Présent en Tunisie, Sidiki Kaba, président de la FIDH, nous livre, dans cet entretien ses inquiétudes sur la situation des libertés en Tunisie et en Algérie.


[entretien sur El Watan.com]

-  Comment évaluez-vous la situation des droits de l’homme en Tunisie ?

La Tunisie vit actuellement un contexte particulier en matière de violation de la liberté d’expression et de l’information. La répression s’abat sur les militants des droits de l’homme, les journalistes et les avocats, dont un d’entre eux vient d’être condamné à trois ans de prison ferme. Nous avons exprimé nos préoccupations au gouvernement tunisien en disant que pour l’organisation du Sommet mondial de la société de l’information, il était important que cette situation de répression contre ces défenseurs et tous ceux qui manifestent une opinion divergente vis-à-vis de l’Etat doit connaître rapidement une solution.

-  Vous êtes venus en Tunisie pour présenter le rapport de la mission d’enquête internationale. Quelles sont vos conclusions ?

Nous sommes en Tunisie pour deux raisons. La première est pour présenter le rapport de la mission que nous avons élaboré en janvier dernier et une copie a été remise en main propre aux autorités tunisiennes, lesquelles insistent sur les conditions d’une bonne organisation de ce sommet mondial que nous voulons voir aussi ici en Tunisie. Notre présence a aussi pour objectif de faire noter et d’exprimer au gouvernement nos préoccupations sur la situation des droits de l’homme dans ce pays. Le rapport met en lumière les nombreuses pratiques de détention arbitraire, les agressions physiques et le harcèlement judiciaire des défenseurs des droits de l’homme et leurs organisations, la répression systématique des libertés d’expression et d’association, la censure et le contrôle de l’internet.

-  Peut-on parler de la liberté de la presse en Tunisie ?

Cette liberté de presse pose réellement problème dans ce pays. Nous avons pu identifier dans le cadre du séminaire, qui a été organisé au sein de la Ligue tunisienne des droits de l’homme, la pratique de la censure, l’autocensure et beaucoup de difficultés de publication. Donc beaucoup d’articles, d’ouvrages et de publications ne sont pas publiés du fait qu’ils doivent être présentés aux autorités. Cela signifie que les autorités tunisiennes doivent permettre à tous ceux qui ont une opinion divergente et une pensée critique du pouvoir de s’exprimer sans être inquiétés.

-  Quels sont vos moyens de pression en tant qu’organisation internationale de défense des droits de l’homme sur les Etats pour faire respecter leurs engagements internationaux en matière de libertés ?

Il est de l’honneur d’un Etat de respecter le droit. Il ne doit pas évoquer la raison d’Etat pour ne pas assumer ses responsabilités. Un Etat qui s’engage au niveau international à respecter les principes de la démocratie et des droits de l’homme doit le faire. Maintenant, dans le cas où l’Etat fait défaut, nous en tant qu’organisation nous saisissons les mécanismes des Nations unies par des rapports périodiques pour mettre l’accent sur telle ou telle violation, comme la répression sur les avocats et les journalistes ici en Tunisie. Nous pouvons aussi joindre les partenaires de la Tunisie, tels que l’Union européenne (UE) avec laquelle il y a des accords de partenariat et qui ont des volets droits de l’homme et démocratie. Laquelle doit rappeler à ce partenaire l’obligation du respect des engagements qui sont prescrits dans les conventions signées entre eux.

-  La FIDH est signataire d’une déclaration avec trois autres organisations internationales des droits de l’homme rendue publique en avril dernier sur le projet d’amnistie générale en Algérie et dans laquelle il est fait référence aux disparitions forcées et pas celles commises par les groupes armés ?

Nous sommes résolument du côté de toutes les victimes quelles qu’elles soient et ne nous ne faisons pas de sélection entre elles, que ce soit celles qui sont victimes des groupes armés ou paramilitaires ou des groupes non étatiques ou de l’armée. Mais ceci dit, il est de la responsabilité de l’Etat algérien de faire les recherches nécessaires et d’identifier les auteurs de ces actes, de les traduire devant la justice et de les condamner s’il est avéré qu’il y a des preuves contre eux.

-  La dénomination de terroriste n’est jamais utilisée dans vos déclarations concernant l’Algérie. Vous parlez plutôt de milice armée. Pourquoi ?

Vous savez pourquoi, tout simplement parce qu’il y a une instrumentalisation du mot terroriste. Aujourd’hui, le terroriste est l’opposant, c’est le journaliste, c’est l’avocat et ce sont tous ceux qui ont une opinion autre et divergente et qui expriment une position qui n’est pas celle du pouvoir. Alors vous êtes considéré terroriste. Parce que dans l’ambiance de la guerre internationale contre le terrorisme, comme les Etats-Unis le veulent à l’heure actuelle, cela a été un prétexte pour tous les Etats afin de pourchasser leurs opposants. Nous disons que la lutte contre le terrorisme et légitime et nécessaire, mais elle ne doit pas se faire en violation des libertés fondamentales. Ces droits doivent être garantis et protégés par l’Etat.

Djamila Kourta


source : Elwatan.com – Edition du 12 mai 2005
http://www.elwatan.com/2005-05-12/2005-05-12-19125

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