Source : Le Temps | samedi 1 octobre 2005

Coorganisatrice du Sommet mondial sur la société de l’information, qui aura lieu à Tunis, la Confédération s’inquiète des agissements des officiels tunisiens.

La Tunisie a fait un cadeau empoisonné à la Suisse. La Confédération, en tant qu’organisatrice de la première phase du Sommet sur la société de l’information (SMSI), est l’hôte d’honneur de la deuxième partie de cette conférence onusienne qui aura lieu à Tunis du 16 au 18 novembre prochain. Le président Ben Ali a offert à la Suisse une place de choix au sein du Palais des expositions. Après la Tunisie et l’Union internationale des télécommunications, elle disposera gracieusement du troisième plus grand stand de la réunion.

Imaginer la Suisse officielle si exagérément présente aux côtés d’un régime décrié pour ses violations des droits de l’homme est une vision qui a donné des sueurs froides à beaucoup, notamment au sein du Département des affaires étrangères (DFAE) dont la cheffe défend une politique de défense de ces mêmes droits. Selon un observateur, une parade a été trouvée pour éviter cette collision symbolique : confier l’animation du stand à Présence Suisse. L’organisation, dont le mandat est de coordonner la présence de la Suisse à l’étranger, s’est empressée de dénicher une haute école alémanique dont les élèves de dernière année exposeront à Tunis leurs travaux sur le thème « arts et technologie ».

Incident spectaculaire

En savoir plus sur le contenu de cette exposition relève pourtant de la gageure. Marc Furrer, chef de la délégation suisse au SMSI, renvoie à Présence Suisse, qui redirige les appels sur cette question vers le DFAE où l’on précise que le financement (50 000 francs) est assuré par la Suisse. « Nous tenons à organiser une exposition digne et modeste », a dit Jean-Philippe Jeannerat, porte-parole du Département.

L’occupation des mètres carrés offerts par le président Ben Ali est un détail mais elle révèle un embarras croissant de la Suisse vis-à-vis de cette seconde phase du sommet. Le comportement d’une partie de la délégation tunisienne durant la troisième et dernière conférence de préparation au Sommet, qui s’est terminée hier à Genève, justifie l’inquiétude helvétique.

Un membre de cette délégation, occupant de hautes fonctions au sein du secrétariat général du Sommet (dirigé par le Suisse Charles Geiger), s’est distingué cette semaine en interrompant une réunion de plusieurs ONG représentantes de la société civile dans une salle du Palais des Nations. Il a invoqué, pour justifier son action, son appartenance à une prétendue « police de l’ONU » et a intimé l’ordre à tous de quitter les lieux. Paradoxalement, le titre de cet officiel indique qu’il est « en charge de la société civile ».

Cet incident, le plus spectaculaire d’une série d’autres, a réveillé une inquiétude parmi les participants à la réunion de Tunis. « Si les Tunisiens se permettent ce genre de choses à Genève, on n’ose pas imaginer comment ils vont agir chez eux  », dit Yves Steiner, membre du comité exécutif d’Amnesty International Suisse. La possibilité d’un boycott de la réunion onusienne a été évoquée par plusieurs ONG.

La semaine prochaine, Amnesty International interviendra auprès de Micheline Calmy-Rey, cheffe du DFAE, et Moritz Leuenberger, dont le département chapeaute l’Office fédéral de la communication, aux commandes pour la Suisse au SMSI.

« Oui, le malaise existe, ne cache pas Marc Furrer. Charles Geiger aurait dû tenir sous contrôle le représentant tunisien, dont il est le supérieur hiérarchique. Je le lui ai dit clairement. J’ai également parlé avec le ministre tunisien en charge de l’organisation du Sommet. Je lui ai répété ce que Moritz Leuenberger a dit dans le discours qu’il a tenu à Genève : à Tunis, il sera impératif que la liberté d’expression de tous les accrédités soit respectée à 100%.  »

Pour que Tunis soit considéré comme un succès, reprend-il, trois éléments devront être réunis. Que la « gouvernance d’Internet » y trouve une solution ou au moins une base d’accord minimale (lire ci-dessous). Que les projets initiés à Genève se matérialisent. Enfin que les événements parallèles au Sommet suscitent un grand intérêt, c’est-à-dire que la société civile puisse s’y exprimer. Sur ce point, Marc Furrer avoue ses préoccupations.

Plus généralement, le chef de la délégation suisse plaide pour plus de compréhension envers le processus du SMSI : «  C’est la première fois que la gestion d’Internet est discutée au niveau global. Quand on connaît les problèmes que nous avons en Suisse avec la législation du marché des télécoms, on peut imaginer ce que cela donne dans une enceinte qui réunit 191 pays.  »

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