autre tunisien d’ailleurs ?

Je ne parle pas de militantisme ni d’engagement politique. Je parle de la politique, comme objet de réflexion. Je parle d’un engagement citoyen qui consiste à penser librement les problèmes qu’on veut, tous les problèmes y compris la politique. Moi, je ne suis ni un RCDiste, ni un opposant et je trouve d’ailleurs que l’opposition ne me représente pas plus que le RCD. Je suis un tunisien qui tente de penser par lui-même, qui apprend à exercer sa liberté de pensée et d’expression sur le net et qui se permet de parler et de penser tous les problèmes y compris la politique. Je ne laisserai jamais personne, définir, à ma place, ce que je suis, ni imposer une définition du tunisien « authentique », ou du patriotisme à la tunisienne car les mots ont un sens et perdre le combat des mots, c’est perdre le sens du combat. Je n’irai pas jusqu’à dire comme le sociologue algérien Abdelmalek Sayyad qu’ « exister, c’est exister politiquement ». Moi, je veux exister librement, point.

La blogsphère tunisienne est à notre image, elle reflète nos différences, nos divergences, nos contradictions, nos peurs, nos craintes, nos ambitions et nos espoirs. Une blosphère a-politique ne représente en rien la jeunesse tunisienne et une blogsphère exclusivement politique ne le fait pas plus. Mais une chose est sure, le tunisien n’est pas un enfant même s’il a besoin de forger son caractère, et sa personnalité politique et sociale loin d’un paternalisme déguisé qui ne fait que le maintenir sous tutelle. Pour avoir une vraie blogsphère tunisienne à notre image, on a besoin de quelqu’un de « sage » comme Houssein, d’un « bagarreur » comme Sami, d’un zizou from Djerba, d’un Mourad, d’une Elyssa, d’el-Ansari et de tout les blogguers tunisiens qui pensent par eux même et qui aspirent à représenter la jeunesse tunisienne. Moi, je veux faire partie de cette famille, que je veux libre de s’exprimer, loin de la censure et de l’auto censure. Je veux être libre de penser ce que je veux et de dire ce que je pense et j’insiste pour exister en tant que blogueur tunisien libre.

Source :Carnet de Voyage
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