GENEVE, 26.09.05 Alors que se déroule ces jours à Genève le dernier round préparatoire du Sommet de l’information – à Tunis du 16 au 18 novembre – Berne est invitée à condamner fermement les répressions en Tunisie. Au risque d’une brouille diplomatique.

Pourquoi la Suisse, si soucieuse du respect des droits humains dans le monde, n’ose-t-elle pas taper un grand coup sur la table ? En Tunisie, la répression ne fait que croître. Or les deux pays sont liés par un projet commun : le Sommet Mondial sur la Société de l’Information (SMSI), dont la première phase a eu lieu à Genève en décembre 2003 et la seconde étape est prévue à Tunis du 16 au 18 novembre 2005. Cette rencontre onusienne met sur le tapis tous les enjeux liés à l’information : rôle des médias, règles du jeu pour internet (essentiellement contrôlé par des sociétés américaines), lutte contre le terrorisme et vie privée des internautes, liberté d’expression, accès des pays pauvres aux nouvelles technologies.

Ironie de la situation : ces sujets vont être débattus dans un pays qui étouffe l’information. Qui emprisonne des journalistes des internautes, des avocats. Et le contrôle politique ne fait que s’intensifier sur le barreau et l’ordre des magistrats. Ces jours-ci, se déroulent à Genève les derniers préparatifs du Sommet. Mais à la grande perplexité des milieux humanitaires, ces questions ne sont pas sur l’agenda des gouvernements.

“Nous déplorons le silence de nos autorités sur les exactions du régime tunisien, lance Yves Steiner, membre suisse du Comité exécutif d’Amnesty International. D’autant que Micheline Calmy-Rey, cheffe des affaires étrangères, vient de défendre à New York une série de propositions sur les droits humains.” Pour les ONG suisses, ce silence s’avère d’autant plus regrettable que Berne avait en décembre 2003 condamné fermement la répression en Tunisie. Mais elle semble être ensuite rentrée dans une étrange torpeur.

Cette mollesse fait réagir des parlementaires : “Je vais demander au Conseil fédéral d’intervenir auprès de la Tunisie et de faire pression sur le Conseil de l’Europe”, explique Carlos Sommaruga, conseiller national socialiste genevois. De leur côté, les ONGs s’activent aussi. Des membres de Communica-ch (plate-forme suisse regroupant une vingtaine d’organisations de journalistes, d’humanitaires et d’universitaires) vient de présenter une requête à Marc Furrer, le chef de la délégation suisse au SMSI. Ils lui ont demandé de rencontrer des opposants tunisiens (une dizaine d’organisations non inféodées au régime). Cette rencontre, si elle a lieu, aura une portée politique importante : elle signifiera que la Suisse reconnaît dans le cadre de l’ONU la légitimité d’une société civile tunisienne que le président Ben Ali s’évertue à nier sur la scène internationale.

Ces opposants ne peuvent d’ailleurs pas s’accréditer au SMSI en novembre au nom de leur propre organisation (considérée illégale en Tunisie) et sont obligés de passer pas des ONG internationales. Leurs représentants ont décidé vendredi à Genève de créer un contre-événement en marge du Sommet à Tunis. “C’est le signe d’une grave régression par rapport aux avancées acquises en 2003 à Genève, déplore Sommaruga. Pour la première fois, la société civile avait été associée à la préparation et aux travaux d’un sommet onusien.”

Marc Furrer rappelle pourtant que le “ministre de la communication” Moritz Leuenberger a exprimé clairement son inquiétude sur la situation des droits de l’homme en Tunisie. Mais pour le journaliste Wolf Ludwig, du syndicat Comedia, les mots ne suffisent pas. “Il faut signifier par des actes concrets aux autorités tunisiennes que leur course à la répression est inacceptable. Le premier hôte du SMSI doit manier des symboles forts. Pourquoi Mme Calmy-Rey ne recevrait-elle pas une délégation de la société civile tunisiennes indépendante ? Le message serait alors clair… bien sûr, cela entraînerait sans doute des troubles diplomatiques.”

Source : InfoSud

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